15 Juillet 2025
In Vitro // De Tom McKeith et Will Howarth. Avec Ashley Zukerman, Talia Zucker et Will Howart.
Dans un futur proche, l’agriculture a cédé sous le poids du climat et de l’ambition. In Vitro, réalisé par Will Howarth et Tom McKeith, propose une immersion dans cette réalité désolée, où les fermes se transforment en laboratoires, et où la biotechnologie remplace lentement l’instinct. À l’écran, un couple isolé dans la campagne australienne lutte pour survivre. Mais très vite, ce récit de résilience dégénère en un huis clos tendu, où l’angoisse s’insinue dans chaque geste, chaque silence, chaque reflet sur une cuve. Le point de départ a de quoi intriguer : Jack et Layla, propriétaires d’un élevage en voie de disparition, misent sur le clonage bovin pour maintenir leur exploitation à flot.
Layla et son mari Jack expérimentent la biotechnologie et développent de nouvelles méthodes agricoles. Bientôt une série d'événements étranges se produisent, ils découvrent bientôt une présence inquiétante sur leur ferme qui menace de bouleverser leur vie.
Une solution radicale, mais crédible, dans un monde à court de viande naturelle. Là où l’intrigue aurait pu bifurquer vers une critique sociétale plus large ou une exploration éthique en profondeur, le film choisit une autre voie : celle d’une horreur plus intime, plus contenue, centrée presque exclusivement sur le personnage de Layla. Un choix narratif qui confère au film une certaine intensité, mais qui en limite aussi la portée. Le film glisse rapidement de la science-fiction vers le thriller psychologique. L’évolution est fluide, mais elle laisse une sensation de manque. L’univers posé dès les premières scènes — une ferme high-tech, des clones de bétail, un climat devenu hostile — semblait promettre une réflexion plus vaste sur la déshumanisation, la technologie ou encore le rapport au vivant.
Pourtant, In Vitro referme son récit autour d’un seul axe : Layla et la découverte de sa propre nature clonée. À mesure que le scénario progresse, la tension monte, mais les surprises deviennent moins surprenantes. Dès lors que Layla trouve une version dégradée d’elle-même dans un hangar, les rouages deviennent visibles. La dynamique devient prévisible : révélation, fuite, confrontation, et puis cette certitude grandissante que ce monde-là, aussi technologique soit-il, ne fait que rejouer de vieux schémas de domination. Il y a une vraie déception à voir un matériau aussi riche ne jamais prendre pleinement vie. Le clonage humain, sujet pourtant brûlant, est ici utilisé comme simple catalyseur narratif. Le scénario aurait pu en explorer les dimensions éthiques, juridiques, philosophiques.
Il préfère s’attarder sur les réactions immédiates, émotionnelles, voire primaires, d’un personnage dont l’identité se fissure. Sur le plan visuel, In Vitro impose une esthétique froide et dépouillée. La ferme, perdue dans une Australie aride, évoque un monde vidé de sens, où l’on tente malgré tout de maintenir des routines. Le cadre n’est jamais spectaculaire, mais il sert bien le propos : l’isolement, la routine, la perte de repères. Le travail de Shelley Farthing-Dawe à la photographie accentue cette sensation d’un monde en suspension, comme si le temps lui-même hésitait à passer. La force du film réside davantage dans sa conception sonore. La bande-son, signée Helena Czajka, transforme chaque scène en expérience sensorielle.
Les sons mécaniques, les pulsations électroniques, les bruissements métalliques composent une atmosphère oppressante, comme si le décor lui-même conspirait contre les personnages. Ce design sonore donne au film une texture unique, presque organique, qui compense en partie les faiblesses de la narration. Mais au-delà de la technique, la mise en scène manque d’ampleur. Le huis clos fonctionne bien dans la première partie, lorsqu’on partage les doutes et les craintes de Layla. Mais à mesure que le mystère se dissipe, le film reste enfermé dans une structure rigide. Il refuse les digressions, les détours, les respirations. Tout est contenu, resserré, parfois au point de l’asphyxie. Talia Zucker incarne Layla avec une retenue convaincante.
Son jeu, tout en tension sourde, exprime une vulnérabilité sans jamais tomber dans le pathos. Son regard souvent perdu dans le vide en dit long sur l’effondrement progressif de ses certitudes. Elle porte littéralement le film, et c’est à travers elle que le spectateur peut encore croire à l’univers posé par les réalisateurs. Face à elle, Ashley Zukerman incarne un Jack ambigu, entre scientifique désespéré et époux inquiétant. Son interprétation, bien que parfois mécanique, parvient à faire surgir une forme d’instabilité qui nourrit l’ambiance du film. Mais leur relation manque de nuances : on perçoit le déséquilibre, le contrôle, la tension, sans jamais que cela ne se traduise par un véritable affrontement psychologique. Il y a là un potentiel dramatique qui reste sous-exploité.
Quant aux autres personnages, ils restent périphériques, presque décoratifs. Cela renforce l’idée d’un huis clos étouffant, mais contribue aussi à cette impression d’un film replié sur lui-même, qui refuse d’ouvrir des perspectives au-delà de son propre dispositif. In Vitro n’est pas un mauvais film. Il est même solide dans sa forme, cohérent dans ses choix esthétiques, et globalement bien rythmé malgré quelques longueurs. Mais il laisse une sensation persistante d’inachevé. Le spectateur perçoit les intentions, identifie les pistes possibles, mais ne voit jamais ces chemins pleinement empruntés. L’intrigue finit par tourner en rond, et même les rebondissements censés relancer la tension semblent arriver trop tard ou trop doucement.
Il y a un certain courage à avoir maintenu une durée courte (88 minutes), mais cela renforce aussi la frustration : on voudrait que le film aille plus loin, plus profond, plus haut. L’horreur que traverse Layla est réelle, mais elle est trop individuelle, trop isolée. Là où d’autres films du genre utilisent un personnage comme vecteur de problématiques collectives, In Vitro reste centré sur une douleur privée, presque égoïste. Cela limite sa portée, son impact, et surtout sa capacité à susciter une réflexion durable. In Vitro avait les cartes en main pour devenir un film marquant. Un contexte dystopique crédible, des enjeux éthiques puissants, une tension palpable dès les premières minutes.
Mais la narration, trop resserrée sur une seule trajectoire, empêche le film de réellement s’épanouir. Il en résulte une œuvre atmosphérique, immersive, mais finalement trop linéaire. On y reste, en tant que spectateur, à distance. On observe, on devine, on anticipe… sans jamais être véritablement surpris ou bouleversé. Ce film restera sans doute comme un bel essai, une proposition imparfaite mais sincère, qui rappelle qu’en science-fiction, l’idée ne suffit pas. Encore faut-il savoir la faire résonner au-delà de l’écran.
Note : 6/10. En bref, une œuvre atmosphérique, immersive, mais finalement trop linéaire. On y reste, en tant que spectateur, à distance. On observe, on devine, on anticipe… sans jamais être véritablement surpris ou bouleversé.
Sorti le 1er juillet 2025 directement en VOD
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