7 Juillet 2025
Le Secret de Khéops // De Barbara Schulz. Avec Fabrice Luchini, Julia Piaton et Gavril Dartevelle.
Le cinéma français s’aventure rarement sur le terrain de la comédie d’aventure, un genre largement dominé par les productions anglo-saxonnes. Avec Le Secret de Khéops, Barbara Schulz, pour son premier passage derrière la caméra, propose une chasse au trésor familiale mêlant enquête, humour et références historiques. Un pari audacieux sur le papier, mais dont l’exécution laisse perplexe. Au cœur de cette intrigue se trouve Christian Robinson, un égyptologue excentrique incarné par Fabrice Luchini, qui découvre un indice le persuadant que le trésor de Khéops ne reposerait pas sous les sables d’Égypte mais quelque part en France.
Le trésor du pharaon Khéops a-t-il été découvert pendant la campagne d’Égypte de Napoléon, ramené en France, puis caché à Paris ? Christian Robinson, archéologue flamboyant aux méthodes peu orthodoxes, en est persuadé, depuis la découverte d’une mystérieuse inscription lors de nouvelles fouilles au Caire. Bien décidé à déchiffrer les indices laissés par Dominique Vivant Denon, le premier directeur du Louvre, Christian Robinson se lance alors dans une quête du trésor hors du commun à travers Paris, des archives poussiéreuses du Louvre jusqu’aux cabinets secrets de la Malmaison. Il embarque dans son aventure sa fille et son petit-fils, dans l’espoir insensé de réaliser à Paris la plus grande découverte archéologique du XXIe siècle…
Flanqué de sa fille (Julie Piaton), qu’il tente de reconnecter à coups d’énigmes et de péripéties rocambolesques, il se lance dans une course contre la montre ponctuée de malfrats caricaturaux, de vieilles légendes et de mystères à résoudre. Dès les premières minutes, le ton est donné : le film opte pour un mélange d’aventure légère et de comédie burlesque. Fabrice Luchini, fidèle à lui-même, cabotine sans retenue, multipliant mimiques et répliques théâtrales. Son énergie débordante suffit parfois à arracher un sourire mais finit surtout par saturer l’écran, tant le film semble reposer uniquement sur ses épaules. Son interprétation, excessive par moments, dessert un scénario qui aurait gagné à plus de subtilité et de nuances.
L’autre grande faiblesse de Le Secret de Khéops réside dans son écriture. Le scénario, linéaire et sans véritable surprise, déroule une succession d’énigmes résolues trop facilement, d’indices trouvés sans réelle difficulté, et de retournements de situation attendus. Cette absence de tension dramatique nuit considérablement à l’engagement du spectateur. Chaque obstacle est balayé en quelques instants, chaque mystère élucidé sans effort. Le résultat est un jeu de piste mollasson, où l’on ne croit jamais à l’urgence de la quête ni au danger qui pourrait en découler. Visuellement, le film ne parvient pas non plus à convaincre. Les décors parisiens manquent d’âme, la mise en scène se révèle plate et sans imagination, avec une photographie qui rappelle davantage une production télévisuelle qu’un long-métrage de cinéma.
Certaines idées, comme la transition entre un site antique et un kebab de quartier, auraient pu insuffler une originalité bienvenue si elles avaient été mieux amenées ou simplement mieux filmées. On ressent une vraie difficulté à installer une atmosphère ou un rythme capable d’embarquer le spectateur dans l’aventure. Les personnages secondaires, pour la plupart caricaturaux, peinent à exister. Julie Piaton, pourtant attachante, est sous-exploitée, cantonnée à un rôle de faire-valoir qui manque cruellement de consistance. Les antagonistes, eux, ne parviennent jamais à inspirer la moindre menace crédible, renforçant l’impression d’un film où tout est joué d’avance. Il faut reconnaître toutefois au film une certaine sincérité. Barbara Schulz semble avoir voulu rendre hommage aux récits d’aventure classiques, à l’esprit Tintin ou Indiana Jones, en y injectant une touche de comédie à la française.
L’intention est là, et par moments, quelques éclats de cette ambition transparaissent. Malheureusement, ces bonnes intentions ne suffisent pas à masquer les limites de l’écriture, du jeu et de la réalisation. La dimension historique, qui aurait pu donner de la profondeur au récit, est traitée de manière trop superficielle pour susciter l’intérêt. Le film effleure des éléments de culture égyptienne sans jamais vraiment s’y plonger, préférant enchaîner des dialogues souvent plats et des situations répétitives. Ce brouillage constant entre réel et fiction empêche toute immersion véritable. Ce qui frappe aussi, c’est le manque de rythme. Chaque scène semble s’étirer au-delà du nécessaire, plombée par des dialogues qui tournent en rond ou des séquences d’exposition trop bavardes.
Le spectateur finit par décrocher, faute d’être véritablement captivé par les enjeux ou les personnages. Même les rares scènes d’action, censées dynamiser l’ensemble, manquent de nervosité et d’ampleur. Malgré ces nombreux défauts, Le Secret de Khéops n’est pas un désastre total. Le film se laisse regarder, porté par la verve de Luchini et une volonté manifeste de proposer un divertissement accessible à toute la famille. Mais il échoue à dépasser ce statut de petit film du dimanche après-midi, oubliable dès le générique de fin. En résumé, Le Secret de Khéops est une tentative maladroite mais honnête de faire vivre un genre peu exploré dans le cinéma français.
Le film manque de souffle, d’originalité et de maîtrise, mais son intention de divertir sans prétention en fait un objet cinématographique modeste. Ceux qui apprécient Fabrice Luchini y trouveront quelques instants plaisants ; pour les autres, la quête au trésor s’avérera bien courte et sans éclat.
Note : 4.5/10. En bref, le film manque de souffle, d’originalité et de maîtrise, mais son intention de divertir sans prétention en fait un objet cinématographique modeste.
Sorti le 5 mars 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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