Critique Ciné : Planète B (2024)

Critique Ciné : Planète B (2024)

Planète B // De Aude Léa Rapin. Avec Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub et Eliane Umuhire.

 

La science-fiction française tente chaque année de nous offrir des idées au cinéma. C’est laborieux la plupart du temps mais on ne peut pas enlever la volonté de sortir des comédies françaises classiques afin de tenter le cinéma de genre. Si l’on excelle depuis quelques temps dans le cinéma d’horreur, le cinéma de science-fiction français ressemble à un champ de ruines. Une œuvre française de science-fiction, ambitieuse sur le papier, promettant une plongée dans un futur dystopique, politiquement chargé, technologiquement étrange et psychologiquement tendu. Malheureusement, à l’écran, le résultat donne surtout l’impression d’un projet qui s’est égaré dans ses intentions, écrasé sous le poids de ses références, et incapable de trouver une cohérence propre. 

 

France, 2039. Une nuit, des activistes traqués par l'Etat, disparaissent sans laisser aucune trace. Julia Bombarth se trouve parmi eux. A son réveil, elle se découvre enfermée dans un monde totalement inconnu : PLANÈTE B.

 

2039. La France a changé de visage. L’État traque les activistes, les écologistes radicaux, les dissidents politiques. Julia Bombarth fait partie de ces figures militantes qui disparaissent sans laisser de traces. À son réveil, elle se retrouve piégée sur une étrange "Planète B", une prison virtuelle à l’apparence paradisiaque, censée briser les esprits par la douceur factice de son décor. Le pitch est intrigant, presque audacieux. Il aurait pu donner lieu à un vrai thriller politique, une satire sur l’illusion du libre arbitre, ou encore une réflexion subtile sur la manière dont la technologie redéfinit l’incarcération. Mais très vite, le film s’enlise. Il multiplie les pistes, sans jamais en suivre une seule jusqu’au bout. 

 

Entre dénonciation politique, trip métaphysique et drame existentiel, la narration se fragmente, s'épuise, et finit par ne plus raconter grand-chose. Les thématiques sont posées – autoritarisme, écologie, surveillance, virtualité – mais rarement développées avec la rigueur qu’elles exigent. Tout semble survolé, comme si l’accumulation d’idées pouvait compenser l'absence de colonne vertébrale narrative. Le film évoque tour à tour Get Out, The Truman Show, Les Fils de l’Homme, voire même Blade Runner… Mais l’inspiration devient ici imitation maladroite. Chaque clin d’œil semble souligner l’écart entre l’ambition et l’exécution. Les références ne sont pas digérées : elles s’empilent comme les briques d’un mur instable, menaçant à chaque instant de s'effondrer.

 

Le scénario reste l’un des points les plus problématiques. Il peine à établir les règles de son propre univers. La technologie, au cœur de l’intrigue, n’est jamais vraiment expliquée. Les enjeux, flous dès le départ, deviennent confus au fil du récit. La prison virtuelle – cette fameuse Planète B – n’évoque ni peur ni fascination. Le lieu, pourtant central, n’imprime rien. Il reste plat, générique, artificiel. L’absence d’intensité dramatique rend le tout presque soporifique, comme si les scènes s’enchaînaient sans finalité, sans impact. Il faut reconnaître au film une certaine esthétique. Les contrastes entre les deux mondes (réel et virtuel) sont lisibles. L’économie de moyens est palpable, mais utilisée avec une certaine intelligence. Les décors recyclés rappellent parfois ceux des films de Cuaron, et la lumière cherche clairement du côté des Safdie. 

 

Certains effets spéciaux, discrets, font le travail. L’habillage visuel n’est pas le problème. Ce qui fait défaut, c’est la capacité à utiliser cette esthétique pour servir le récit. La mise en scène, souvent appliquée, reste cependant trop scolaire. Les moments de tension manquent de souffle. Le rythme est irrégulier, et l’enchaînement des scènes finit par ressembler à un parcours sans relief. Il y a une sorte de mollesse persistante, accentuée par des dialogues qui peinent à s’éloigner de la caricature. Adèle Exarchopoulos et Souheila Yacoub tirent leur épingle du jeu. Dans un film où les personnages semblent plus symboliques que véritablement incarnés, elles parviennent à dégager une forme d’humanité. Leurs performances sont justes, même si elles doivent lutter contre un script qui leur laisse peu de place pour respirer. 

 

Certaines scènes entre elles permettent d’apercevoir ce que Planète B aurait pu devenir, avec un peu plus de clarté et de structure. Marc Barbé, dans un rôle secondaire, marque les esprits, mais les autres personnages tombent souvent dans la caricature. Les antagonistes, notamment, manquent de complexité. Ils semblent tout droit sortis d’un pamphlet militant, ce qui empêche toute ambiguïté, toute finesse. La direction d’acteurs paraît absente, et cela se ressent dans la manière dont les comédiens peinent à habiter leurs rôles. Impossible de ne pas remarquer le message politique du film. Il est martelé sans détour : l'État devient oppresseur, la dissidence est criminalisée, les technologies servent le contrôle des esprits. Le problème n’est pas tant le message lui-même – pertinent, d’actualité – que sa mise en forme. 

 

Le film semble crier son indignation à chaque plan, à chaque réplique, au détriment de toute subtilité. Plutôt que de susciter la réflexion, cette approche frontale tend à enfermer le spectateur dans une posture défensive. Il aurait été plus efficace de questionner, de semer le doute, de troubler. À la place, le film déroule un agenda très lisible, souvent au détriment de la dramaturgie. Les scènes de dialogue, en particulier, s’apparentent parfois à des slogans mis en bouche, étouffant toute possibilité d’identification. Le plus grand défaut de Planète B, c’est sans doute l’ennui. À force de vouloir brasser trop de choses, le film perd sa dynamique. Les scènes se répètent, la narration tourne en rond, et le spectateur décroche. 

 

L’idée d’un monde virtuel conçu comme une prison mentale avait du potentiel. Mais ici, elle devient une métaphore étirée, à la limite de l’abscons. Ce qui aurait pu être un thriller d’anticipation tendu devient une série de tableaux désincarnés, au symbolisme lourd, à la mise en scène monotone. La durée – près de deux heures – accentue cette impression d'étirement inutile. À la sortie, reste un sentiment de gâchis : celui d’un film qui avait toutes les cartes en main, mais qui n’a jamais su choisir lesquelles jouer. Planète B est une tentative honnête mais mal calibrée de cinéma d’anticipation engagé. Son propos, malgré une pertinence contextuelle, se dilue dans une narration confuse, une dramaturgie faible, et une accumulation de références mal maîtrisées. Il manque un cœur battant à ce film, une tension, une âme.

 

Reste une envie de cinéma, visible à l’écran, mais desservie par une écriture trop théorique et une mise en scène trop sage. Ce n’est ni une catastrophe, ni une révélation, simplement une déception. Une de plus, dans ce paysage où la science-fiction française peine encore à trouver sa voix.

 

Note : 3/10. En bref, Planète B est une tentative honnête mais mal calibrée de cinéma d’anticipation engagé. Son propos, malgré une pertinence contextuelle, se dilue dans une narration confuse, une dramaturgie faible, et une accumulation de références mal maîtrisées.

Sorti le 25 décembre 2024 au cinéma - Disponible en VOD et sur Ciné+ OCS

 

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