25 Juillet 2025
Marshmallow // De Daniel DelPurgatorio. Avec Corbin Bernsen, Giorgia Whigham et Pierson Fode.
Le cadre était posé : un camp de vacances, des enfants livrés à eux-mêmes dans un lieu isolé, une légende locale inquiétante, et cette tension feutrée propre aux récits de fin d’adolescence confrontés à l’inexplicable. Marshmallow, réalisé par Daniel DelPurgatorio et écrit par Andy Greskoviak, avait de quoi éveiller la curiosité, du moins sur le papier. Mais très vite, ce qui aurait pu devenir un récit efficace, voire malin, se dilue dans un développement trop long et une exécution déséquilibrée. La première demi-heure installe une atmosphère qui fait illusion. Les éléments sont classiques, mais efficaces : un garçon timide fraîchement arrivé au camp, des tensions entre enfants, quelques silhouettes d’adultes vaguement inquiétantes et un feu de camp autour duquel on murmure des histoires terrifiantes.
Dans un camp d'été, Morgan, un garçon timide de 12 ans, ses vacances tournent au cauchemar après qu'une figure mystérieuse s'abatte sur la colonie...
Il y a même ce clin d’œil appuyé à Vendredi 13, assez transparent pour frôler l’hommage, notamment autour d’un incident de quasi-noyade qui rappelle un certain Jason Voorhees. Le décor est prêt, les codes sont là, mais très vite le scénario s’engourdit. Ce n’est pas l’ambiance qui manque, ni même l’envie de proposer autre chose qu’un slasher classique. Le problème, c’est le rythme. La première moitié du film semble s’enliser dans un développement poussif, où les interactions entre les personnages n’aboutissent à rien de véritablement significatif. La mise en place des enjeux est si étirée que l’attention se dissipe avant même que les choses sérieuses ne commencent. Si l’idée était de construire une tension progressive, le choix de tempo l’annule.
Ce qui surprend – ou désarçonne – arrive en seconde partie. Marshmallow bifurque sans prévenir vers quelque chose de plus science-fictionnel, flirtant avec l’existentialisme, comme si l’on changeait de registre sans prendre le temps d’en avertir le spectateur. Ce revirement est censé recontextualiser ce qui a précédé, mais il ne repose sur aucune base suffisamment solide. Ce genre de twist nécessite de semer, en amont, les bonnes graines. Ici, tout semble surgir de nulle part, ce qui donne à cette bascule un goût de gadget narratif plutôt que de révélation. Il y avait là matière à explorer des thématiques intéressantes : le deuil, l’identité, la mémoire, la peur du réel. Ces idées sont vaguement évoquées, parfois à travers les hallucinations du personnage principal, parfois dans les dialogues, mais jamais développées.
C’est comme si le film refusait de s’engager pleinement, préférant suggérer plutôt que construire. Résultat : l’ambiguïté du final tombe à plat. Elle ne provoque pas de vertige, juste une impression d’inachevé. Ironiquement, Marshmallow contient une scène finale qui intrigue. Elle arrive comme un appel d’air, une promesse de récit plus dense, plus étrange, plus viscéral. Malheureusement, elle n’est qu’un épilogue. Ce qui aurait pu devenir le cœur du film arrive bien trop tard. Si cette séquence avait été placée au tiers du récit, elle aurait pu servir de pivot, et tout aurait changé : la dynamique, le ton, l’enjeu émotionnel. En l’état, c’est frustrant. Pas parce que le film échoue totalement, mais parce qu’il frôle quelque chose d’intéressant sans jamais oser s’y plonger.
Tout est là : les décors, les intentions, le sous-texte. Mais l’exécution ne suit pas. Le twist aurait pu bouleverser la narration ; il ne fait que la conclure. Du côté des acteurs, Kue Lawrence livre une prestation solide dans le rôle principal. Il porte le récit à bout de bras, même lorsque le script ne lui donne pas grand-chose à défendre. Les jeunes autour de lui – Kai Cech, Max Malas, Miya Cech – sont crédibles, attachants parfois, mais enfermés dans des archétypes qui les empêchent de vraiment exister. Les adultes, eux, oscillent entre le décoratif et le caricatural. Paul Soter tire son épingle du jeu, malgré un rôle sans relief. Corbin Bernsen fait une apparition brève mais plutôt vivante, malheureusement sans impact sur l’intrigue.
Les dialogues, eux, souffrent d’un ton trop explicatif ou artificiellement adolescent. Certaines lignes, visiblement pensées pour renforcer l’ambiance ou faire monter la tension, tombent à plat. Cela nuit à la crédibilité du groupe et casse l’immersion. Visuellement, Marshmallow bénéficie de son décor naturel. Tourné dans le Kentucky, le film utilise bien les espaces boisés, les cabanes, le lac. La photographie tire parti des contrastes entre jour solaire et nuit menaçante. Il y a quelques beaux plans, et l’ensemble reste lisible. Les effets pratiques, notamment dans les moments horrifiques, sont plutôt bien réalisés, même s’ils ne sont utilisés qu’avec parcimonie. Pas de gore gratuit ici – ceux qui cherchent du slasher pur risquent d’être déçus.
Le montage, en revanche, manque de nerf. Certaines scènes sont étirées inutilement, d’autres enchaînées de manière trop abrupte. Les séquences de rêve, censées brouiller les frontières entre le réel et le délire, souffrent d’un manque de clarté qui ajoute à la confusion, sans générer de malaise véritable. Difficile de ne pas penser que Marshmallow aurait gagné à être repensé comme le pilote d’une série. Son format, son twist, ses thématiques à peine effleurées auraient pu s’épanouir sur plusieurs épisodes. En une heure trente, le film ne parvient pas à articuler ses idées, et l’expérience devient frustrante. Il y a une ambition réelle, perceptible, dans la volonté de sortir des sentiers battus du film d’horreur campagnard.
Mais cette ambition est sabotée par une écriture qui refuse de trancher : thriller psychologique, récit initiatique, fantastique paranoïaque ? Marshmallow essaie un peu tout sans jamais choisir. Marshmallow n’est pas un désastre, ni une farce. C’est un film qui tente quelque chose, mais le fait sans audace ni clarté. Le potentiel était bien là, dans le décor, dans le pitch, dans cette scène finale qui aurait pu être une rampe de lancement plutôt qu’un point final. Malheureusement, entre une première heure trop molle et une seconde moitié mal structurée, il reste peu de traces une fois les crédits passés. Pas totalement raté, mais nettement en dessous de ses intentions, ce film laisse un goût d’inachevé. De quoi frustrer plus que faire frissonner.
Note : 4/10. En bref, Marshmallow n’est pas un désastre mais un film qui tente quelque chose, et le fait sans audace ni clarté.
Prochainement en France en SVOD
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