Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 9.

Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 9.

Murderbot // Saison 1. Episode 9. All Systems Red.

 

Après huit épisodes qui ont parfois oscillé entre légèreté et tension, l'épisode 9 de Murderbot, intitulé "All Systems Red", marque un tournant décisif dans cette première saison. C'est un épisode charnière, pas seulement parce qu'il précède la conclusion, mais surtout parce qu'il se situe à la croisée des chemins entre l'humour décalé qui a fait la saveur des épisodes précédents et une montée en intensité dramatique que la série avait jusqu'ici largement évitée. Ce neuvième épisode adopte un ton nettement plus tendu, rompant ainsi avec les précédents moments plus détachés et ironiques que j'avais soulignés dans mes précédents billets. L'équilibre, qui tenait jusque-là entre une comédie de science-fiction grinçante et un récit d'action modeste, bascule ici vers un affrontement plus sérieux. 

 

Cela m'a surpris, et je dois dire que cette évolution ne m'a pas laissé indifférent. Le cœur de cet épisode repose sur une confrontation directe entre l'équipe de PresAux et le groupe GrayCris, des antagonistes déjà aperçus, mais qui jusqu'ici n'avaient pas vraiment trouvé leur place dans la narration. Murderbot se retrouve en première ligne, et l'on sent clairement que tout ce qui a été mis en place depuis le début converge vers ce face-à-face. La série prend enfin le temps de dérouler un affrontement qui, sans révolutionner le genre, a au moins le mérite d'offrir des enjeux concrets. Ce qui frappe, c'est la manière dont la série parvient, malgré les limitations de son format — des épisodes courts et un univers encore assez peu développé à l'écran — à insuffler de l'émotion dans les gestes de ses personnages, y compris son antihéros mécanique. 

Ce Murderbot, souvent en retrait ou cantonné au rôle de bouclier cynique, devient ici plus vulnérable, à sa manière. L'épisode glisse quelques signes subtils qui laissent entrevoir une évolution intérieure : des excuses maladroites, des choix qui s'écartent de la simple logique froide attendue d'un androïde. Je ne peux m'empêcher de penser aux épisodes précédents, notamment celui où Murderbot manipulait des éléments de son passé tout en dédramatisant avec un humour pince-sans-rire. Ici, l'humour subsiste, mais il est relégué au second plan, presque un contrepoint aux enjeux plus sombres. J'ai apprécié cette retenue, même si certains échanges — notamment les répliques tirées de Sanctuary Moon, une série fictive devenue gimmick récurrent — continuent d'apporter un peu d'oxygène au milieu des tensions.

 

L'épisode se déroule selon un rythme plus posé, plus construit. Les différentes équipes de la PresAux sont séparées pour mener plusieurs actions simultanées, ce qui donne au scénario une dynamique assez classique mais efficace. Toutefois, en dépit de cette architecture, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un certain déséquilibre dans la façon dont les différentes intrigues secondaires sont traitées. Certaines, comme celle de Gurathin et Pin-Lee, peinent à vraiment prendre de l'ampleur. La scène où un oiseau extraterrestre détruit un drone essentiel m'a paru presque incongrue dans cet épisode qui se voulait plus grave. L'un des aspects qui m'a le plus marqué est la place donnée à Mensah. Jusqu'ici, ce personnage, bien qu'essentiel, restait souvent en arrière-plan. 

Dans cet épisode, elle se trouve au centre de l'action, confrontée directement au danger. Cela renforce l'idée que la série ne veut pas se limiter à un récit de robots et de corporations, mais cherche aussi à interroger les rapports de pouvoir et la loyauté au sein d'une équipe hétéroclite. La mise en scène du "sacrifice" de Murderbot apporte une couche supplémentaire à cette bascule dramatique. Même si la série ne cherche pas à nous faire croire longtemps à une disparition définitive, ce moment fonctionne en tant que révélateur du chemin parcouru par le personnage depuis le début de la saison. L'androïde, qui professait son indifférence envers les humains, choisit ici de risquer sa destruction pour sauver l'une des rares personnes qui l'a traité comme un égal. 

 

Une progression qui fait écho à des indices disséminés dès les premiers épisodes. Je reste toutefois plus réservé sur certains choix de mise en scène. Les dialogues explicatifs, parfois trop appuyés, viennent alourdir un récit qui aurait gagné à davantage de subtilité. De la même façon, la tendance à verbaliser les émotions ou les stratégies empêche parfois de laisser respirer les scènes. C'est un défaut que j'avais déjà perçu dans certains épisodes antérieurs, et qui ici, sous la pression narrative de l'avant-dernier acte, devient plus visible. En dépit de ces faiblesses, l'épisode conserve des qualités indéniables. Il continue de proposer un humour discret mais bien dosé, comme le montrent certaines réparties de Murderbot qui garde cette distance ironique même dans les situations critiques. 

J'ai aussi apprécié la manière dont la série joue avec la perception qu'ont les humains de cette créature : tour à tour monstre, machine, allié improbable. La relation entre Gurathin et Murderbot illustre bien cette ambiguïté. Les piques échangées entre eux au fil de la saison avaient jusqu'ici un ton léger, presque comique. Ici, un basculement s'opère lorsque Gurathin montre un réel attachement, un souci sincère pour l'état de Murderbot. Ce retournement subtil ajoute une densité bienvenue à une série qui, jusque-là, avait parfois eu du mal à donner de l'épaisseur à ses personnages secondaires. Je retiens également que la série, sans forcément tout expliciter, commence à effleurer des thématiques plus larges. La question de l'éthique, des limites du contrôle technologique, et des choix moraux individuels dans un univers gouverné par des entités économiques sans scrupules, transparaît en filigrane. 

 

Même si ces thématiques restent peu approfondies dans cet épisode, leur simple présence apporte une couleur supplémentaire à ce qui aurait pu n'être qu'une série de science-fiction divertissante sans réel fond. L'épisode 9 marque donc un tournant, non seulement pour l'intrigue mais aussi pour le regard que l'on peut porter sur la série dans son ensemble. Alors que les premiers épisodes m'avaient charmé par leur ton léger et leur second degré constant, celui-ci m'a pris par surprise en osant un virage plus dramatique. Ce n'est pas un sans-faute : certaines scènes paraissent précipitées, quelques fils narratifs peinent à s'entrelacer harmonieusement, et la place laissée à l'émotion aurait mérité d'être mieux dosée. Mais l'ensemble parvient à poser les bases d'un final qui, je l'espère, saura capitaliser sur ces nouvelles tensions.

Pour terminer, je dirais que Murderbot, en cet avant-dernier épisode, prouve qu'il ne se contente pas d'être un divertissement décalé. La série esquisse peu à peu un discours plus profond sur l'identité, la solitude, et la nature des liens qui se tissent même dans des contextes de défiance ou de danger. Je suis curieux de voir si la conclusion saura honorer ces promesses naissantes ou si elle retombera dans les travers de certains des épisodes plus anecdotiques du début de saison. Réponse très bientôt dans le dixième et dernier épisode.

 

Note : 7/10. En bref, l’épisode 9 marque donc un tournant, non seulement pour l'intrigue mais aussi pour le regard que l'on peut porter sur la série dans son ensemble. Alors que les premiers épisodes m'avaient charmé par leur ton léger et leur second degré constant, celui-ci m'a pris par surprise en osant un virage plus dramatique.

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