Critique Ciné : The Salt Path (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Salt Path (2025, direct to SVOD)

The Salt Path // De Marianne Elliott. Avec Gillian Anderson, Jason Isaacs et Denis Lill.

 

Adapter un récit autobiographique au cinéma est toujours un exercice périlleux. The Salt Path, inspiré des mémoires de Raynor Winn, raconte le chemin de vie d’un couple en chute libre, rayé de la carte sociale et propulsé sur les routes anglaises. L’histoire avait tout pour toucher au cœur : la perte brutale d’un foyer, la maladie dégénérative qui ronge l’un des protagonistes, et ce pari insensé d’affronter la côte sud-ouest de l’Angleterre, des centaines de kilomètres de sentiers escarpés, avec pour seul abri une tente. Sur le papier, une ode à la résilience et à la nature. A l’écran, une expérience plus contrastée, qui laisse des émotions brouillées entre admiration et lassitude.

 

Après avoir perdu leur maison et décidé de faire un road trip, un couple doit faire face à la maladie incurable du mari.

 

Dès les premières images, le film nous plonge dans la débâcle : Ray et Moth, incarnés par Gillian Anderson et Jason Isaacs, se retrouvent sans maison après l’échec d’un projet agricole. Comme si cela ne suffisait pas, Moth apprend qu’il souffre de DCB, une maladie neuro-dégénérative incurable qui grignote peu à peu sa mémoire, sa mobilité et ses capacités cognitives. Face à ce double effondrement, le couple choisit la fuite vers l’avant. Pas d’aide publique, pas de solution miracle, juste le choix radical de se lancer dans une marche au long cours sur le littoral de Somerset, du Devon et des Cornouailles. Le point de départ a la force des récits de survie contemporaine : quand tout s’écroule, il reste encore le mouvement, la marche comme dernier rempart contre l’anéantissement. 

 

Le spectateur est invité à suivre ces pas maladroits, ces corps fatigués qui avancent malgré tout. La réussite du film repose beaucoup sur son duo central. Gillian Anderson, dans la peau de Ray, insuffle une dignité farouche à son personnage. Elle incarne cette femme qui refuse l’abandon, même quand la société la rejette à ses marges. Jason Isaacs, de son côté, prête à Moth une vulnérabilité touchante, même si certains choix d’interprétation (notamment une diction parfois étouffée, accentuée par un accent régional laborieux) nuisent à la fluidité des dialogues. Leur alchimie sauve plus d’une scène. Dans les regards échangés au détour d’une falaise ou dans la banalité d’un repas improvisé au bord du sentier, transparaît une tendresse sincère. 

 

Mais cette justesse ne parvient pas toujours à masquer les faiblesses d’un scénario qui peine à donner du relief à leur épreuve. Difficile de parler de The Salt Path sans évoquer son décor. Les falaises abruptes, les plages désertes, la météo changeante deviennent le troisième protagoniste de cette histoire. La caméra s’attarde sur l’immensité des paysages, sur la rudesse d’un territoire qui ne pardonne pas mais qui apaise aussi. Et pourtant, malgré quelques plans saisissants, l’ensemble manque d’ampleur. La photographie aurait pu jouer davantage sur les contrastes entre la beauté brute de la nature et l’état intérieur des personnages. Trop de scènes restent figées, comme si le film avait peur d’exploiter pleinement la force cinématographique de ce littoral. 

 

Le spectateur finit par se sentir piégé dans une contemplation un peu plate, alors que l’environnement appelait à un souffle plus fort. C’est sans doute là que le bât blesse : le film choisit de lisser l’histoire, de gommer des zones d’ombre qui auraient pourtant donné une densité bienvenue et finit par devenir un film au pathos trop présent. La manière dont le couple perd sa maison reste floue, reléguée à quelques flashbacks allusifs. L’arrière-plan social et économique, pourtant essentiel pour comprendre leur chute, est à peine esquissé. Tout est raconté comme une fatalité, alors que la réalité était, selon certaines révélations, bien plus complexe et contestable. Cette absence de profondeur rend la narration monotone. 

 

À force d’éviter le conflit et la contradiction, le scénario prive les personnages d’une dimension plus nuancée. Le film préfère une trajectoire presque allégorique, celle de deux êtres en lutte contre l’adversité, mais au prix d’une authenticité amoindrie. La mise en scène, volontairement lente, cherche à épouser le rythme de la marche. Cette idée, pertinente sur le principe, finit par jouer contre le film. Les étapes se succèdent sans grande variation de ton. Quelques moments d’émotion percent la surface – une conversation sur la mort, une étreinte face à l’océan – mais ils restent isolés dans un flot de scènes trop répétitives. Le spectateur en vient à ressentir la fatigue des personnages, non plus comme une expérience immersive mais comme une lassitude narrative. 

 

Un film peut s’autoriser la lenteur quand elle s’accompagne d’une montée en tension intérieure. Ici, elle glisse trop souvent vers l’ennui. Ce qui frappe, c’est le contraste entre l’intention et le résultat. The Salt Path veut être une ode à la résilience, une preuve que l’amour et la marche peuvent devenir des refuges face à la précarité et à la maladie. Mais le récit, trop sage, ne va jamais au bout de cette ambition. Oui, il y a des instants de beauté. Oui, les performances d’Anderson et Isaacs offrent une humanité indéniable. Mais la dramaturgie reste prisonnière de son minimalisme, et les zones de flou autour de la véritable histoire créent un malaise qui empêche l’adhésion totale.

 

A la fin du film, une impression domine : celle d’un film digne, parfois émouvant, mais qui manque d’impact durable. L’expérience cinématographique ne rend pas justice à ce qu’un tel récit aurait pu générer en termes de force émotionnelle ou de réflexion sociale. Reste une œuvre qui, malgré ses défauts, invite à réfléchir sur la fragilité des existences modernes. La précarité peut frapper n’importe qui, et la maladie n’épargne personne. Marcher devient alors une manière de tenir debout, d’habiter un monde qui s’effrite. En ce sens, The Salt Path garde une valeur symbolique. Mais en tant que film, il laisse plus de questions que de traces.

 

The Salt Path est une adaptation qui oscille entre justesse et vacuité. Si la sincérité des acteurs et la beauté des paysages donnent parfois le sentiment d’assister à une méditation sur la perte et la survie, l’absence de profondeur et la lenteur excessive ternissent cette expérience. Ce n’est pas un mauvais film, mais un film qui reste en surface, quand il aurait pu plonger plus profondément dans les contradictions de son histoire.

 

Note : 4.5/10. En bref, The Salt Path est une adaptation qui oscille entre justesse et vacuité. Si la sincérité des acteurs et la beauté des paysages donnent parfois le sentiment d’assister à une méditation sur la perte et la survie, l’absence de profondeur et la lenteur excessive ternissent cette expérience.

Prochainement en France en SVOD

 

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