Critique Ciné : Millers in Marriage (2025, Paramount+)

Critique Ciné : Millers in Marriage (2025, Paramount+)

Millers in Marriage // De Edward Burns. Avec Morena Baccarin, Benjamin Bratt et Edward Burns.

 

Dans Millers in Marriage, Edward Burns nous invite à partager un week-end avec une fratrie en pleine crise existentielle et conjugale. Trois frères et sœurs, trois couples au bord du naufrage, et une même question en filigrane : comment continuer à avancer quand l'amour s'étiole, quand les rêves s'effacent et que la routine devient une impasse ? J'avais envie d'aimer ce film. J'avais envie de me laisser emporter par ces histoires de couples qui vacillent. Mais au bout de deux heures, une impression persistante : celle d’être resté à la surface. Le film repose d'abord sur un casting solide. Gretchen Mol, Julianna Margulies, Patrick Wilson, Minnie Driver, Campbell Scott… tous livrent des performances honnêtes.

 

Eve Miller, ancienne chanteuse d'un groupe de rock indépendant, s'éprend d'un journaliste. Pendant ce temps, la sœur d'Eve, Maggie, auteur de best-sellers, rencontre des difficultés dans son mariage. Parallèlement, Renée, une cadre divorcée, vit une relation avec Andy Miller, récemment séparée de Tina, l'ancienne collègue de Renée.

 

Il n’y a rien à reprocher aux acteurs, qui parviennent chacun à donner un minimum de relief à des personnages qui, hélas, manquent cruellement d’épaisseur. Les trois Miller sont au cœur de ce récit choral : Eve, ancienne chanteuse reconvertie en mère au foyer qui vit avec un mari alcoolique et distant ; Maggie, romancière à succès mariée à un écrivain en panne d’inspiration ; Andy, peintre fraîchement divorcé qui tente de refaire sa vie avec une nouvelle compagne tout en restant prisonnier de son passé. Chacun traverse une forme de désenchantement conjugal, chacun se heurte à des blessures plus ou moins anciennes, et tous semblent coincés dans des impasses émotionnelles. Le problème de Millers in Marriage, c’est qu'il se contente d’aligner les scènes de dispute sans jamais leur donner de véritable dynamique. 

 

Les échanges sont souvent les mêmes, les reproches reviennent en boucle, et l'impression d'assister à une succession de variations sur le thème de la frustration finit par lasser. Il y a bien quelques tentatives de relancer l'intérêt : un flirt ancien qui ressurgit, une tentation inattendue, des flashbacks qui surgissent sans prévenir pour éclairer le présent. Mais tout cela manque de chair, de tension réelle, de progression dramatique. Les enjeux restent mous, et les personnages donnent la sensation d’être figés dans une répétition stérile de leurs propres erreurs. Je n'ai jamais ressenti ce lien que j'attends d’un bon film intimiste. Cette impression d’être avec eux, de comprendre ce qui les anime ou les détruit. Ici, tout semble trop écrit, trop démonstratif, sans la moindre surprise. 

 

La forme suit ce même schéma : des intérieurs élégants, des dialogues pesants, des décors chaleureux mais vides de véritable vie. Ce que Edward Burns tente de mettre en lumière, c’est le désenchantement du couple à la cinquantaine. Ces moments où les compromis du passé deviennent des regrets, où les choix faits il y a vingt ans reviennent hanter les personnages. C’est un sujet universel, potentiellement fort. Mais ici, il est traité avec une prudence qui frôle l'indifférence. Le film évite soigneusement toute émotion trop vive, toute audace scénaristique qui viendrait bousculer le spectateur. On devine que Burns cherche à peindre le quotidien avec réalisme, sans pathos excessif. Mais à force de retenue, il finit par noyer son récit dans une fadeur désespérante. Ce n’est ni poignant ni drôle, juste tiède.

 

J'aurais aimé voir ces personnages se battre un peu plus, se débattre avec ce qui les dévore. Au lieu de cela, ils semblent flotter, distants, prisonniers d’eux-mêmes sans véritable espoir de transformation. Les scènes se succèdent, les dialogues s'enchaînent, mais rien ne semble véritablement évoluer. Visuellement, le film joue la carte du confort : des maisons cossues, des paysages d'automne, une lumière douce qui nimbe chaque scène. C'est joli, mais cela renforce encore cette impression d'immobilisme. Le choix de passer d’un couple à l’autre à travers un montage en alternance fonctionne au début, mais finit par accentuer la monotonie. Même les rares moments censés insuffler un peu de légèreté – quelques sourires, quelques souvenirs partagés – tombent à plat, tant l’ensemble reste plombé par une tonalité uniforme et pesante. 

 

L'utilisation de flashbacks instantanés, qui aurait pu apporter une touche d'originalité, ne suffit pas à relancer l'intérêt. Il est indéniable que Millers in Marriage aborde des thématiques qui touchent beaucoup de spectateurs : l’usure du couple, les regrets, les chemins non empruntés, la difficulté de maintenir une connexion intime sur le long terme. Pourtant, ces sujets, qui auraient pu donner lieu à un film fort et émouvant, sont ici survolés. Il y a quelque chose d'artificiel dans la manière dont les crises conjugales de chacun surgissent au même moment. Tout semble trop aligné, trop scénarisé, sans véritable spontanéité. Le film évoque davantage un exercice de style ou un manuel sur les problèmes de couple qu'une plongée sincère dans les méandres des relations humaines.

 

Et c'est peut-être là le cœur du problème : ce manque de sincérité palpable. Les dialogues, souvent appuyés, ne sonnent pas toujours juste. Les personnages expriment ce qu'ils ressentent, mais on ne le vit jamais avec eux. À aucun moment je n'ai eu le sentiment d’être saisi par une émotion brute, de celles qui laissent une trace après le générique. En refermant la porte sur Millers in Marriage, il reste une impression de vide. Un film qui ne dérange pas, ne choque pas, ne fait pas sourire non plus. Un film qui s’efface aussitôt qu’il s’est terminé, comme un souvenir flou dont on se demande déjà pourquoi on l’a retenu. Il ne suffit pas d'aligner des situations de crise pour raconter quelque chose d’universel. 

 

Il faut des personnages vivants, un regard sincère, et un peu de courage pour oser montrer ce que les autres ne veulent pas voir. Ici, tout est trop lisse, trop contrôlé. Peut-être que le cinéma d’Edward Burns gagnerait à retrouver un peu de cette urgence, de ce désordre émotionnel qui faisait la force de ses débuts. Parce qu’au fond, ce qui m’a manqué ici, ce n’est pas l’élégance ni le casting de qualité, mais l’âme. Millers in Marriage aborde des sujets familiers, porté par un casting de qualité, mais sans jamais réussir à les transcender. Le film reste prisonnier d'une écriture convenue et d'une mise en scène sans relief. Ceux qui apprécient les drames intimistes sans grandes secousses pourront peut-être y trouver un écho. Pour ma part, je suis resté sur ma faim, avec le sentiment d’avoir assisté à une longue discussion sans fin, qui tourne en rond sans jamais oser aller au bout de ses intentions.

 

Note : 4/10. En bref, Millers in Marriage aborde des sujets familiers, porté par un casting de qualité, mais sans jamais réussir à les transcender. Le film reste prisonnier d'une écriture convenue et d'une mise en scène sans relief.

Sorti le 31 mai 2025 directement sur Paramount+

 

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