16 Juillet 2025
Psycho Therapy: The Shallow Tale of a Writer Who Decided to Write About a Serial Killer // De Tolga Karaçelik. Avec Steve Buscemi, Britt Lower et John Magaro.
Dans Psycho Therapy: The Shallow Tale of a Writer Who Decided to Write About a Serial Killer, tout commence avec une promesse alléchante. Une idée brillante sur le papier : un écrivain en crise créative, à la veille d’un divorce, croise la route d’un tueur en série à la retraite qui décide de devenir son mentor. Sur le papier, l’alliance improbable entre écriture littéraire et meurtres méthodiques avait tout pour offrir un cocktail noir et absurde, entre satire conjugale et thriller décalé. Pourtant, à l’écran, cette belle promesse peine à prendre forme, comme si l’élan initial s’était dissipé en cours de route. Ce long métrage réalisé par Tolga Karaçelik, dont c’est le premier film en anglais, semble vouloir naviguer entre plusieurs eaux : la comédie noire, le drame conjugal, le faux polar existentiel.
Keane, un écrivain en difficulté se lie d'amitié avec le tueur en série « à la retraite ». Petit à petit, ce dernier devient le conseiller improbable de Keane alors qu'il est en pleine procédure de divorce avec sa femme.
Malheureusement, il échoue à en épouser vraiment une. Le ton flotte, hésitant, et finit par étouffer toute tension dramatique ou comique. La bizarrerie est là, palpable, mais elle manque de souffle. L’histoire repose sur trois personnages : Keane, un écrivain en panne d’inspiration joué par John Magaro ; Suzie, son épouse au bord de la rupture, incarnée par Britt Lower ; et Kollmick, un tueur rangé des voitures campé par Steve Buscemi. C’est autour de ces trois pôles que le récit tente de s’organiser. Le hic, c’est que chacun semble appartenir à un film différent. Keane, censé porter le poids narratif, se révèle étrangement passif. Sa mollesse émotionnelle, peut-être voulue, devient rapidement un frein. Même ses angoisses créatives – sujet pourtant propice au sarcasme ou à la mélancolie – sont traitées de manière si superficielle qu’elles suscitent peu d’empathie.
Ce personnage, qui aurait dû être le moteur de l’intrigue, reste englué dans ses hésitations. Face à lui, Suzie apparaît d’abord comme une caricature d’épouse froide et implacable. Mais c’est justement dans son évolution que se cache une des rares réussites du film. Britt Lower parvient à injecter à son personnage une énergie chaotique qui tranche avec l’apathie ambiante. Là où Keane s’éteint, Suzie explose. Et puis, il y a Buscemi. Toujours magnétique, il campe un Kollmick à la fois pince-sans-rire et légèrement pathétique. Malheureusement, le film ne lui donne pas vraiment matière à exprimer cette ambiguïté. Ses scènes les plus drôles, comme lorsqu’il accepte malgré lui de se faire passer pour un thérapeute conjugal, reposent davantage sur son talent personnel que sur l'écriture elle-même.
Le potentiel comique de cette imposture aurait pu être exploité bien davantage. L’un des problèmes majeurs du film réside dans sa structure narrative. Le scénario semble construit à l’envers, comme si les scènes avaient été imaginées indépendamment les unes des autres, sans véritable colonne vertébrale. Certaines idées sont prometteuses – le faux thérapeute, la recherche d'inspiration à travers l'apprentissage du meurtre – mais elles sont rapidement abandonnées, remplacées par d’autres, moins claires, moins assumées. Au lieu de plonger dans les ténèbres de son concept ou de pousser le burlesque jusqu’au bout, Psycho Therapy choisit une voie tiède, comme s’il craignait de déranger. Résultat : le film ne mord jamais vraiment.
Il laisse planer un flou sur ses intentions, rendant difficile toute forme d'engagement émotionnel ou intellectuel. Même les situations absurdes, qui auraient pu donner lieu à un humour noir ravageur, tombent souvent à plat. Le comique de situation repose trop souvent sur des malentendus répétitifs, qui finissent par épuiser leur effet. La dynamique entre Keane et Kollmick, censée être le cœur du récit, manque de contraste. Ils partagent un même ton maladroit, ce qui nuit à la tension comique. Visuellement, le film adopte une approche minimaliste. Cela pourrait fonctionner si l’ensemble bénéficiait d’un rythme ou d’une mise en scène inventive. Ce n’est pas le cas ici. Les scènes s’étirent, parfois inutilement, comme si le film hésitait à passer à l’acte.
L’absence d’éléments marquants dans la réalisation finit par alourdir l’expérience. La bande-son, signée Nathan Klein, a le mérite d’apporter un peu d’étrangeté. Ancrée dans les délires néanderthaliens de Keane (qui écrit un roman préhistorique), elle propose des sonorités curieuses et organiques. C’est un des rares éléments où l’univers du film semble exister pleinement. Malheureusement, elle ne parvient pas à pallier le manque de cohérence narrative et de tension dramatique. Psycho Therapy souffre d’un défaut courant dans certaines comédies noires : vouloir tout dire, tout tenter, sans jamais aller jusqu’au bout d’aucune idée. La satire du couple, la critique du processus créatif, la fascination morbide pour la violence – tout est survolé. Ce manque de direction donne au film un goût d’inachevé. L’impression persistante est celle d’un brouillon ambitieux mais mal finalisé.
Certaines scènes donnent la sensation d’avoir été écrites sans tenir compte des personnages. Leur comportement devient imprévisible, non pas au sens stimulant du terme, mais dans un registre arbitraire. On se surprend trop souvent à se demander : « Mais pourquoi ce personnage réagit-il ainsi ? » Cette absence de logique interne empêche toute identification. Il y a, dans ce projet, un désir évident de créer quelque chose de différent. Tolga Karaçelik semble vouloir éviter les conventions, refuser les chemins balisés. Mais cette ambition se heurte ici à une exécution trop floue. L’ensemble finit par ressembler à une farce désorientée, portée par un casting engagé mais trop souvent laissé à lui-même. En définitive, Psycho Therapy: The Shallow Tale of a Writer Who Decided to Write About a Serial Killer est un film frustrant.
Pas parce qu’il est raté en tout point, mais parce qu’il frôle sans cesse des idées intéressantes sans jamais les embrasser pleinement. Il aurait pu être grinçant, dérangeant, hilarant ou tout cela à la fois. Il se contente d’être étrange et tiède. Un spectateur curieux pourra y trouver quelques moments de grâce ou de décalage plaisant. Mais pour qui cherche une vraie comédie noire, mordante et bien ficelée, mieux vaut aller voir ailleurs. 7 Psychopathes, par exemple, sait ce que signifie jouer avec les codes et les pervertir. Ici, ils sont effleurés, mais jamais affrontés.
Note : 5/10. En bref, Psycho Therapy: The Shallow Tale of a Writer Who Decided to Write About a Serial Killer est un film frustrant. Pas parce qu’il est raté en tout point, mais parce qu’il frôle sans cesse des idées intéressantes sans jamais les embrasser pleinement.
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