25 Novembre 2025
The Friend // De Scott McGehee et David Siegel. Avec Naomi Watts, Bill Murray et Ann Dowd.
The Friend, réalisé par Scott McGehee et David Siegel, promettait sur le papier une grande traversée émotionnelle. Un casting prestigieux, une ville comme décor, un chien au cœur du récit, et la promesse d’une méditation sur la perte. Pourtant, malgré les intentions louables, le film peine à transformer l’essai. L’intrigue tient en une phrase : après le suicide de Walter (Bill Murray), son amie Iris (Naomi Watts) hérite de son chien, un imposant Dogue Allemand, Apollo. Ce geste posthume, à la fois tendre et mystérieux, devient le point de départ d’un récit de deuil et de cohabitation entre deux êtres perdus. Mais très vite, l’histoire s’embourbe.
Une romancière adopte un dogue allemand qui appartenait à son ami et mentor décédé.
Le scénario semble hésiter entre différents axes : hommage à un ami disparu ? Récit d’amitié interespèces ? Chronique de solitude urbaine ? À force de vouloir tout embrasser, le film finit par ne pas choisir. L’émotion reste contenue, presque absente, alors que tout y invite : un animal endeuillé, une femme confrontée à la perte, une ville indifférente. Le film évoque ces sujets sans vraiment s’y plonger. Résultat : une narration qui avance par à-coups, sans vraie montée dramatique ni transformation intérieure marquante. Naomi Watts incarne Iris avec sobriété. Le rôle aurait pu offrir une belle opportunité de montrer une palette émotionnelle complexe, mais l’écriture laisse peu de place à la nuance. Iris observe, promène, parle peu. Elle incarne plus un symptôme qu’un personnage.
Si sa relation avec le chien aurait pu devenir le fil rouge du récit, elle reste en surface, comme si quelque chose empêchait le lien de se nouer. Apollo, le dogue danois, s’impose pourtant. Sa simple présence suffit parfois à créer une tension douce, un flottement entre silence et émotion. Son regard lourd, presque humain, remplit les vides laissés par le scénario. Certaines scènes où il tente de comprendre le monde sans son maître sont touchantes, mais là encore, le film choisit la retenue plutôt que l’élan. Le potentiel émotionnel est là, mais jamais pleinement activé. La participation de Bill Murray aurait pu donner une dimension plus complexe à The Friend, mais son personnage n’existe qu’en creux. Sa disparition ouvre le récit, mais le film refuse d’y revenir. Peu de flashbacks, peu d’ancrage, peu d’explications.
Walter est une absence, mais une absence floue. Et sans fondation solide, difficile d’investir pleinement dans le deuil d’Iris ou dans l’idée de transmission symbolique par le biais de l’animal. Le sentiment qui persiste, c’est celui d’un potentiel gâché. Le duo Murray/Watts n’est jamais vraiment exploité, alors même que leur amitié passée est censée être le socle de toute l’histoire. Ce manque d’épaisseur rend l’implication émotionnelle plus compliquée pour le spectateur. Derrière l’élégance visuelle – New York est filmée avec soin – The Friend souffre d’un rythme étiré. Le récit donne parfois l’impression de tourner en rond. Le quotidien d’Iris et du chien devient répétitif. Certaines scènes s’éternisent sans ajouter de nouvelle dimension au propos.
Il y a aussi ce sentiment constant de "faux départs" : des séquences qui semblent annoncer un tournant ou une émotion plus vive, mais qui retombent aussitôt dans une retenue narrative. À plusieurs reprises, le film semble finir… puis continue encore. Ce faux rythme rend l’expérience plus pesante que nécessaire. Ce qui distingue The Friend des films "avec des chiens", c’est précisément qu’il ne cherche pas à attendrir à tout prix. Apollo n’est ni drôle ni héroïque. Il est simplement là, endeuillé, témoin muet du chagrin humain. Cette sobriété peut séduire ceux qui fuient le pathos facile, mais elle risque aussi de laisser d’autres spectateurs sur leur faim. L’absence d’un véritable arc narratif pour le chien – ou pour son humaine – laisse une impression d’inachevé.
Outre Naomi Watts et Bill Murray, The Friend aligne un casting secondaire intéressant : Carla Gugino, Constance Wu, Josh Pais… mais là encore, les personnages secondaires manquent de consistance. Ils traversent le film comme des ombres, parfois introduits sans explication, parfois relégués au second plan avant même qu’un lien ne se crée. Il est difficile de comprendre pourquoi certains sont là, et l’accumulation dilue l’attention. En dépit de toutes ses maladresses, The Friend n’est pas un film malhonnête. Il ne cherche pas à manipuler les émotions, ne joue pas la carte du mélo. Il regarde le deuil comme un phénomène lent, parfois flou, parfois absurde. Mais cette lucidité se transforme trop souvent en distance.
Le spectateur observe, sans toujours ressentir. On comprend ce que vit Iris, sans forcément le vivre avec elle. Adapté d’un roman de Sigrid Nunez, le film semble parfois prisonnier de sa source. La structure, très littéraire, repose sur des fragments, des monologues intérieurs, des allers-retours entre présent et mémoire. Mais ce qui fonctionne dans un livre – cette intimité feutrée, ce rythme contemplatif – trouve ici ses limites. Le cinéma, par essence, demande du mouvement, des intentions visibles, des trajectoires. The Friend reste trop souvent figé. The Friend aurait pu être un drame subtil sur le deuil, l’amitié et la place des animaux dans nos vies humaines. Il aurait pu, aussi, proposer un beau portrait de femme à la croisée des chemins. Au lieu de cela, il livre une chronique fragile, sans relief véritable.
Naomi Watts reste convaincante, Apollo crève l’écran à sa manière, mais le film dans son ensemble ne parvient jamais à décoller. À voir si l’on aime les histoires calmes, les chiens majestueux et les silences pesants.
Note : 5/10. En bref, The Friend aurait pu être un drame subtil sur le deuil, l’amitié et la place des animaux dans nos vies humaines. Au lieu de cela, il livre une chronique fragile, sans relief véritable. Reste Naomi Watts, touchante.
Sorti le 25 novembre 2025 directement en VOD
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