17 Juillet 2025
Miley Cyrus: Something Beautiful // De Miley Cyrus, Jacob Bixenman et Brendan Walter. Avec Miley Cyrus, Maxx Morando et Brittany Howard.
Il y a des artistes qui traversent les décennies en se métamorphosant, en défiant les attentes, en brouillant les pistes. Miley Cyrus est l’une d’entre elles. Avec Something Beautiful, film musical de 53 minutes réalisé aux côtés de Jacob Bixenman et Brendan Walter, elle signe un objet visuel inclassable, à la croisée du clip, du manifeste esthétique et de la performance introspective. Ce n’est pas un concert filmé, ni un documentaire, ni même un opéra pop à la Lemonade. C’est une expérience. Et comme toute expérience, elle ne se laisse pas facilement apprivoiser. Le film, sorti en juin en avant-première au Tribeca Film Festival avant une diffusion ponctuelle en salle, accompagne l’album du même nom. Chaque morceau donne lieu à une vignette visuelle.
Opéra pop unique en son genre, nourri par l’imaginaire de Miley Cyrus, comprenant treize nouvelles chansons originales tirées de son dernier album Something Beautiful.
L’ensemble se veut moins narratif que sensoriel, agencé en deux actes qui fonctionnent comme des variations d’humeurs et de textures. Ce qui se joue ici, ce n’est pas tant une histoire qu’un état d’âme, un souffle intérieur, une tentative de faire résonner la musique au-delà de l’audio. Dès les premières minutes, la voix rauque de Cyrus, filtrée et presque spectralement distordue, annonce la couleur : on est invité dans un monde entre le rêve éveillé et le journal intime. Les effets visuels, allant de l’esthétique glitch à des jeux de surimpressions et de projections psychédéliques, construisent une atmosphère mouvante, où chaque chanson ouvre un espace autonome, presque isolé du reste. Certains y verront un manque de fil narratif. C’est un choix assumé.
Il ne s’agit pas de raconter, mais de ressentir. Le montage n’obéit pas à une progression logique mais émotionnelle. Something Beautiful n’est pas linéaire, il est organique. Il respire au rythme des morceaux, et parfois, il s’essouffle volontairement pour laisser la place à des silences, des respirations, des fragments de poésie parlée. Ce sont dans ces moments suspendus que le film touche à quelque chose de plus intime, de plus fragile. Malgré ses détours visuels, Something Beautiful reste centré sur Cyrus. Et c’est là son cœur battant. La caméra de Benoît Debie la suit de près, capte ses regards, ses gestes, ses souffles. Il ne s’agit pas de la magnifier, mais de la rendre tangible. Rarement une artiste pop s’est montrée aussi vulnérable dans un projet visuel sans verser dans le confessionnal.
Ici, pas de témoignages larmoyants ni de coulisses mises en scène. La sincérité se loge ailleurs : dans un regard fixe vers l’objectif, dans une posture assumée, dans une performance vocale tenue sans artifices. Les chorégraphies, quand elles existent, se font minimalistes. Quelques danseurs, souvent vêtus à l’identique dans des références rétro ou androgynes, encadrent Cyrus sans l’éclipser. Tout semble calculé pour que la musique demeure au centre, même quand le cadre s’élargit ou que l’esthétique vire à l’onirisme saturé. Le résultat est une forme de sobriété esthétique, un contraste marqué avec d’autres productions visuelles de la pop contemporaine, souvent gourmandes en surenchère.
Ce qui rend le film regardable, parfois même attachant malgré ses flottements, ce sont les chansons elles-mêmes. “End of the World” et “Easy Lover” imposent leur groove disco nostalgique sans tomber dans la redite. Leurs refrains restent en tête et s’imposent presque malgré l’image. D’autres titres, comme “More to Lose” ou “Walk of Fame”, jouent sur l’émotion contenue, la mélancolie lucide, portée par une voix toujours plus expressive dans ses failles que dans sa puissance. Mention spéciale pour “Every Girl You’ve Ever Loved”, où Naomi Campbell apparaît dans un duo étrange et magnétique. Son apparition est aussi déconcertante que fascinante, apportant une touche d’absurde maîtrisé à l’ensemble. Ce type d’audace manque parfois ailleurs dans le film.
Cyrus flirte ici avec le kitsch et le culte, sans basculer ni dans l’un ni dans l’autre. Il est intéressant de noter que Something Beautiful sort sans tournée à l’appui. Miley Cyrus a été claire : sa santé mentale prime sur les impératifs promotionnels. Dans un contexte où les artistes sont souvent poussés à multiplier les dates et les contenus pour rester dans la course, ce choix fait figure de prise de position. Le film devient alors non pas un substitut de tournée, mais une alternative, un contre-modèle. Cela explique peut-être aussi son format hybride : un moyen de rester présente tout en reprenant le contrôle de son image, de sa temporalité, de son exposition. C’est aussi un rappel que le modèle du visual album peut prendre des formes multiples.
Là où certains projets visent l’ambition cinématographique, Something Beautiful joue une autre carte : celle de l’immersion sensorielle à petite échelle. Ce film n’est pas un sommet de créativité visuelle. Il n’est pas non plus un ratage. Il se situe dans cet entre-deux frustrant mais révélateur, où l’artiste cherche avant tout à transmettre une humeur plutôt qu’à signer un geste définitif. Pour qui connaît le parcours de Cyrus, il y a là une continuité logique : l’abandon des postures adolescentes, le refus des récits lisses, l’exploration d’une identité artistique libre et mouvante.
Something Beautiful n’est pas un objet indispensable, mais il n’est pas anodin. Il ne révolutionne ni la musique ni l’image, mais il témoigne d’un moment. Celui d’une artiste qui, à presque vingt ans de carrière, continue de chercher, de tenter, d’échouer parfois, mais sans jamais se répéter. Et dans un paysage musical saturé de conformisme déguisé en audace, cela reste un positionnement intéressant, et peut-être même nécessaire.
Note : 7/10. En bref, un mirage sensoriel entre pop, introspection et liberté.
Sorti le 27 juin 2025 au cinéma en séance exceptionnelle
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