12 Juillet 2025
I Love Peru // De Raphaël Quenard et Hugo David. Avec Raphaël Quenard, Hugo David et Anaïde Rozam.
Avant toute chose, j’adore Raphaël Quenard et je suis heureux de voir qu'il ait réussi. Il a un charme étrange, indescriptible, il est magnétique. I Love Peru fait partie de ces films qui, tout en vous scrutant dans la pénombre d’une salle de cinéma, vous demandent si vous acceptez les règles du jeu. Car ici, il s’agit bien d’un jeu, d’un simulacre orchestré par Raphaël Quenard et son comparse Hugo David, qui proposent une œuvre hybride, hésitant constamment entre autofiction absurde et faux documentaire provocateur. Pendant 68 minutes (et c’est largement suffisant), I Love Peru tente de naviguer entre humour potache, quête de sens et satire du monde du cinéma.
Lancé dans une course effrénée vers le succès, un comédien biscornu abandonne ses plus fidèles alliés. Seul face à lui-même, une vision troublante le percute. Direction le Pérou pour une aventure spirituelle.
Le résultat est… confus. Mais ce flou, pour certains, pourrait justement faire le charme du projet. Difficile de trancher. Quenard, star montante du cinéma français, semble se livrer, tout en brouillant les pistes. Il joue son propre rôle, ou du moins une version exagérée, clownesque, parfois irritante de lui-même. Aux côtés d’Hugo David, il part au Pérou après une rupture sentimentale, prétexte à une errance pseudo-initiatique qui lorgne du côté des vlogs de backpackers et des OVNIs cinématographiques à la I’m Still Here de Casey Affleck. Le film est tourné comme un faux reportage, avec des images captées à la volée, une caméra qui tremble et beaucoup de jump cuts. Cela donne un rythme parfois nerveux, souvent brouillon.
Ce qui frappe surtout, c’est la densité des plans où Quenard est omniprésent. Il parle, il improvise, il cabotine. C’est un soliloque quasi permanent, entre jeux de mots douteux et réflexions existentielles avortées. La caméra de David capte tout cela comme une espèce de documentaire absurde sur une star qui doute, mais qui doute avec panache. La distribution de seconds rôles et de caméos pourrait donner le tournis à un casting director. François Civil, Marina Foïs, Michel Hazanavicius, José Garcia, Jean-Pascal Zadi, Jonathan Cohen, Benoît Poelvoorde… ils passent tous, parfois pour une réplique, souvent pour jouer leur propre rôle face à un Quenard incontrôlable. Ces apparitions relèvent autant du gag que du miroir tendu à une industrie qui adore ses propres tics.
Certains moments sont drôles, c’est indéniable. Une altercation improbable avec Jean-Pascal Zadi, un projet bidon proposé par Hazanavicius, ou encore une scène où François Civil semble totalement dépassé. On rit, parfois malgré soi. Mais au bout d’un moment, la mécanique s’essouffle. Le gag sur la flute, le délire autour du cou, les phrases absurdes qui s’accumulent, finissent par créer une forme de lassitude. Derrière l’humour et le ton volontairement absurde, Quenard tente d’installer un fil rouge plus personnel. Sa rupture amoureuse agit comme un catalyseur pour ce voyage. Le Pérou devient alors un terrain d’expérimentation émotionnelle. Il y croise un chaman, s’interroge sur sa carrière, sur sa célébrité soudaine, sur sa capacité à aimer et à être aimé. C’est bancal, souvent flou, mais parfois sincère.
Le duo Quenard/David ne semble pas tant vouloir faire un film qu’exorciser un moment de vie. Ce qui pourrait être touchant s’efface toutefois derrière l’exubérance permanente. Le pathos est évité, mais à quel prix ? À force de rire de tout, le film finit par ne rien dire vraiment. Il parle d’amitié, mais l’ami est derrière la caméra. Il parle d’amour, mais les rares scènes avec Anaïde Rozam sont expédiées comme des sketchs. Il parle d’introspection, mais chaque instant est prétexte à une pirouette. Visuellement, I Love Peru ressemble à un mix entre Strip Tease, les stories Instagram d’un influenceur paumé et un documentaire sur Arte un soir d’insomnie. Le choix de la caméra épaule, les plans coupés à l’arrachée, les couleurs parfois saturées…
Tout cela semble assumer une esthétique du bricolage. Le film ne cache pas son manque de moyens, et d’ailleurs, en rit : Quenard et David blaguent eux-mêmes sur le fait que ce sont les impôts des Français qui ont financé le voyage via un festival soutenu par l’ambassade. Il y a une forme de sincérité dans ce chaos. Mais aussi une vraie difficulté à imposer un regard de cinéaste. Quenard est peut-être un excellent acteur, mais la casquette de réalisateur lui va encore un peu grande. On sent l’envie de tout tenter, de casser les codes, de faire un objet inclassable. C’est louable, mais à force de vouloir être partout, le film finit par ne plus être vraiment quelque part.
I Love Peru est un film qui divise, et c’est sans doute ce qu’il cherche à faire. Pour les inconditionnels de Quenard comme moi, c’est une extension naturelle de son univers : lunaire, généreux, incontrôlable. Pour les autres, l’expérience peut rapidement tourner au supplice. Le film est bavard, souvent autocentré, et repose presque uniquement sur l’énergie de son acteur principal. Il ne faut pas chercher une narration classique ni une structure limpide. Tout est dans la dissonance, dans l’improvisation, dans l’exploration. Ce n’est ni un biopic, ni une comédie, ni un documentaire. C’est une œuvre entre parenthèses, une digression, un OFNI – Objet Filmique Non Identifié – qui séduira autant qu’il rebutera.
I Love Peru est un film à la limite de l’expérience. En le regardant, difficile de savoir si Raphaël Quenard se moque du spectateur ou de lui-même. Peut-être des deux. Le projet manque de cohérence, mais pas d’audace. Il amuse parfois, agace souvent, surprend à l’occasion. Et derrière l’apparente légèreté, perce une vraie mélancolie. Une œuvre inégale, mais qui a le mérite d’exister à contre-courant. À réserver aux amateurs de cinéma expérimental et aux fans de l’acteur. Pour les autres, mieux vaut savoir à quoi s’attendre : une balade aussi libre que désordonnée, entre Pérou, ego et vanne foireuse.
Note : 6/10. En bref, I Love Peru est un film à la limite de l’expérience. En le regardant, difficile de savoir si Raphaël Quenard se moque du spectateur ou de lui-même. Peut-être des deux. Le projet manque de cohérence, mais pas d’audace. Il amuse parfois, agace souvent, surprend à l’occasion.
Sorti le 9 juillet 2025 au cinéma
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