3 Juillet 2025
Il n’est pas fréquent qu’une série néo-zélandaise attire mon attention au point de vouloir en parler longuement. C’est pourtant le cas avec Dead Ahead, une production récente diffusée sur TVNZ+ qui m’a intrigué dès ses premières minutes. Loin des séries calibrées pour plaire au plus grand nombre, celle-ci ose proposer un mélange inattendu entre comédie, surnaturel et exploration identitaire, le tout en seulement six épisodes. Dès le premier épisode, Dead Ahead affiche un ton particulier. L’histoire suit Rose, une avocate māorie accomplie qui se retrouve, à la suite d’un événement inattendu, confrontée à la présence envahissante de ses ancêtres.
Une avocate māorie de haut vol libère accidentellement ses tūpuna (ancêtres) chaotiques, obligeant les vivants et les morts à naviguer dans leur héritage commun.
Ces derniers, incarnés sous forme de fantômes, s’imposent dans son quotidien professionnel et personnel, créant un décalage constant entre le monde des vivants et celui des esprits. On pourrait penser à une version néo-zélandaise de Ghosts mais il n’en est rien. Pourtant, avec les fantômes on pense tout de suite à la série britannique qui a eu un remake américain (diffusé sur CBS depuis 6 saisons) et français (disponible sur Disney+). Ce qui m’a immédiatement interpellé, c’est la manière dont la série ne cherche pas à forcer l’adhésion par des effets spectaculaires. Au contraire, elle installe son univers de façon posée, en misant davantage sur l’absurde des situations et le choc des temporalités que sur des rebondissements artificiels.
C’est un choix qui peut surprendre, voire désorienter, mais qui s’avère cohérent avec l’intention narrative sous-jacente. L’un des aspects les plus marquants de la série est l’omniprésence de la culture māorie, non pas en surface, mais dans ses fondations mêmes. Il ne s’agit pas de folklore plaqué sur une histoire moderne, mais bien d’une réflexion sur ce que signifie porter un héritage, au sens propre comme au sens figuré. Les tūpuna, ces ancêtres fantomatiques qui perturbent la vie de Rose, sont les représentants d’une mémoire collective, de traditions qui peinent à trouver leur place dans un monde contemporain qui avance sans se retourner. Chacun de ces personnages incarne un pan de cette histoire, avec des attitudes, des valeurs et des visions qui entrent en résonance ou en conflit avec le présent.
Cette approche m’a semblé particulièrement pertinente car elle dépasse le simple cadre de la série pour toucher à des questions plus larges, valables pour n’importe quelle culture confrontée à la modernité : faut-il renier le passé pour avancer ? Comment composer avec des valeurs héritées qui ne semblent plus correspondre aux réalités d’aujourd’hui ? Rose, campée par Miriama Smith, porte la série sur ses épaules. Son personnage est construit sans artifices : une femme forte, brillante, mais aussi traversée par des doutes et des contradictions. Son rapport aux fantômes de ses ancêtres, tantôt agacée, tantôt émue, crée une dynamique qui m’a semblé crédible et parfois touchante.
J’ai particulièrement apprécié le fait que la série ne cherche pas à rendre Rose héroïque. Elle fait des erreurs, elle perd patience, elle réagit parfois de façon excessive. C’est ce qui la rend humaine. Les interactions avec les tūpuna donnent lieu à des scènes souvent drôles, parfois émouvantes, mais toujours porteuses de sens. En revanche, j’ai trouvé que certains personnages secondaires, notamment les collègues de Rose, manquaient d’épaisseur. Ils remplissent leur fonction narrative mais restent en retrait. Il m’a semblé qu’il y avait là un potentiel sous-exploité pour étoffer l’univers de la série et lui donner encore plus de relief. Sur le plan narratif, la saison se déroule en six épisodes qui ne suivent pas toujours un rythme constant.
Le premier épisode installe les bases avec efficacité, tandis que les épisodes suivants explorent différentes ramifications de cette rencontre forcée entre passé et présent. Il faut le dire : certains épisodes peinent à maintenir la tension ou à renouveler l’intérêt. Quelques sous-intrigues, en particulier celles qui s’attardent sur la vie professionnelle de Rose, m’ont semblé moins captivantes et parfois un peu répétitives. L’humour lié aux fantômes fonctionne la plupart du temps, mais il m’est arrivé d’avoir la sensation que certaines situations étaient étirées inutilement. Cela étant dit, ce déséquilibre ne m’a pas empêché de rester engagé jusqu’à la fin. La série compense ses baisses de rythme par des moments sincères qui questionnent des notions universelles : la transmission, le pardon, la difficulté de se libérer d’un passé pesant.
Visuellement, Dead Ahead s’appuie sur des choix sobres mais efficaces. Les paysages néo-zélandais servent de décor à une intrigue qui aurait facilement pu sombrer dans l’artificiel, mais qui reste ancrée dans un quotidien crédible. La photographie met en valeur la beauté naturelle des lieux sans tomber dans la carte postale. Les effets spéciaux liés aux fantômes sont utilisés avec parcimonie. Plutôt que d’en faire des créatures spectaculaires, la série les présente comme des personnages presque ordinaires, ce qui renforce la proximité avec le spectateur. La bande-son, mêlant sonorités contemporaines et touches māories, accompagne subtilement l’ensemble sans jamais prendre le dessus.
Au fil des épisodes, j’ai ressenti que Dead Ahead disait des choses importantes sans forcément les formuler de manière explicite. Le rapport au passé, à la famille, au deuil, mais aussi aux non-dits qui traversent les générations, sont au cœur de l’histoire. Ces thématiques ne sont pas toujours abordées de front, mais elles irriguent chaque scène. Il y a également une réflexion sur l’identité et sur le compromis entre modernité et tradition qui me semble particulièrement actuelle. Rose incarne ce tiraillement constant : réussir dans un système qui valorise l’individualisme tout en restant fidèle à un héritage collectif. Cette tension n’est pas propre à la culture māorie. Elle résonne avec d’autres contextes, d’autres histoires familiales, ce qui donne à la série une portée plus large que ce qu’un simple résumé pourrait laisser croire.
L’humour de Dead Ahead est un point qui, je pense, peut laisser des spectateurs sur le bord du chemin. Certaines situations m’ont fait sourire, d’autres m’ont laissé plus sceptique. Il y a un parti pris assumé pour un humour parfois absurde, parfois décalé, qui ne fait pas toujours mouche. Personnellement, j’ai trouvé que ces moments apportaient un contrepoint nécessaire à des thèmes plus lourds. Mais il est vrai que certaines blagues, notamment celles qui tournent autour des réactions des tūpuna face au monde moderne, finissent par se répéter. J’aurais apprécié un peu plus de variété dans ce registre. La conclusion de cette première saison m’a laissé un sentiment mitigé.
D’un côté, elle apporte une résolution satisfaisante à l’intrigue principale. De l’autre, elle laisse volontairement plusieurs pistes ouvertes, ce qui peut frustrer ceux qui attendent des réponses plus claires. Il est évident que la série appelle une suite. Je comprends le choix de ne pas tout boucler, mais j’aurais aimé une fin un peu plus aboutie sur certains points, notamment sur la question de l’impact durable de ces rencontres surnaturelles sur la vie de Rose. Dead Ahead n’est pas une série parfaite, et je ne la conseillerais pas à tout le monde sans réserve. Elle demande une certaine ouverture d’esprit et une curiosité pour des histoires qui sortent des sentiers battus. Elle ne cherche pas à séduire par des artifices, ni à produire des effets spectaculaires à chaque épisode.
Ce qui en fait la force, à mes yeux, c’est son honnêteté. L’histoire est racontée avec sincérité, avec un souci d’ancrage culturel qui ne sonne jamais forcé. Les personnages sont imparfaits, les situations parfois bancales, mais l’ensemble tient par cette volonté d’explorer des thématiques profondes avec légèreté et sans prétention. Si une saison 2 voit le jour, je serais curieux de la découvrir, mais j’espère que certaines faiblesses seront corrigées. J’aimerais voir les personnages secondaires mieux développés, des intrigues plus resserrées, et un humour un peu moins répétitif. Mais je reste attaché à l’univers et aux personnages, ce qui est pour moi le signe qu’une série a su créer quelque chose de durable.
Je ne ressens pas le besoin d’une transformation radicale, mais plutôt d’une maturation de ce qui a déjà été posé. L’univers de Dead Ahead possède un potentiel qui ne demande qu’à être approfondi, tant sur le plan des relations humaines que sur celui des thématiques abordées.
Note : 7/10. En bref, Dead Ahead est racontée avec sincérité, avec un souci d’ancrage culturel qui ne sonne jamais forcé. Les personnages sont imparfaits, les situations parfois bancales, mais l’ensemble tient par cette volonté d’explorer des thématiques profondes avec légèreté et sans prétention.
Prochainement en France
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