Critique Ciné : Dragons (2025)

Critique Ciné : Dragons (2025)

Dragons // De Dean DeBlois. Avec Mason Thames, Gerard Butler et Nico Parker.

 

Je n’étais pas convaincu à l’idée de revoir Dragons. Pas vraiment. Remake live-action d’un film d’animation encore si frais dans les mémoires, ce projet avait tout d’un coup marketing plutôt qu’une nécessité artistique. Et pourtant, me voilà sorti de la salle des semaines après la sortie du film (que j’ai hésité à voir), avec un sentiment curieux — un mélange d’intimité retrouvée et de redécouverte sincère. Ce Dragons nouvelle génération, même s’il n’invente rien, parvient à raviver un feu qu’on pensait éteint. Dès les premières minutes, une chose saute aux yeux : ce film est extrêmement fidèle à l’œuvre originale de 2010. Par fidélité, il faut comprendre ici une reproduction quasi-littérale de la structure narrative, des dialogues principaux, des arcs de personnages… 

 

Sur l'île escarpée de Beurk, où depuis des générations Vikings et dragons s’affrontent sans merci, Harold fait figure d’exception. Effacé, écrasé par la stature de son père, le chef de la tribu, Stoïk, ce jeune rêveur défie des siècles de tradition en se liant d'amitié avec un dragon nommé Krokmou. Leur lien improbable va révéler la vraie nature des dragons et remettre en question les fondements mêmes de la société viking. Flanqué de la farouche, autant qu’aventureuse, Astrid et de Gueulfor, le sympathique forgeron du village, Harold va devoir s’imposer dans un monde déchiré par la peur et l’incompréhension. Alors qu’une dangereuse créature réémerge des brumes du passé, menaçant à la fois les Vikings et les dragons, l’amitié d’Harold et Krokmou pourrait bien être la clef d’un nouvel avenir. Ensemble, ils vont devoir se frayer un chemin fragile vers la paix, en dépassant les limites de leurs deux mondes pour mieux redéfinir les notions de chef et de héros.

 

Certaines scènes sont reprises plan pour plan, comme si Dean DeBlois s’était donné pour mission de traduire son propre langage visuel en prises de vues réelles. Ce choix peut diviser. D’un côté, il limite toute surprise — les rebondissements sont connus, les enjeux aussi. D’un autre, il rassure. Le spectateur retrouve exactement ce qu’il était venu chercher : la rencontre entre Harold et Krokmou, les tensions avec Stoïk, l’initiation au vol, et cette alchimie fragile entre méfiance et confiance, peur et attachement. Mais là où le dessin animé pouvait se permettre des élans plus poétiques, plus colorés, cette version live cherche davantage le concret. Cela a ses avantages — mais aussi ses limites. La réalisation de Dean DeBlois, sans éclat particulier dans ses débuts, semble d’abord trop sage. Les premiers plans paraissent comme figés dans une relecture scolaire. Et puis progressivement, quelque chose se libère. 

 

Le film prend de l’ampleur lorsqu’il sort des limites du village. Les grands espaces, les falaises battues par le vent, les vols au-dessus des nuages — voilà où Dragons devient enfin cinéma. Les séquences de vol notamment sont remarquablement filmées. On sent dans ces moments une vraie ambition sensorielle. Le mouvement, le vent, la verticalité : tout semble destiné à nous arracher de la terre ferme. L’apprentissage du vol entre Harold et Krokmou, avec ses maladresses, ses hésitations, puis sa symbiose finale, est certainement l’un des points forts du film. Ici, la technologie sert pleinement le récit. Les effets spéciaux, sans trop en faire, rendent les créatures crédibles et expressives. Krokmou, en particulier, conserve toute sa personnalité : mélange d’animal sauvage et de peluche attachante.

 

Le passage au live-action change nécessairement le rapport aux personnages. Voir Harold en chair et en os, joué par Mason Thames, apporte une forme de proximité nouvelle. Le jeune acteur donne une interprétation sensible et convaincante du garçon viking mal dans sa peau. Il ne cherche pas à jouer le héros, mais plutôt l’enfant en décalage avec son monde, ce qui fonctionne bien. Gerard Butler, de retour dans le rôle de Stoïk, donne à son personnage une carrure imposante, mais aussi une tristesse contenue. C’est dans ses silences que le personnage existe le plus. Moins convaincue en revanche, l’interprétation d’Astrid par Nico Parker ne laisse pas une grande empreinte. Son personnage reste un peu en surface, malgré son importance dans l’histoire.

 

Les rôles secondaires — Gueulfor, Varek, Rustik ou les jumeaux — peinent à trouver leur place. Si Nick Frost tire son épingle du jeu en instructeur un brin bourru, les autres semblent là pour la forme, comme s’ils étaient coincés entre deux tons : celui du cartoon d’origine et celui, plus retenu, du film live. L’un des éléments les plus frappants de cette adaptation est sa palette visuelle. L’univers de Dragons 2010 brillait par ses contrastes vifs, ses jeux de lumière et ses environnements très travaillés. Ce Dragons 2025 opte pour une esthétique plus réaliste, plus terne parfois, avec des teintes gris-bleu, un peu désaturées. Cela apporte une certaine maturité à l’ensemble, mais enlève aussi un peu de magie. On est loin des envolées colorées du film d’animation. Les décors manquent parfois de relief, et le village de Beurk, qui pouvait être un personnage à part entière, reste ici un arrière-plan discret. 

 

En revanche, les scènes tournées en extérieur, notamment lors des vols ou des explorations, gagnent en respiration. Le vent, l’eau, les cieux : ces éléments naturels apportent au film une vraie texture sensorielle. Ce Dragons live action a choisi la retenue. Le film semble vouloir prendre ses distances avec l’aspect plus joueur et léger du matériau d’origine. Les moments comiques sont moins nombreux, moins marqués. Cela donne un ton globalement plus mature, parfois même plus mélancolique. Le film évoque plus clairement le poids des traditions, la solitude des enfants différents, la difficulté de se faire comprendre quand on ne rentre pas dans les moules. Mais ce choix a un prix : une certaine perte de fraîcheur. L’humour, qui faisait souvent mouche dans la version animée, se fait rare. 

 

Cela peut rendre certaines séquences un peu lentes, voire prévisibles. Mais ce que le film perd en fantaisie, il le gagne en émotion contenue. Les scènes entre Harold et Krokmou — sans dialogue, sans explication — sont les plus belles. Elles montrent un lien qui se construit dans l’écoute, le doute, le silence. C’est là que Dragons trouve son cœur. En sortant de la salle, difficile de trancher entre la nostalgie du film d’animation et le plaisir sincère de cette relecture. Dragons 2025 n’a rien de révolutionnaire. Il ne cherche même pas à l’être. Il respecte, presque religieusement, son aîné. Et dans ce respect, il trouve une forme de dignité. Ce n’est pas un film qui surprend. Ce n’est pas un film qui innove. Mais c’est un film qui touche, par moments, en retrouvant ce que l’enfance a de plus fragile : le doute, le lien, l’apprentissage. 

 

Note : 7/10. En bref, ce Dragons n’invente rien. Mais il rappelle que certaines histoires méritent d’être racontées à nouveau — pas pour être redécouvertes, mais pour être revécues.

Sorti le 11 juin 2025 au cinéma

 

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