4 Juillet 2025
Les Amants Astronautes // De Marco Berger. Avec Javier Orán, Lautaro Bettoni et Ailín Salas.
Les Amants Astronautes de Marco Berger est une invitation au voyage sans bouger d’un centimètre. Malgré un titre qui convoque l’imaginaire des grands espaces et des étoiles lointaines, ce film argentin s’enferme dans un huis clos sentimental, où deux jeunes hommes gravitent l’un autour de l’autre sans jamais vraiment prendre leur envol. Le résultat oscille entre charme discret et frustration latente. Pedro revient en Argentine pour passer des vacances chez son cousin. C’est là qu’il recroise Maxi, un visage du passé, une vieille connaissance avec qui l’été s’étire dans la douce torpeur des retrouvailles. Le scénario se résume presque entièrement à cela : deux garçons, une maison, quelques sorties, des discussions qui s'enchaînent dans une atmosphère de flirt larvé. L’intrigue ne cherche pas à surprendre.
Pedro rentre d’Espagne dans son pays natal l’Argentine pour revoir ses proches. Mais les retrouvailles avec un ami d’enfance, le séduisant Maxi, prennent une tournure inattendue à mesure que leur relation devient de plus en plus ambigüe. Bien que Maxi soit hétérosexuel, la montée du désir entre eux ne cesse de croître tandis qu’ils cherchent à le cacher, et peut-être à l’accepter ?
Elle préfère installer un climat, une lenteur calculée où chaque sourire, chaque regard, chaque plaisanterie semble porter un double sens. Il faut le dire : le film fait le pari du minimalisme. Marco Berger s’attache à filmer l’insignifiant avec une obsession presque théorique. Les dialogues tournent en rond, les gestes se répètent, les scènes de drague molle s'enchaînent. Certains y verront une manière subtile de capter la lente mue du désir. D’autres, dont je fais partie, risquent de trouver le temps long face à ces allusions étirées, ces taquineries sans fin et ces sourires en coin qui finissent par perdre leur impact. Le choix de faire du "jeu" l'unique moteur narratif pose question. La relation entre Pedro et Maxi repose sur des plaisanteries ambiguës, des défis puérils, des sous-entendus sexuels répétitifs.
Le film avance sans réel conflit, sans obstacle tangible, sans tension dramatique. Certes, la légèreté peut avoir son charme, mais ici elle vire à l’apathie. La mise en scène épure tout jusqu'à ne garder que la coquille vide d'un flirt interminable. Malgré tout, une chose fonctionne : l'alchimie entre les deux acteurs principaux. Javier Orán et Lautaro Bettoni parviennent à insuffler une véritable chaleur à leurs personnages. Ils habitent ce duo avec naturel, délicatesse, et une certaine luminosité qui empêche le film de sombrer dans la monotonie pure. C'est peut-être là la plus grande réussite de Les Amants Astronautes : capter une connivence qui ne s'explique pas toujours par les mots. Mais ce fragile équilibre ne suffit pas à combler les faiblesses du scénario. Le film s'enlise rapidement dans une routine de dialogues creux.
Les blagues sur Pinocchio, la succession de sous-entendus appuyés, les discussions autour du fait que l’ex petite amie de Maxi trouvait qu’il faisait gay, les discussions autour de la taille du missile de nos deux « amants », finissent par agacer. Rien ne semble progresser, ni l'intrigue, ni les personnages. Il s'agit d'attendre, sans savoir vraiment quoi. Une première nuit ensemble ? Un aveu ? Ou simplement la fin du film ? Ce choix de laisser le suspense en suspens peut rappeler le cinéma d'Éric Rohmer, où les dialogues sont le véritable moteur du récit, mais chez Berger, la magie n'opère pas de la même façon. Là où Rohmer laissait affleurer des dilemmes moraux, des questionnements existentiels, Les Amants Astronautes reste à la surface, prisonnier d'un badinage dénué de profondeur.
Il y avait pourtant une promesse : celle d’un voyage sensoriel, d’un été suspendu où les désirs se cherchent et s'apprivoisent. Le choix de filmer dans un cadre estival et en bord de mer renforçait cette idée d’évasion. Mais le film ne parvient pas à transformer ce décor en espace narratif. Les lieux, comme les personnages, restent figés. Le ciel reste à portée de regard mais jamais à portée de main. L’astronautique promise par le titre ne décolle jamais. La mise en scène, sobre et dépouillée, appuie ce sentiment d’économie : pas de musique envahissante, pas d’effets inutiles. Les plans sont longs, parfois trop, et la caméra se fait discrète, presque distante. Cela pourrait fonctionner si le scénario était à la hauteur de cette rigueur formelle. Malheureusement, l’absence de variation dramatique finit par rendre cet ascèse pesante.
Au final, Les Amants Astronautes souffre de cette redondance qui finit par l’étouffer. Il y a bien des éclats de vérité dans ces regards qui s'attardent, dans ces mains qui s'effleurent sans oser se toucher, mais ils sont noyés dans un flot de dialogues vides. Le film semble avoir peur d’aller au bout de ses intentions, peur d’embrasser pleinement son sujet, peur du vertige qu’il promet pourtant dans son titre. Il faut tout de même saluer l’interprétation des deux comédiens, sincère et investie, qui permet d’éviter l’ennui total. Mais cela ne suffit pas à sauver un film qui donne l’impression de tourner à vide. Cette histoire de flirt entre deux garçons aurait mérité plus de relief, plus d’audace, ou à défaut, une durée plus resserrée.
Pour qui s'intéresse au cinéma de Marco Berger, Les Amants Astronautes rappellera sans doute Plan B, mais sans en retrouver l’énergie ou l'émotion. Pour les autres, le film risque de laisser une impression d’inachevé. Reste un joli titre, des images de vacances argentines, et deux acteurs habiles à faire vivre ce qui, au fond, ressemble davantage à une esquisse qu’à une histoire. Pour celles et ceux qui cherchent un film sur la lenteur du désir et l’évanescence des sentiments, Les Amants Astronautes pourra trouver sa place. Pour les autres, le voyage risque de sembler un peu long, sans qu’aucune étoile n’apparaisse à l’horizon.
Note : 3.5/10. En bref, si Javier Orán et Lautaro Bettoni apportent quelque chose par leur jeu, le film tourne en rond. On tient la chandelle pendant deux heures autour d’un flirt, parsemé de dialogues creux et répétitifs.
Sorti le 2 juillet 2025 au cinéma
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