Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 10 (season finale)

Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 10 (season finale)

Murderbot // Saison 1. Episode 10. The Perimeter.

SEASON FINALE

 

L’épisode 10 de Murderbot marque la fin de la première saison, et avec lui, une clôture qui, sans chercher à tout résoudre, laisse volontairement en suspens la trajectoire d’un personnage dont le parcours n’a jamais été aussi dense qu’aujourd’hui. Ce final n’a pas besoin d’éclats pour être marquant ; il fonctionne par contraste, par rupture, en s’écartant des logiques habituelles d’un climax explosif. Il prend une autre voie, plus intime, et c’est là que, pour moi, il trouve sa force. Depuis le tout premier épisode, Murderbot s’est construit sur une tension permanente entre individualité et conditionnement. L’ironie, omniprésente au début de la saison, faisait office de paravent. 

 

Derrière les sarcasmes, une peur tenace : celle d’être réduit à un simple outil, à une entité incapable de faire ses propres choix. C’est cette question — celle du libre arbitre — qui revient avec plus d’acuité que jamais dans cet épisode final. Dans les épisodes précédents, la dynamique de groupe — notamment avec Mensah, Pin-Lee, Gurathin ou Ratthi — avait contribué à élargir le regard que le SecUnit portait sur lui-même. Ces liens, parfois fragiles, parfois conflictuels, ont peu à peu desserré l’étau. Mais l’épisode 10 opère un basculement : pour la première fois, Murderbot est confronté non pas au jugement des autres, mais à la perte de soi. Et c’est cette perte qui redéfinit entièrement son rapport à l’autonomie.

Le choix d’ouvrir l’épisode sur un retour en captivité est loin d’être anodin. En reprenant le contrôle total de Murderbot, le monde corporatiste nie d’un seul geste toute l’émancipation qu’il a patiemment construite. C’est une forme d’annulation violente, presque administrative, de son individualité. Ce moment est particulièrement glaçant. Pas parce qu’il est spectaculaire — ce n’est pas ce genre de tension que la série privilégie — mais parce qu’il est méthodique, froid, logique dans un univers qui place l'efficacité au-dessus de la conscience. Voir Murderbot réduit à un simple outil d’intervention, manipulé pour réprimer une révolte sur une station orbitale, agit comme un miroir de ce qu’il aurait pu redevenir. 

 

Ce qu’il aurait pu accepter, aussi, s’il avait renoncé à cette voix intérieure qui ne cesse de lui rappeler qu’il est… autre chose. Contrairement à l’épisode 9, qui reposait sur une montée dramatique progressive et des choix stratégiques lourds de conséquences, cet épisode joue davantage sur le registre de la tension sourde. L’action est présente, certes, mais elle n’est plus au centre. Elle devient un contexte, un arrière-plan. Ce qui importe ici, ce sont les décisions prises à l’ombre de la logique dominante : celles qui n’obéissent pas à des calculs, mais à des convictions. Mensah en est l’exemple le plus flagrant. Son attachement à Murderbot n’est jamais formulé de manière théâtrale, mais il imprègne chaque regard, chaque geste. Il ne s’agit plus simplement de récupérer une unité défaillante, mais de refuser la négation d’une existence. 

À travers elle, la série rappelle que dans un monde structuré par la hiérarchie, s’attacher à ce qui est perçu comme marginal est en soi un acte politique. L’importance donnée à Gurathin dans cet épisode n’est pas un hasard. Depuis le début, son rapport à Murderbot est traversé de défiance, de tension, parfois de respect. Leur dynamique repose sur une reconnaissance tacite : celle de deux entités construites contre leur gré, et qui tentent, chacune à leur manière, de réécrire leur trajectoire. C’est donc logique — et plutôt cohérent — que ce soit lui qui participe le plus activement au retour de Murderbot. Son geste n’est pas héroïque. Il n’est pas là pour sauver qui que ce soit. Il agit parce qu’il comprend. 

 

Parce qu’il sait ce que cela signifie d’avoir été brisé, réassemblé, puis ignoré. Leur dernier échange est, pour moi, l’un des plus justes de la saison. Il n’y a pas de déclaration, pas de promesse. Juste une reconnaissance mutuelle : celle de deux entités qui ne se doivent rien, mais qui choisissent de ne pas disparaître seules. La résolution narrative semble, sur le papier, optimiste. Murderbot est récupéré, ses souvenirs sont restaurés, ses alliés le soutiennent. Pourtant, rien dans le ton de l’épisode ne vient conforter cette lecture. Car au moment même où tout semble revenir à la normale, la série soulève la seule question qui compte vraiment : que signifie être libre quand tout le monde décide pour vous, même avec bienveillance ?

Mensah veut garder Murderbot auprès d’elle, dans la zone sécurisée de la Preservation Alliance. Elle y voit un environnement stable, protecteur, où il pourra exister sans menace. Mais cette projection — même bien intentionnée — est une forme douce de contrôle. Murderbot le perçoit, et refuse de troquer une prison contre une cage dorée. Ce refus n’est pas spectaculaire. Il n’est même pas prononcé avec force. Il s’énonce dans une simple phrase, dans un départ qui n’attend pas d’autorisation. C’est ce moment-là qui clôt l’épisode, et plus largement la saison : non pas par un affrontement, mais par une prise de distance. Sur l’ensemble des dix épisodes, Murderbot n’a pas toujours été égal. Certains passages, en particulier dans la seconde moitié de la saison, ont parfois forcé des enjeux ou dilué leur intensité dans des scènes d’action convenues. 

 

L’épisode 8, notamment, m’avait laissé un sentiment d’urgence mal maîtrisée, où les choix semblaient dictés plus par la structure du récit que par les personnages eux-mêmes. Mais ce que la série a toujours su préserver, c’est sa cohérence thématique. Chaque épisode, même les plus faibles, a contribué à construire une image plus complexe du SecUnit. Il y a eu des glissements de ton — de l’ironie mordante des débuts à une forme de gravité assumée — mais ces évolutions ont toujours eu du sens. Ce final, sans être spectaculaire, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Il est en retrait, presque silencieux. Il n’offre pas de résolution totale, mais laisse la place au doute, à l’inconfort. C’est un choix narratif qui, à mon sens, respecte l’intelligence du spectateur.

Ce qui me frappe le plus en repensant à cette première saison, c’est la façon dont elle a refusé les solutions faciles. Là où beaucoup de séries auraient choisi de simplifier la trajectoire du personnage central, Murderbot fait l’inverse : elle creuse, elle complexifie. Elle montre que même le lien le plus fort — celui entre Murderbot et Mensah — peut être ambivalent. Leur relation est marquée par la tendresse, mais aussi par l’incompréhension. Mensah agit souvent avec justesse, mais elle ne comprend pas toujours que vouloir protéger, c’est parfois imposer. Cette ambivalence est ce qui donne sa profondeur à la série. Et c’est sans doute cela qui me fait apprécier ce final : il ne cherche pas à plaire à tout prix. Il ne surligne pas ses intentions. Il laisse de l’espace, y compris à l’interprétation.

 

Ce dernier épisode ne clôt pas seulement une saison. Il ouvre une perspective. En refusant de ramener Murderbot dans le giron de ses alliés, en choisissant de le laisser partir sans promesse, la série rappelle que l’autonomie passe parfois par la solitude. Il y a quelque chose de mélancolique, certes, dans cette fin. Mais aussi quelque chose d’essentiel : une reconnaissance du droit de partir. De ne pas appartenir. De ne pas répondre. 

 

Note : 8/10. En bref, c’est une fin sans emphase, sans explosion, et c’est précisément pour cela qu’elle me paraît réussie.

Disponible sur Apple TV+

Apple a renouvelé Murderbot pour une saison 2.

 

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G
bonjour a toi<br /> un tres bon article je connais pas la series<br /> donc a découvrir :O) bon weekend
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