Critique Ciné : Hell of a Summer (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Hell of a Summer (2025, direct to SVOD)

Hell of a Summer // De Finn Wolfhard et Billy Bryk. Avec Fred Hechinger, Finn Wolfhard et Pardis Saremi.

 

Derrière la caméra, deux jeunes têtes familières du public : Finn Wolfhard, révélé par Stranger Things, et Billy Bryk, souvent croisé dans des rôles secondaires. Tous deux signent ici leur premier long-métrage en tant que co-réalisateurs avec Hell of a Summer, une comédie horrifique qui entend revisiter le slasher à l’ancienne. Camp de vacances, jeunes adultes plus préoccupés par leur image que par leur sécurité, tueur masqué, tension en forêt… Tout est là, du moins en apparence. Le film arrive avec une ambition claire : rendre hommage à un genre bien codifié, celui des slashers des années 80, en particulier Vendredi 13.

 

Un tueur masqué rôde et tue les moniteurs d'un camp de vacances.

 

Le personnage principal s'appelle Jason, le décor est un camp d’été isolé, et la bande-son fait parfois écho aux bruits stridents qui précédaient la machette du fameux tueur au masque de hockey. Le clin d’œil est assumé, mais suffit-il à construire un film ? Dès les premières minutes, Hell of a Summer annonce la couleur : humour, second degré, et une esthétique rétro qui cherche à séduire les amateurs du genre. On comprend rapidement que le film ne cherche pas la terreur pure, mais davantage le décalage comique. Le problème, c’est qu’en essayant de conjuguer parodie et horreur, il peine à trouver son équilibre. La structure narrative est classique : un groupe de moniteurs débarque au camp Pineway avant l’ouverture officielle. 

 

C’est l’occasion pour eux de faire la fête, de flirter, de se moquer les uns des autres… jusqu’à ce qu’un tueur masqué vienne perturber cette routine estivale. Sur le papier, rien de neuf, et c’est bien là le cœur du problème : Hell of a Summer coche toutes les cases du genre, mais ne les bouscule jamais vraiment. Le film promet une expérience sanglante, mais les meurtres restent étonnamment sages, souvent hors champ, sans tension ni surprise. Le spectateur est rarement inquiété. Même les révélations autour de l’identité du tueur manquent de mordant. Le mystère se dégonfle au fil des scènes, comme un ballon qu’on aurait trop lentement dégonflé. Comme souvent dans les slashers, chaque personnage représente un archétype : l’influenceuse obnubilée par son image, le geek du cinéma (nommé Ari, clin d’œil appuyé à Ari Aster ?), la gothique cynique, le garçon romantique et un peu niais — incarné par Wolfhard lui-même. 

 

Malheureusement, ces figures sont rarement transcendées. À vouloir trop coller à l’hommage, le film oublie de donner à ses personnages un peu de substance. Certains dialogues font sourire, quelques situations décalées fonctionnent, mais l’humour tourne rapidement à vide. Les blagues sont souvent téléphonées, les effets comiques prévisibles, et la direction d’acteurs parfois flottante. On sent que le duo de réalisateurs s’est amusé, mais cette légèreté devient vite désinvolture. Le surjeu assumé finit par lasser, et les quelques scènes efficaces sont trop isolées pour vraiment porter l’ensemble. Il serait injuste de nier tout talent à Wolfhard et Bryk derrière la caméra. Certaines idées de mise en scène montrent une vraie envie de bien faire, notamment dans le prologue ou la scène finale, plus maîtrisés. 

 

La photographie offre de belles couleurs d’été, les décors sentent bon la résine et les tentes canadiennes. Il y a même une tentative de stylisation de la violence, mais qui reste trop timorée pour marquer les esprits. La réalisation manque globalement de rigueur. Le film donne l’impression d’un brouillon un peu trop enthousiaste : rythme inégal, tension mal gérée, enchaînement de scènes parfois bancal. C’est un premier long-métrage, et cela se sent. Le duo semble avoir plus misé sur le clin d’œil appuyé aux films cultes que sur la construction d’un univers personnel. Ni assez effrayant pour les amateurs de frissons, ni assez drôle pour ceux qui espéraient une vraie parodie, Hell of a Summer reste coincé entre deux genres sans parvenir à tirer pleinement parti de l’un ou de l’autre. 

 

Le film donne l’impression d’un hommage sincère mais maladroit, qui cite sans jamais vraiment détourner ou renouveler. Le choix de ne pas plonger pleinement dans le gore ou dans la satire prive le film d’un vrai positionnement. Et pourtant, l’univers du slasher est l’un des rares genres qui autorise toutes les audaces : du grotesque au politiquement incorrect, tout est permis. Mais ici, les meurtres sont tièdes, le mystère est plat, et la comédie manque de mordant. En définitive, Hell of a Summer se regarde sans agacement mais sans passion. C’est un petit film d’été, léger, parfois amusant, souvent anecdotique. Ceux qui connaissent par cœur les classiques du genre y verront un clin d’œil complice, mais risquent de s’ennuyer. 

 

Ceux qui découvrent les codes du slasher pourraient y trouver une porte d’entrée douce, presque édulcorée. Il ne faut pas chercher ici un film de genre abouti ni un regard neuf sur l’horreur. Il s’agit plutôt d’un exercice de style, fait avec enthousiasme, mais sans réelle maîtrise du ton ni du rythme. Le film se perd dans ses références au lieu de s’en servir pour construire quelque chose de singulier. 

 

Note : 5/10. En bref, Hell of a Summer est une curiosité sympathique, portée par deux jeunes artistes qui, on l’espère, affineront leur regard et leurs ambitions pour leurs prochains projets. Ce premier essai n’est pas honteux, mais manque d’ampleur et d’audace pour réellement exister face aux modèles qu’il convoque.

Sorti le 6 juillet 2025 directement en SVOD

 

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