Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 3. Call of the Woe.

Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 3. Call of the Woe.

Mercredi // Saison 2. Episode 3. Call of the Woe.

 

Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la façon dont la saison 2 de Mercredi déplace son intrigue principale hors des murs de Nevermore. Ce troisième épisode choisit la forêt comme nouveau décor, un choix qui n’est pas anodin. Derrière la façade d’un banal séjour en camping scolaire, les rouages d’une enquête plus sombre continuent de tourner. J’ai eu le sentiment que cet épisode cherchait moins à avancer à toute allure qu’à installer une ambiance, à poser les jalons d’un futur plus inquiétant. Dès les premières minutes, quelque chose m’a frappé. Un détail que j’avais presque laissé passer dans les épisodes précédents refait surface ici, avec plus de poids. 

 

Mercredi se retrouve confrontée à des décisions prises par d’autres, mais qui impactent directement son environnement. Morticia, poussée par une influence extérieure, décide de renouer un lien longtemps coupé avec sa propre mère, Hester Frump. Cette reprise de contact n’est pas simplement familiale ; elle s’inscrit dans un plan plus large, où l’intérêt de l’école Nevermore passe avant les rancunes personnelles. Cela m’a rappelé à quel point la série joue souvent avec les notions d’héritage, de transmission, mais aussi de rupture. Ce lien entre Morticia et Hester n’a rien d’harmonieux. Il est tendu, conflictuel. Pourtant, il devient essentiel à l’avancement de l’histoire. J’y ai vu un écho direct à la relation entre Mercredi et sa mère, où la défiance constante masque une forme de protection maternelle.

 

Mercredi n’est pas du genre à supplier, encore moins à exposer ses failles. Pourtant, face à Morticia, elle se montre inhabituelle : elle avoue sa crainte pour Enid, après une vision troublante impliquant un corbeau borgne. Elle a besoin du grimoire de Goody, et elle le dit clairement. Mais sa mère refuse. Pas par cruauté, ni par autoritarisme. Elle le fait en connaissance de cause, parce qu’elle estime que Mercredi n’est pas encore prête à manipuler un tel pouvoir. Ce refus provoque une réaction en chaîne. Mercredi, privée de l’arme magique qu’elle convoitait, doit s’en remettre à des méthodes plus classiques. L’enquête prend alors une tournure plus physique, plus concrète, et elle la pousse à suivre des pistes tangibles au lieu de visions.

 

Tout bascule lorsqu’un téléphone devient la clé d’un mystère. Lors des funérailles de Galpin, très peu de personnes se déplacent. Un moment discret, presque intime, qui ne semble pas peser lourd dans l’intrigue… jusqu’à ce qu’un élément vienne tout relancer. Une conversation avec le Dr Fairburn laisse entrevoir un épisode violent entre Tyler et son père, survenu dans un établissement nommé Willow Hill. À partir de là, Mercredi récupère le téléphone de Galpin et parvient, avec l’aide d’un personnage secondaire capable de modifier son apparence, à en extraire un message vocal. Ce dernier mentionne une cabane cachée dans la forêt. Et c’est là que l’idée du camping devient pour elle bien plus qu’un événement scolaire.

 

J’ai toujours trouvé les épisodes de Mercredi intéressants lorsqu’ils utilisent des événements scolaires comme toile de fond pour quelque chose de plus profond. Ce séjour en camping n’échappe pas à la règle. Au premier abord, il s’agit d’une sortie pour les élèves de Nevermore. Mais très vite, on comprend que ce cadre va permettre à plusieurs intrigues secondaires de se croiser. Mercredi décide d’y participer, mais avec un objectif précis : poursuivre discrètement son enquête. La présence de toute sa famille — Morticia, Gomez, Lurch et même Pugsley — ajoute une couche de complexité à ce qui aurait pu être un simple décor. Chacun apporte ses tensions, ses secrets, ses propres préoccupations. 

 

Pugsley, par exemple, transporte clandestinement Slurp, une créature au comportement étrange, dont les capacités semblent en mutation. Le jeu de capture du drapeau, organisé entre les élèves de Nevermore et un groupe rival appelé les cadets Phoenix, vient donner un souffle compétitif à l’épisode. Ce type de compétition sert ici à souligner les conflits de territoire, mais aussi à accentuer la personnalité de chacun. Ce n’est pas seulement un jeu, c’est une manière de marquer une présence, de défendre une place. Mercredi ne cherche pas particulièrement la victoire, mais elle comprend vite qu’un succès pourrait lui ouvrir plus de possibilités pour continuer ses recherches en toute liberté. 

 

Le campement devient ainsi un champ d’observation, un espace propice à la dissimulation. Tandis que certains célèbrent la victoire autour du feu, Mercredi s’éloigne. Accompagnée de Thing, elle part fouiller la fameuse cabane. Ce qu’elle y découvre n’est pas immédiatement décisif, mais soulève de nouvelles questions. Derrière un miroir, elle tombe sur une collection de nécrologies liées à d’anciens patients de Willow Hill. Un nom ressort : Lois. Une nouvelle cible potentielle ? Ce lieu, cette cabane, me semble être une passerelle. Elle relie les actes passés à ceux qui se préparent. Elle symbolise aussi l’isolement de certains personnages, la manière dont certains secrets ne sont accessibles qu’à ceux qui savent chercher au bon endroit.

 

Si Mercredi veut aller plus loin, elle sait qu’il lui faut récupérer le grimoire. Mais la discussion n’a rien donné. Alors elle provoque Morticia en duel. Un défi étrange, entre deux générations, deux visions de la magie et du danger. Le combat est visuellement intéressant, mais ce qui m’a marqué, c’est la finalité : Mercredi perd. Une défaite rare, qui remet en question sa stratégie et sa confiance en elle. Cette scène fonctionne comme un point de rupture. Elle met en pause la progression de Mercredi. Elle l’oblige à réfléchir autrement. À accepter qu’elle ne contrôle pas tout. Pendant que Mercredi se bat, d’autres événements éclatent en parallèle. Enid rompt définitivement avec Ajax. Kruger, vexé par sa défaite au jeu, tente de perturber le campement, mais tombe dans un piège posé par Pugsley. 

 

La créature Slurp, loin d’être inoffensive, réagit violemment. Résultat : Kruger y laisse son cerveau. Ce moment vient bouleverser l’équilibre fragile entre la découverte et le danger. La créature n’est plus un secret. Elle est visible. Et son existence remet en question plusieurs certitudes. Surtout, elle montre que les limites sont en train de céder. Malgré les échecs, une chose devient de plus en plus évidente : l’établissement de Willow Hill détient des réponses. C’est là que l’étau se resserre. La série y envoie d’ailleurs un personnage connu, Marilyn Thornhill, récemment transférée en tant que patiente. Son retour laisse penser qu’une partie du passé de la série revient hanter le présent. La relation qu’elle pourrait entretenir de nouveau avec Tyler pose problème.

 

Cette partie m’a donné l’impression que le récit s’apprêtait à se recentrer. Tout converge vers un lieu unique, vers une vérité qui semble enfouie dans les couloirs de cet asile. Mercredi, malgré sa persévérance, se retrouve dans une impasse. Elle veut le grimoire, mais ne l’obtient pas. Elle suit une piste, mais celle-ci s’éparpille. La vision du corbeau borgne continue de la hanter. Et son prochain guide spirituel tarde à se manifester. Rien n’avance comme prévu. Ce que j’ai apprécié ici, c’est ce flou. Ce sentiment que, parfois, même les plus méthodiques peuvent perdre le fil. Que l’instinct ne suffit pas toujours, surtout face à des ennemis plus expérimentés.

 

Au final, cet épisode n’apporte pas de grandes révélations. Il agit davantage comme un pivot. Il redistribue les cartes, met les nerfs à rude épreuve, et pousse Mercredi à se repositionner. Elle pensait suivre une ligne droite, elle se retrouve face à un labyrinthe. Et chaque détour, chaque décision, semble la rapprocher d’un danger qu’elle ne mesure pas encore totalement. Le lien entre Galpin et Willow Hill reste obscur. Le rôle de Tyler également. Et surtout, ce fameux oiseau borgne, toujours là, toujours en observation, laisse penser qu’il reste encore beaucoup à découvrir.

 

Note : 7.5/10. En bref, Mercredi délivre un épisode hors les murs qui pimente la saison.

Disponible sur Netflix

 

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