16 Juillet 2025
Lilo & Stitch // De Dean Fleischer Camp. Avec Emmanuel Garijo, Chris Sanders et Maia Kealoha.
Dans la longue liste des adaptations live-action de Disney, Lilo & Stitch (2025) s’imposait comme une curiosité plutôt qu’une évidence. À la différence des relectures souvent forcées de certains contes de fées, ce projet partait d’un matériau de base déjà ancré dans une certaine réalité contemporaine : celle de deux sœurs tentant de se maintenir à flot dans une Hawaï tout sauf idéalisée. Autrement dit, un décor plausible, des enjeux humains forts et un personnage principal extraterrestre au potentiel visuel énorme. Ce remake coche effectivement plusieurs cases... mais laisse aussi quelques regrets en route. Ce qui marque le plus dans cette version 2025, c’est le soin apporté à la relation entre Lilo et Nani.
L’histoire touchante et drôle d’une petite fille hawaïenne solitaire et d’un extra-terrestre fugitif qui l’aide à renouer le lien avec sa famille.
Là où l’animation de 2002 suggérait parfois les tensions par l’ellipse ou le gag, le live-action prend le temps d’explorer, frontalement, le poids que porte Nani au quotidien. Le film insiste davantage sur les sacrifices qu’elle fait pour garder sa sœur, jonglant entre petits boulots, services sociaux et tempêtes émotionnelles. Ce choix donne une consistance bienvenue au récit, et permet d’ancrer les enjeux dans une gravité plus tangible. Sydney Agudong, dans le rôle de Nani, offre une prestation sobre mais habitée, qui traduit bien la fatigue et l’amour mêlés d’une sœur devenue mère de substitution. Face à elle, Maia Kealoha dans le rôle de Lilo surprend par sa spontanéité. Elle n’a rien d’une copie du personnage animé : elle incarne une enfant étrange, un peu à part, comme dans l’original, mais avec une intensité propre.
Sa façon de parler aux poissons ou d’observer le monde autour d’elle donne parfois l’impression de côtoyer une solitude que les autres ne perçoivent pas. Et c’est précisément dans ces moments suspendus que le film touche quelque chose de vrai. La créature bleue est évidemment au cœur de l'affiche. Son rendu en CGI est plutôt réussi, et sa modélisation ne cherche pas à se coller aux standards ultra-réalistes qu’on aurait pu craindre. Stitch reste une boule de poils déglinguée, imprévisible, drôle par son absurdité. Les enfants y verront sans doute un compagnon fantasque, et les adultes retrouveront un personnage chargé de nostalgie. Le doublage conserve des repères familiers, et la voix iconique de Chris Sanders agit comme un pont direct vers 2002. Cependant, malgré cette fidélité dans l’interprétation du personnage, certaines scènes censées faire sourire ou émouvoir tombent un peu à plat.
L’humour semble plus sage, plus contrôlé, et les séquences les plus déjantées paraissent lissées pour ne pas perturber l’équilibre global. Le film joue la carte de la sécurité au lieu de pousser davantage le contraste entre l’énergie anarchique de Stitch et le quotidien morose de ses hôtes. Le principal point faible de ce remake se situe, à mes yeux, dans la mise en scène. Le cadre hawaïen, qui aurait pu constituer un décor vibrant et sensoriel, semble sous-exploité. Le film est étonnamment terne : les couleurs sont atténuées, les paysages filmés sans réel souffle. Hormis une scène de surf qui sort légèrement du lot, l’ensemble donne l’impression d’être passé à travers un filtre gris. Cela nuit à la sensation d’évasion et de chaleur que l’on pouvait attendre d’un film se déroulant sous les tropiques.
Le rythme est également en dents de scie. Certains passages accélèrent brusquement pour faire avancer l’intrigue, tandis que d’autres s’étirent sans direction claire. Le montage hésite entre le film familial dynamique et la chronique plus intime. Ce manque de cohérence nuit à l’expérience globale : on oscille entre attachement et désintérêt selon les séquences. Le scénario ne se contente pas de suivre ligne par ligne le film d’animation. Quelques scènes inédites, notamment des dialogues entre personnages secondaires, enrichissent le développement humain du récit. Cela donne un peu plus d’épaisseur aux personnages et fait gagner le film en maturité. Pourtant, ces ajouts ne suffisent pas à créer une réelle relecture. Contrairement à Cruella, qui avait pris des libertés assumées, Lilo & Stitch 2025 reste sur une ligne prudente, presque scolaire.
Certains éléments, comme la réécriture de quelques arcs narratifs ou la disparition de moments emblématiques de l’original, peuvent également frustrer les connaisseurs. Ces choix sont sans doute motivés par une volonté d’adaptation, mais ils créent aussi un certain déséquilibre. Quelques instants forts émotionnellement dans la version animée ont ici été raccourcis ou modifiés, affaiblissant l’impact émotionnel qu’ils pouvaient générer. La bande originale, quant à elle, se montre respectueuse du matériau d’origine tout en introduisant quelques nouveautés. Les sonorités hawaïennes sont toujours présentes, mais un peu en retrait. Elles participent à l’ambiance générale sans jamais vraiment la porter. C’est une musique d’accompagnement, plus qu’un élément narratif à part entière. Là encore, la retenue domine.
Ce Lilo & Stitch en live-action est loin d’être un échec, mais difficile d’en ressortir véritablement marqué. Le film fait le choix de la sobriété et de la fidélité plutôt que de l’invention. Il s’adresse d’abord à un jeune public qui découvrira sans doute cette histoire pour la première fois, et dans ce cadre, il remplit son rôle : faire rire, attendrir, rappeler que "ohana" signifie famille. Pour les spectateurs plus âgés ou attachés à la version originale, le film propose une version plus sérieuse, parfois plus profonde, mais visuellement et narrativement moins marquante. Le cœur de l’histoire est là, battant doucement, mais le souffle de la nouveauté, lui, manque à l’appel.
Note : 5.5/10. En bref, une adaptation respectueuse mais sans éclat, portée par de bons choix de casting et quelques belles intentions, mais freinée par une mise en scène trop timide et un rythme déséquilibré. À découvrir, sans trop en attendre.
Sorti le 21 mai 2025 au cinéma
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