8 Juillet 2025
De l’univers de John Wick : Ballerina // De Len Wiseman. Avec Ana de Armas, Ian McShane et Anjelica Huston.
L’univers de John Wick continue de s’étendre avec Ballerina, un spin-off centré sur un nouveau personnage interprété par Ana de Armas. Sur le papier, l’idée de donner les clés de cet univers ultra-codifié à une actrice aussi populaire pouvait sembler prometteuse. Mais en quittant la salle, une seule pensée me traverse : pourquoi ce film existe-t-il ? La réponse semble simple : capitaliser sur le succès d’une franchise qui a marqué les amateurs de films d’action avec ses codes précis, son esthétique léchée et son goût pour les chorégraphies brutales. Malheureusement, Ballerina semble avoir hérité des apparences sans jamais réussir à retrouver la substance. Résultat : un film mécanique, qui coche des cases sans jamais raconter grand-chose.
Se déroulant pendant John Wick : Parabellum, Ballerina suit la vengeance implacable d'Eve Macarro la nouvelle tueuse de l’organisation Ruska Roma.
Le scénario de Ballerina se veut dans la lignée des premiers John Wick, en misant sur une vengeance personnelle comme moteur narratif. L'héroïne, Rooney (Ana de Armas), est à la recherche de ceux qui ont détruit sa famille, avec pour objectif de se venger du clan Ruska Roma, une organisation déjà croisée dans les films précédents. Je m'attendais à retrouver cette efficacité narrative minimaliste qui a fait la réussite du premier John Wick, mais très vite, le film s'enlise dans une histoire confuse, faite de révélations inutiles et de scènes qui peinent à créer l’émotion. Le lien entre Rooney et les personnages qui l’entourent reste superficiel, au point que même les quelques moments supposés poignants tombent à plat.
Le film ne parvient jamais à donner du poids à ses enjeux. La quête de vengeance ressemble plus à une formalité qu'à un véritable moteur dramatique. Tout semble forcé, jusqu'à ces dialogues à base de maximes creuses entendues mille fois ailleurs : « nos choix ont des conséquences » ou encore « la douleur forge le caractère ». Des phrases qui sonnent faux dans un récit qui ne prend pas la peine de les incarner. Je misais beaucoup sur Ana de Armas, une actrice que j’apprécie pour son charisme et sa capacité à donner de la profondeur à ses personnages. Ici, elle se retrouve coincée dans un rôle sans véritable épaisseur. Son jeu reste correct, mais je n’ai jamais ressenti une réelle implication émotionnelle dans son interprétation.
La mise en scène la pousse surtout à enchaîner les scènes de baston sans lui offrir un espace pour exister en dehors de ces séquences. À force de la voir courir, tirer, frapper, il devient difficile de s’attacher à elle ou de croire à son histoire. Il faut aussi le dire : le film ne prend jamais le temps de la mettre en valeur, ni physiquement, ni en tant que personnage. Elle est réduite à un outil de l’action, ce qui finit par devenir lassant. D’autant que les moments censés dévoiler sa vulnérabilité ou sa rage intérieure sont expédiés sans nuance. Ballerina reste avant tout un film d’action, et c’est sur ce terrain qu’il tente de convaincre. Les scènes de combat s’enchaînent sans temps mort : des fusillades, des bagarres à mains nues, des armes improbables sorties de nulle part (mention spéciale pour une baston en cuisine assez fun).
Mais ce qui frappait dans les premiers John Wick, c’était la précision des chorégraphies, le souci du détail et un certain sens de la spatialisation des combats. Ici, les affrontements manquent d’identité. C’est rythmé, mais interchangeable. Chaque scène ressemble à la précédente, et aucune ne parvient à vraiment marquer. Je retiens un usage abusif de ralentis et de contre-plongées, comme si la mise en scène tentait de masquer le manque d’originalité par une surenchère visuelle. Ça fonctionne par moments, mais l’ensemble finit par fatiguer. L’une des réussites de John Wick, c’est son univers visuel : ces décors de néo-noir, cet imaginaire de sociétés secrètes aux rituels codifiés, et cette impression d’être plongé dans un monde parallèle. Ballerina essaie de retrouver cette ambiance, mais tout sonne faux.
La photographie sombre, les néons criards, les scènes nocturnes... tout est là, mais sans âme. On a l’impression d’une reconstitution, pas d’une immersion. Même les personnages secondaires peinent à convaincre. Anjelica Huston en directrice de Ruska Roma semble s’ennuyer ferme, tandis que Gabriel Byrne incarne un antagoniste sans relief, qu’on oublie aussitôt qu’il disparaît de l’écran. Le passage furtif de Keanu Reeves n’apporte pas grand-chose, sinon un clin d'œil appuyé aux fans. La vraie question que pose Ballerina, c’est celle de la pertinence de ces extensions d’univers. Le premier John Wick fonctionnait précisément parce qu’il était simple, direct, centré sur un homme brisé dans un monde brutal. Ici, il ne reste qu’une formule vidée de son sens.
Changer le visage de l’assassin sans toucher aux règles du jeu ne suffit pas à créer une dynamique nouvelle. Pire : ce choix met en lumière les limites d’un univers qui semble de moins en moins capable de se renouveler. Ce n’est pas l’ajout d’une héroïne féminine qui va réinventer la roue. Je suis sorti de la projection avec la sensation d’un produit calibré, sans prise de risque, où l’action remplace le scénario et où l’émotion semble reléguée au second plan. J’aurais aimé voir un film qui ose s’affranchir de son modèle, qui propose autre chose qu’une succession de scènes de combat en pilotage automatique. Il serait injuste de dire que Ballerina est un mauvais film d’action. Il fait le job. Il remplit son contrat de divertissement visuel.
Il plaira sans doute à ceux qui cherchent une dose de violence chorégraphiée sans trop se poser de questions. Mais pour ma part, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine lassitude face à ce type de production qui donne l’impression de tourner à vide. L’univers de John Wick avait un potentiel unique, mais ce spin-off en est une copie pâle, qui oublie ce qui faisait l’identité de la saga : la précision, l’élégance, et un sens du tragique discret mais efficace. En l'état, Ballerina ressemble à un prolongement sans nécessité, une tentative de franchise qui confond mouvement et direction. La saga aurait mérité mieux. Peut-être même qu’elle aurait mérité de s’arrêter.
Note : 4.5/10. En bref, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine lassitude face à ce type de production qui donne l’impression de tourner à vide. L’univers de John Wick avait un potentiel unique, mais ce spin-off en est une copie pâle, qui oublie ce qui faisait l’identité de la saga.
Sorti le 4 juin 2025 au cinéma
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