16 Juillet 2025
La mini-série Menem: The President Show, récemment ajoutée au catalogue d’Amazon Prime Video, s’intéresse à une figure politique aussi controversée qu’emblématique : Carlos Saúl Menem, président de l’Argentine entre 1989 et 1999. Composée de six épisodes, cette production argentine s’engage sur un terrain glissant : raconter, en quelques heures, une décennie trouble, riche en bouleversements économiques, politiques et personnels. Le résultat laisse une impression partagée. L’intention est claire, la forme est maîtrisée par endroits, mais l’ensemble peine à trouver une véritable cohérence narrative. Le principal reproche que suscite Menem: The President Show tient à sa difficulté à s’ancrer dans une direction claire.
Une famille de Rioja s'implique avec le cercle proche du président Menem pendant les tumultueuses années 1990 en Argentine, au milieu de réformes économiques et de bouleversements sociaux, entraînant des conséquences inattendues.
Est-ce une chronique historique ? Une satire ? Un drame familial ? Un thriller politique ? Les épisodes oscillent constamment entre ces registres, sans jamais vraiment en adopter un de manière assumée. Ce choix de brouiller les pistes aurait pu s’avérer pertinent s’il avait été mieux équilibré. Or, la transition entre légèreté moqueuse et tragédie nationale est souvent abrupte, voire maladroite. Il en résulte une impression étrange : celle d’un projet qui sait ce qu’il veut raconter, mais pas comment. La narration avance, puis recule, puis bifurque, au gré d’une ligne directrice fluctuante qui nuit à l’ensemble. Plutôt que de suivre exclusivement le parcours de Menem, la série adopte le point de vue d’un personnage fictif : un photographe nommé Olegario Salas.
Ce choix de narration permet d’offrir un regard périphérique, comme une manière de questionner le pouvoir de l’extérieur. Une idée intéressante sur le papier, mais qui finit par diluer l’intensité du sujet central. Olegario, pourtant bien interprété, sert plus souvent de témoin passif que de vecteur de tension dramatique. On se demande alors si ce détour narratif n’empêche pas la série de plonger pleinement dans les contradictions du personnage principal. Menem devient par moments une silhouette que l’on observe à distance, plutôt qu’un protagoniste dont les motivations et dilemmes sont véritablement explorés. Résultat : l’empathie, comme la compréhension, reste partielle. Du côté des interprétations, peu de critiques à formuler. Leonardo Sbaraglia incarne un Menem convaincant, dans son assurance publique comme dans ses moments d’égarement plus intimes.
Le travail de caractérisation – notamment physique – renforce la crédibilité du personnage. La gestuelle, les intonations, les mimiques : tout est travaillé avec rigueur. Griselda Siciliani, dans le rôle de Zulema Yoma, apporte une tension dramatique bienvenue. Ses scènes ajoutent une épaisseur émotionnelle à un récit qui tend parfois à se noyer dans les slogans politiques et les décors luxueux. D’autres rôles secondaires marquent par leur sincérité, même si l’écriture des dialogues et des situations ne leur rend pas toujours justice. Là encore, on retrouve ce sentiment d’un décalage entre le potentiel de la matière première – des comédiens impliqués, des figures complexes – et le traitement narratif qui ne parvient pas à canaliser cette richesse dans une trajectoire convaincante.
Visuellement, la série parvient à recréer l’ambiance des années 90 avec un certain souci du détail. Décors, costumes, véhicules, objets du quotidien : le spectateur est transporté dans une époque marquée par l’opulence et le déclin, le bling-bling et l’angoisse sociale. La bande sonore, composée de morceaux emblématiques, participe de cette immersion dans un passé proche encore douloureux pour beaucoup d’Argentins. Cependant, cette reconstitution visuelle sert trop souvent de toile de fond esthétisante, sans être pleinement intégrée à l’intrigue. Les éléments de décor sont là, mais rarement investis de sens dramatique. On traverse les lieux de pouvoir comme des plateaux de tournage, pas comme des espaces politiques où se décident les destins d’une nation.
Il manque un supplément d’âme à cette mise en scène pour qu’elle dépasse l’effet de vitrine. Un autre aspect problématique réside dans la manière dont la série traite les événements historiques. Certains épisodes s’efforcent de poser le contexte avec sérieux, notamment lorsqu’il est question de privatisations, de crises économiques, ou d’attentats. D’autres moments, en revanche, frôlent la caricature ou la simplification excessive. À force de vouloir tout condenser en six épisodes, la série tombe dans le piège du raccourci. La tentative de vulgarisation politique vire parfois à la compilation de faits en surface. Le résultat donne une succession de scènes qui manquent de profondeur analytique.
Les motivations des réformes, leurs effets durables, les logiques de pouvoir en jeu : autant d’éléments qui auraient mérité un traitement plus nuancé. Il est clair que Menem: The President Show cherche à injecter de l’ironie dans un récit historique. L’exubérance de Menem, son goût pour le luxe, ses extravagances publiques – tout cela se prête à une lecture satirique. Mais cet angle n’est pas toujours bien dosé. À certains moments, le décalage entre le ton léger et la gravité des faits abordés crée un malaise. Par exemple, juxtaposer une scène comique à un événement comme l’attentat de l’AMIA ou la mort de son fils produit une dissonance émotionnelle. Ce n’est pas l’humour qui dérange en soi, mais son usage mal calibré dans le contexte.
On sent que la série veut montrer la contradiction permanente entre frivolité médiatique et drame politique. Mais à force de vouloir tout dire, elle finit par ne rien affirmer avec clarté. Dans sa structure, la série revendique une part de fiction. Certains personnages sont inventés, certaines situations enjolivées. C’est un choix courant dans les séries historiques, mais ici, cela contribue à brouiller les repères. Les spectateurs qui connaissent bien l’histoire argentine peuvent être frustrés par ces entorses à la réalité. Ceux qui découvrent ces faits risquent, eux, d’être induits en erreur. Ce flou entre vérité et invention n’est pas assumé de façon transparente. Cela nuit à la lisibilité du propos. Un balisage plus net entre ce qui relève du romanesque et ce qui s’ancre dans l’histoire aurait permis d’éviter cette confusion.
Surtout pour une figure comme Menem, dont les actions politiques ont laissé des traces concrètes et controversées. Sur le plan du rythme, l’ensemble est plutôt inégal. Les deux premiers épisodes parviennent à installer une tension narrative : l’ascension politique, les tensions familiales, les alliances ambiguës... Les fondations sont solides. Mais à partir du troisième épisode, le récit semble s’essouffler. L’épisode cinq, en particulier, donne l’impression de tourner à vide, entre flashbacks et cauchemars sans réel impact dramatique. Le final tente de reprendre de la hauteur avec des événements marquants, mais le crescendo reste timide. L’intensité retombe trop vite. Il manque un fil conducteur émotionnel capable de relier l’ensemble des épisodes dans une montée progressive.
À trop vouloir couvrir de terrain, la série finit par perdre de vue l’essentiel. Malgré ses défauts, Menem: The President Show mérite l’attention. Il n’est pas fréquent de voir une série sud-américaine oser s’attaquer à une figure politique aussi polarisante. Le sujet est pertinent, les enjeux toujours d’actualité, et certains épisodes offrent de véritables moments de réflexion. Mais ces éléments sont disséminés dans un ensemble trop hétérogène pour pleinement convaincre. Il aurait fallu faire des choix plus affirmés. Assumer la fiction, ou se rapprocher du documentaire. Pencher franchement vers la satire, ou embrasser le drame sans détour. Ce manque de parti pris laisse la série dans une position incertaine, entre pastiche et hommage, entre critique et fascination.
Menem: The President Show propose une plongée intrigante dans une période charnière de l’Argentine contemporaine. Pourtant, malgré un sujet fort, une esthétique soignée et des acteurs investis, le résultat laisse une impression mitigée. Le projet semble pris dans ses propres contradictions, incapable de choisir une voie claire. Le spectateur est tantôt capté, tantôt tenu à distance, tantôt surpris, tantôt agacé. Cette instabilité n’est pas le signe d’une complexité maîtrisée, mais plutôt celui d’un récit qui peine à se structurer. Reste une série imparfaite, au potentiel certain, mais dont le traitement manque d’audace dans ses choix artistiques et narratifs.
Pas désastreuse, pas brillante non plus. Juste une série moyenne, au sens strict du terme. Elle frôle parfois le pertinent, mais s’égare souvent dans une mise en scène confuse et un ton qui hésite entre ironie et solennité. Le sujet aurait mérité plus de profondeur, moins d’artifice, et surtout, une direction plus claire.
Note : 5/10. En bref, Menem: The President Show propose une plongée intrigante dans une période charnière de l’Argentine contemporaine. Pourtant, malgré un sujet fort, une esthétique soignée et des acteurs investis, le résultat laisse une impression mitigée.
Disponible sur Amazon Prime Video
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog