Mr Bigstuff (Saison 2, 6 épisodes) : toujours à côté de la plaque, même avec Danny Dyer

Mr Bigstuff (Saison 2, 6 épisodes) : toujours à côté de la plaque, même avec Danny Dyer

Il fallait un certain masochisme pour revenir devant Mr Bigstuff après une première saison aussi décevante. Rien dans les six premiers épisodes ne m’avait convaincu à l’époque : ni le ton, ni les personnages, ni le soi-disant humour qui se perdait dans des répliques creuses et des situations déjà vues. Pourtant, malgré cette impression d’avoir perdu du temps avec la saison 1, j’ai voulu laisser une chance à la suite. Par curiosité, par habitude ou simplement pour voir si le fond pouvait enfin émerger. Mauvais pari. La saison 2 reprend sans prendre de risques, comme si la médiocrité initiale avait été une direction artistique assumée. 

 

Les dialogues restent convenus, les personnages stagnent, et l’humour, censé être le moteur de la série, s’épuise encore plus rapidement que dans la première salve d’épisodes. Danny Dyer, qu’on a vu bien meilleur ailleurs, semble coincé dans un rôle qui ne lui permet ni de jouer sur la nuance, ni de sortir de son registre habituel. Et c’est bien là le problème : tout le monde semble tourner en rond. Dès le premier épisode de cette nouvelle saison, l’écriture semble s’être figée dans un schéma usé : punchlines faciles, gags visuels poussifs, scènes qui cherchent le décalage sans jamais l’assumer pleinement. Les scénaristes semblent parier sur le comique de répétition, sauf que la répétition, ici, ne crée rien d’autre que de l’ennui. 

 

L'humour fonctionne parfois par accident, mais jamais comme résultat d’une mécanique bien construite. Ce n’est pas du burlesque, ce n’est pas non plus de l’humour noir. C’est juste… du remplissage. La série continue de se reposer sur une forme de vulgarité sans finesse, comme si les jurons systématiques devaient suffire à faire rire. Résultat : au lieu d’installer un ton ou une identité, elle accumule les facilités. Il y a un manque évident d’ambition dans l’écriture. Pas forcément de vouloir faire plus "sérieux" – ce n’est pas ce qu’on attend d’une comédie de ce type – mais au moins de tenter autre chose que de recycler les mêmes gags et les mêmes dynamiques relationnelles. Danny Dyer reste sans conteste l’élément le plus solide du casting. 

 

Il a une présence à l’écran, une certaine aisance dans l'excès, un instinct comique qui pourrait être bien plus exploité ailleurs. Ici, il est enfermé dans une parodie d’un rôle qu’il a déjà joué mille fois. Sa gestuelle, sa manière de parler, son jeu : tout est calibré pour correspondre à l’image qu’on attend de lui, ce qui ne laisse aucune place à la surprise. C’est d’autant plus frustrant quand on connaît son parcours, et quand on l’a vu livrer des performances autrement plus complexes dans d’autres productions, y compris dans des comédies qui avaient au moins le mérite d’essayer de proposer quelque chose de différent. Ici, même son charisme ne suffit plus à masquer les lacunes du scénario. Il sauve quelques scènes par sa seule énergie, mais cela ne suffit pas à sauver la série. Son talent paraît en roue libre, comme bridé par un cadre trop étroit.

 

Le duo central entre Lee et Greg aurait pu être retravaillé pour offrir de nouvelles tensions, ou au moins un renversement de dynamique. Mais tout reste figé. Greg est toujours ce frère un peu paumé, gentiment pathétique, constamment dépassé. Et Lee continue d’improviser sa vie comme un adolescent attardé. À aucun moment, on ne sent un véritable enjeu émotionnel ou dramatique entre eux. Même les moments censés être touchants tombent à plat, faute de construction ou de sincérité dans l’écriture. Autour d’eux, les personnages secondaires sont traités avec une légèreté qui confine à l’indifférence. Harriet Webb, qui incarne Kirsty, semble enfermée dans un rôle purement fonctionnel. 

 

Sa sous-intrigue autour d’un chantage sentimental aurait pu apporter une tension secondaire, mais elle est expédiée sans que cela n’ait le moindre poids. Les nouvelles têtes, censées relancer l’intrigue, peinent à exister autrement que comme des caricatures. Le fil rouge de cette saison – la recherche du père disparu – aurait pu représenter une opportunité narrative. Ce genre de quête offre souvent des moments de révélation ou de conflit interne. Ici, l’idée est survolée, jamais vraiment exploitée. Les personnages errent d’un épisode à l’autre sans que l’on comprenne bien ce qu’ils veulent, ce qui les pousse à agir, ou ce que cette quête devrait révéler d’eux-mêmes. Même les passages censés être plus loufoques – notamment cette rencontre improbable avec une retraitée lubrique – manquent de mordant. 

 

Tout est trop appuyé, trop démonstratif, sans le contrepoint de la subtilité. L’enchaînement des situations semble dicté par un cahier des charges comique, pas par une logique interne à l’histoire ou aux personnages. Visuellement, la série ne cherche pas à se démarquer. Le cadrage est fonctionnel, la mise en scène souvent statique. Tout semble conçu pour laisser les acteurs occuper le champ librement, sans contrainte, comme si la caméra n’était là que pour enregistrer. Cela peut fonctionner dans certains formats comiques, mais ici, cela donne surtout l’impression d’un projet peu investi sur le plan visuel. Même les décors ou les costumes participent à cette impression de laisser-aller. Rien ne ressort, rien ne marque. On est face à une série qui semble tourner à vide, sans volonté de créer un univers cohérent ou reconnaissable. 

 

L’image suit, sans jamais chercher à enrichir le propos ou à souligner les émotions. Ce qui dérange le plus dans Mr Bigstuff, ce n’est pas tant qu’elle soit ratée – il y a pire ailleurs – mais qu’elle ne cherche pas à s’améliorer. Il n’y a pas de tentative de renouvellement, pas d’audace, pas de prise de risque. Tout donne l’impression d’un entre-soi créatif, où les mêmes idées circulent en boucle. On peut comprendre que certains spectateurs apprécient ce type d’humour régressif, basé sur l’exagération et la vulgarité bon enfant. Mais encore faut-il qu’il y ait un fond, ou du moins une envie de raconter quelque chose. Or ici, tout est en surface. Et ce manque de profondeur devient pesant, épisode après épisode.

 

La saison 2 de Mr Bigstuff ne fait que confirmer les faiblesses de la première. Aucune amélioration notable, aucune surprise. La série semble s’auto-parodier sans s’en rendre compte, enfermée dans des mécanismes comiques usés et des personnages qui ne bougent plus. Même avec un acteur comme Danny Dyer, difficile de ressentir autre chose qu’un vague ennui. Regarder cette deuxième saison donne surtout l’impression de voir une opportunité gâchée. Il y avait matière à faire une vraie comédie sociale décalée, avec des personnages en marge et un ton un peu plus acide. À la place, on se retrouve avec un programme qui coche les cases sans jamais se poser la moindre question.

 

Le plus frustrant reste de voir que tout cela pourrait fonctionner, avec un peu plus d’effort sur l’écriture et une vraie direction artistique. Mais tant que la série se contentera de vivre sur ses automatismes, elle restera condamnée à l’oubli. Pas mauvaise au point d’être mémorable, pas assez réussie pour qu’on y revienne.

 

Note : 3/10. En bref, la saison 2 de Mr Bigstuff ne fait que confirmer les faiblesses de la première. Aucune amélioration notable, aucune surprise. 

Prochainement en France

 

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