Critique Ciné : Bagman (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bagman (2025, direct to SVOD)

Bagman // De Colm McCarthy. Avec Sam Claflin, Antonia Thomas et Sharon D. Clarke.

 

Avec Bagman, le cinéma d’horreur remet sur le devant de la scène une figure classique : celle de l’épouvantail folklorique qu’on raconte aux enfants pour les faire obéir. Une sorte d’anti-Père Noël qui, au lieu de distribuer des cadeaux, fourre les plus turbulents dans son sac pour les faire disparaître à jamais. En théorie, le point de départ est prometteur. En pratique, ce long-métrage de Daniel DelPurgatorio ressemble davantage à une compilation d’idées recyclées qu’à un film construit sur une vision claire. Le film suit Patrick McKee, incarné par Sam Claflin, hanté depuis l’enfance par la légende du Bagman. Ce souvenir traumatique refait surface lorsqu’il devient père à son tour.

 

Un père doit lutter contre le monstre de son enfance qui revient le hanter. Mais cette fois, il ne se bat pas pour lui-même, mais pour sa famille.

 

Mais loin de tirer parti de ce potentiel narratif, le film s’englue rapidement dans des incohérences de scénario et une série de décisions absurdes qui finissent par saper toute tension. Le concept du Bagman avait de quoi séduire. Un croque-mitaine mythique, transmis de génération en génération, qui surgit dans la nuit pour emporter les enfants ? Le genre raffole de ce type de figure inquiétante. D’autant que le film prend la peine d’installer une atmosphère : une maison isolée, un enfant vulnérable, des bruits qui rôdent, des ombres fugaces... Les ingrédients sont là. Malheureusement, Bagman ne fait rien de vraiment neuf avec cette matière première. Le récit avance par à-coups, étire ses scènes sans nécessité, et finit par tourner en rond. 

 

Là où un bon film d’horreur utilise les silences et la lenteur pour distiller l’angoisse, Bagman se contente de retarder l’inévitable, sans vraiment construire de tension. L’un des reproches les plus tenaces que je pourrais faire au film concerne le comportement des personnages. Dans Bagman, la logique parentale disparaît au premier sursaut. Les parents, censés être terrorisés par la présence d’une entité malveillante, laissent régulièrement leur enfant seul, dans une pièce à part ou dans un bain sans surveillance. Ces décisions improbables ne servent qu’un seul but : permettre à l’intrigue d’avancer. Mais le problème, c’est que ces facilités de scénario détruisent toute identification. Difficile de s’inquiéter pour un enfant que ses propres parents abandonnent systématiquement dans des situations à risque. 

 

Et plus difficile encore de s’attacher à des adultes dont les choix relèvent davantage de la bêtise scénaristique que de la peur humaine. Visuellement, Bagman tient plutôt bien la route. La photo est sobre mais efficace. Le travail sur le son participe à instaurer une ambiance trouble. Quelques jump scares fonctionnent, même si leur accumulation devient prévisible. Les effets pratiques, eux, sont réussis, avec un design du Bagman plutôt marquant, même s’il manque de véritable symbolique. Là encore, on touche du doigt un problème récurrent dans ce type de productions : l’esthétique prend le pas sur le fond. Le film cherche à faire peur, mais oublie de construire une mythologie solide autour de son antagoniste. Le Bagman reste une figure vide. 

 

On ne sait jamais vraiment d’où il vient, ce qu’il veut, ou pourquoi il revient. Et sans motivation claire, difficile de ressentir autre chose qu’un sursaut mécanique face à ses apparitions. Narrativement, Bagman suit une structure très convenue. On démarre avec un trauma d’enfance, puis une phase de déni adulte, une série de manifestations paranormales, des tentatives d’exorciser la peur, et enfin l’affrontement final. Ce canevas, déjà vu des dizaines de fois, n’est jamais détourné ou réinventé. Le film coche des cases sans jamais s’interroger sur leur pertinence. Pire : le scénario s’offre quelques retours en arrière maladroits, des ellipses mal maîtrisées et un twist final qui tombe à plat. Il aurait été bien plus intéressant de prendre le parti de commencer l’histoire là où elle se termine. 

 

Le dernier acte, s’il avait été placé plus tôt, aurait pu servir de point de départ à un vrai crescendo dramatique. Mais en l’état, on a plutôt le sentiment d’avoir assisté à 80 minutes de remplissage pour un quart d’heure convaincant. Du côté du casting, Sam Claflin fait ce qu’il peut pour insuffler de la crédibilité à son personnage. Il campe un père tourmenté avec conviction, mais l’écriture ne lui laisse que peu d’espace pour nuancer ses émotions. Antonia Thomas, dans le rôle de sa femme, hérite d’un rôle ingrat, cantonné à la fonction de sceptique qui finit par céder à l’évidence. Le reste du casting est à l’avenant : compétent mais sous-exploité. Le personnage du policier, les membres de la famille élargie, les voisins... tous traversent le récit sans qu’on comprenne leur réelle utilité. 

 

Seul l’enfant parvient à capter l’attention, malgré des dialogues parfois trop artificiels. Ce qui frappe dans Bagman, c’est qu’il incarne malgré lui les travers d’un certain cinéma d’horreur contemporain : une idée séduisante, un soin porté à l’ambiance, mais une écriture paresseuse. Tout semble calibré pour le frisson immédiat, sans prise de risque, sans ambition narrative. Le film ne propose pas de réflexion sur la parentalité, sur la transmission des peurs, ou sur la frontière entre mythe et réalité. Il survole ces thématiques sans jamais les creuser. Et dans un marché saturé de films du même genre, cela ne suffit plus. Difficile de recommander Bagman sans réserve. Il s’agit d’un film regardable, doté de quelques qualités plastiques, mais qui laisse un goût d’inachevé. 

 

Ceux qui aiment les histoires de croque-mitaine y trouveront peut-être un peu de plaisir, à condition de ne pas être trop exigeants. Mais pour celles et ceux qui cherchent un vrai frisson, une vraie proposition de cinéma, ou simplement une histoire qui tienne la route, Bagman risque d’apparaître comme une énième tentative manquée. Le genre mérite mieux. Et ce Bagman, malgré son costume inquiétant et sa démarche sinistre, ne parvient jamais à vraiment s’imposer comme une figure mémorable.

 

Note : 4/10. En bref, un film regardable, doté de quelques qualités plastiques, mais qui laisse un goût d’inachevé. Pour un film de croque-mitaine, préférez Mister Babadook, l’un de mes films d’horreur préféré du genre.

Prochainement en France en SVOD

 

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