2 Août 2025
Riff Raff // De Dito Montiel. Avec Jennifer Coolidge, Ed Harris et Gabrielle Union.
Dito Montiel signe avec Riff Raff un film qui intrigue autant qu’il désoriente. Présentée comme une comédie noire flirtant avec le polar familial, cette œuvre peine pourtant à trouver son ton, malgré une distribution de rêve. Ed Harris, Bill Murray, Jennifer Coolidge, Pete Davidson, Gabrielle Union... la liste donne envie sur le papier. Mais une fois le générique lancé, une question persiste : que voulait raconter ce film ? L’intrigue de Riff Raff démarre sur un ton volontairement tendu : Vincent (Ed Harris) voit son quotidien perturbé par l’arrivée inattendue de son fils Rocco, accompagné de sa compagne enceinte, mais aussi de son ex-femme. Dès les premières scènes, un malaise s’installe.
Le quotidien d'un ancien criminel est bouleversée lorsque son ancienne famille se présente pour un rendez-vous attendu par eux depuis longtemps.
Ce n’est pas simplement une histoire de retrouvailles compliquées : c’est un passif chargé, des secrets enfouis, et surtout une atmosphère de tension larvée qui ne demande qu’à exploser. Montiel construit cette dynamique familiale en glissant progressivement vers quelque chose de plus sombre. Le film opère en aller-retour entre le présent et des flashbacks, tentant de donner du relief à ses personnages. Pourtant, au fil du récit, l’effet semble contre-productif. Le procédé, utilisé à outrance, devient un gimmick plutôt qu’un outil narratif au service du propos. Le terme de “comédie noire” peut être séduisant, surtout lorsque Bill Murray et Jennifer Coolidge figurent au casting. Or, ici, l’humour paraît dilué, presque artificiel.
Certaines scènes – notamment celles impliquant le duo Murray/Davidson – laissent entrevoir un potentiel de légèreté grinçante, mais l’effet reste fugace. Le reste du temps, le film semble osciller entre drame familial et thriller un peu mou, sans jamais vraiment assumer une direction. À plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment que le scénario ne savait pas où il allait. Les dialogues paraissent forcés, souvent désynchronisés avec les situations. Des enjeux sérieux (relations père/fils, rédemption, rivalités anciennes) côtoient des scènes de violence presque burlesques, sans que la transition entre les registres ne soit maîtrisée. Ce décalage, loin de dynamiser le récit, le fragilise. L’un des points les plus frustrants de Riff Raff, c’est l’impression constante d’un potentiel gâché.
Ed Harris incarne un patriarche fatigué, usé par le passé et dépassé par le présent. Il fait ce qu’il peut avec ce qu’on lui donne, mais son personnage manque de consistance. Gabrielle Union, quant à elle, forme avec lui un couple peu crédible, sans véritable alchimie. Jennifer Coolidge apporte un peu de relief dans son rôle excentrique, même si ses interventions finissent par tourner en rond. Pete Davidson joue, une fois de plus, le sidekick un peu à côté de la plaque, rôle qu’il semble désormais cantonné à incarner. Seul Bill Murray parvient à insuffler un soupçon de tension ironique dans son rôle de vieux truand, mais là encore, le scénario ne lui donne pas grand-chose à défendre. Dès la première scène, un jeune garçon pointe une arme sur le personnage d’Ed Harris.
Un début qui cherche à créer une tension immédiate, mais qui ne trouve jamais vraiment d’écho fort dans le reste du récit. À mesure que les flashbacks s'enchaînent, les relations se dévoilent, les conflits familiaux refont surface, mais sans jamais susciter de réelle empathie. L’ensemble manque de rythme. La montée dramatique se fait attendre, et lorsque le dénouement arrive enfin, il apparaît comme une tentative de clore précipitamment une intrigue qui n’a jamais vraiment décollé. Certaines révélations, censées être percutantes, tombent à plat, faute d’une mise en scène suffisamment soignée ou d’un scénario assez tendu pour les soutenir. Riff Raff semble souffrir d’un problème d’identité.
Entre le drame familial, la comédie absurde et le polar de seconde zone, le film tente de cocher plusieurs cases sans vraiment en remplir une seule. Ce n’est pas une tragédie familiale au sens classique, ni une satire mordante, ni même un vrai film de gangsters. C’est un peu de tout, mais jamais assez. D’un point de vue purement technique, rien de scandaleux. L’image est propre, la musique accompagne sans trop appuyer. La chanson d’ouverture signée Lucinda Williams apporte d’ailleurs une touche de mélancolie qui laisse espérer un certain style. Malheureusement, cette promesse initiale ne sera jamais tenue. Il y a quelque chose d’agaçant dans Riff Raff, et ce n’est pas simplement une affaire de goût. C’est la sensation que tout est là, mais que rien ne fonctionne vraiment.
Le casting, la direction artistique, les intentions narratives : tout semble aligné pour offrir une comédie noire originale et percutante. Pourtant, à aucun moment le film ne parvient à décoller. Les personnages ne suscitent pas l’attachement. Le récit manque de surprises. Même les moments censés être “chocs” paraissent prévisibles, voire téléphonés. La violence, bien présente, ne dérange pas parce qu’elle est excessive, mais parce qu’elle semble vide de sens. Quant à l’humour, il s'efface derrière des dialogues parfois creux et des situations trop fabriquées. Riff Raff avait les moyens de frapper fort. Il avait les visages, les moyens, et une idée de départ pas inintéressante. Mais tout cela se dissout dans un récit brouillon, une mise en scène sans relief, et un ton qui oscille sans jamais se fixer.
Est-ce un film détestable ? Pas vraiment. C’est surtout un film qui laisse indifférent, ce qui est probablement pire. Une œuvre qui frôle l’insignifiance, malgré ses ambitions et ses têtes d’affiche. Un film à regarder un soir de pluie, sans trop en attendre, en gardant en tête qu’il aurait pu être bien plus que ce qu’il est devenu.
Note : 3.5/10. En bref, un casting en or se heurte à un scénario en toc.
Sorti le 31 juillet 2025 directement sur HBO max
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