The Sandman (Saison 2, Volume 1) : errances oniriques et promesses suspendues

The Sandman (Saison 2, Volume 1) : errances oniriques et promesses suspendues

Trois années après une première saison qui oscillait entre fascination visuelle et inégale densité narrative, The Sandman revient sur Netflix avec la première moitié de sa deuxième saison. Cette nouvelle salve de six épisodes propose un parcours fragmenté dans l'univers du Rêve, tout en dressant le portrait d’un personnage central qui peine encore à incarner pleinement la complexité qu’on attendrait d’un maître des songes. La reprise ne cherche pas à ménager une montée en tension progressive. Elle plonge directement dans les enjeux célestes et familiaux des Endless, cette fratrie incarnant les grandes forces métaphysiques de l'existence humaine. 

 

La série semble vouloir embrasser une ambition mythologique, mais elle le fait avec une retenue formelle qui empêche souvent l’émotion d’émerger pleinement. Si l’univers conserve une certaine cohérence esthétique, les enjeux peinent à trouver leur souffle narratif. Tom Sturridge continue d’interpréter Morpheus avec une rigidité presque rituelle. Son jeu repose sur une austérité qui, à force d’être systématique, laisse peu de place à la surprise ou à la vulnérabilité. Morpheus ne semble pas évoluer ; il traverse les événements avec une gravité constante, comme s’il refusait tout mouvement interne. Cela peut se lire comme une posture voulue, mais elle finit par lasser. Même ses tentatives de rédemption, qui structurent l’ensemble de ces six épisodes, manquent d’impact. 

 

Il y a quelque chose de profondément figé dans son arc, comme si la série ne parvenait pas à faire cohabiter éternité et intériorité. La structure de cette première moitié de saison déroute par moments. Le récit s’ouvre sur une réunion familiale où les différents membres des Endless se croisent brièvement, chacun porteur de ses blessures et absences. Puis, la série enchaîne avec une séquence diplomatique autour de la gestion du royaume des Enfers, avant de bifurquer vers une quête personnelle avec sa sœur Delirium. Ces arcs narratifs, bien que liés par le fil conducteur du passé de Dream, donnent parfois l'impression d'être traités comme des épisodes isolés plutôt que comme les chapitres d’un ensemble organique.

 

Il y a, dans cette saison, une volonté manifeste de faire revenir les fantômes du passé de Morpheus. Que ce soit à travers Nada, une ancienne amante condamnée à l’Enfer, ou via son fils Orphée, la série multiplie les retours sur les fautes anciennes. Pourtant, ces confrontations sont souvent traitées de manière clinique, avec peu d'émotion palpable. La série évoque la mémoire, la culpabilité, le pardon... mais sans réussir à les incarner vraiment. Le spectateur se retrouve souvent à observer des situations qui devraient émouvoir, mais qui restent à distance, comme mises sous cloche. Alors que d’autres séries fantastiques récentes n’hésitent pas à injecter une dose d’ironie ou d’autodérision dans leur univers sombre, The Sandman persiste à maintenir un ton grave et solennel. 

 

Même les séquences qui pourraient flirter avec l’absurde – comme le voyage de Delirium ou la réunion des prétendants à la couronne infernale – restent emprisonnées dans une mise en scène rigide. C’est d’autant plus dommage que certains personnages, notamment Delirium ou Desire, offrent des occasions évidentes d’instiller un peu de légèreté ou de mordant. Certains personnages émergent malgré la direction globalement sérieuse de la série. Desire (Mason Alexander Park) continue de fasciner par son ambiguïté et son étrangeté maîtrisée. Chaque apparition est marquée par un mélange de sensualité et de menace qui fait mouche. À l’inverse, Lucifer (Gwendoline Christie) reste étonnamment effacé. Les promesses d’une rivalité charismatique entre elle et Morpheus ne sont pas vraiment tenues. 

 

Le potentiel tragique de Lucifer, ses paradoxes, son histoire, tout cela est survolé sans véritable impact. Le cas de Death (Kirby Howell-Baptiste) est un peu à part : son interprétation est sensible et sobre, mais son temps d’écran limité empêche de retrouver la chaleur et la proximité qu’elle avait apportées dans la première saison. La série semble hésiter à donner plus d’espace aux personnages les plus incarnés, préférant suivre les méandres glacés de Dream. Visuellement, The Sandman conserve une certaine prestance. Les décors de l’univers du Rêve, les apparitions surnaturelles, les variations de tonalité entre les royaumes... tout cela participe à créer un monde singulier. Mais cette réussite visuelle est souvent contrebalancée par une palette chromatique trop sombre, voire monotone. 

 

L’abondance de scènes plongées dans l’obscurité ou éclairées de manière stylisée finit par créer une fatigue visuelle. Cela participe à l’atmosphère, certes, mais étouffe aussi parfois les dynamiques entre les personnages. Ce volume 1 tente d’explorer des questions profondes : la rédemption, la perte, le pardon, le deuil. Mais ces thématiques restent trop souvent à l’état d’intention. Il manque une incarnation émotionnelle, un souffle narratif capable de traduire ces idées en tensions vécues. Même le récit autour de la transition de Wanda (Indya Moore), qui aurait pu être l’un des moments les plus humains de la saison, manque d’authenticité dramatique. Le message est là, clair et salutaire, mais l’émotion ne suit pas, sans doute écrasée par la mise en scène trop théâtrale.

 

L’univers de The Sandman est peuplé de figures mythologiques, de divinités oubliées, de souvenirs millénaires. Pourtant, cet incroyable terreau narratif est souvent traité comme un décor. On effleure les mythologies grecques, nordiques, chrétiennes… sans jamais vraiment en tirer une matière vivante. Ces références sont posées comme des symboles, sans que la série prenne le temps de les interroger ou de les détourner avec originalité. Ce qui frappe le plus, c’est cette sensation que la série accélère sa narration pour aller droit vers sa fin. Certains personnages sont introduits, brièvement développés, puis évacués. On sent que l’univers a encore énormément de potentiel, mais que la production préfère condenser les arcs narratifs pour boucler rapidement l’histoire. 

 

Il y a là une frustration réelle : tant de pistes passionnantes, tant de rencontres inachevées. Ce premier volume de la saison 2 de The Sandman laisse une impression partagée. D’un côté, l’ambition visuelle et la richesse de l’univers restent intactes. De l’autre, les choix narratifs, le manque de souffle émotionnel et l’interprétation figée du personnage principal empêchent une réelle immersion. Certains épisodes parviennent à toucher, à surprendre même, mais cela reste trop rare pour faire de cette reprise un véritable tournant dans l’histoire de la série. Il reste encore cinq épisodes pour que la série prenne une direction plus incarnée, plus audacieuse. Le potentiel est là, juste sous la surface. Il ne manque qu’un peu de mouvement, de déséquilibre, pour que ce rêve devienne enfin vivant.

 

Note : 5/10. En bref, une première partie de saison en demi-teinte, traversée par de beaux moments mais freinée par ses choix.

Disponible sur Netflix

La saison 2 de The Sandman est la dernière de la série. Les 5 derniers épisodes, formant le Volume 2 de la saison 2, seront disponibles le 24 juillet 2025 sur Netflix. Netflix ne produira pas de saison 3 à cause des accusations d’agression sexuelle faites à l’encontre de Neil Gaiman, auteur du comics dont la série est l’adaptation. 

 

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