28 Août 2025
J’ai terminé la saison 1 de Kurjen Kirous avec un sentiment de gâchis. La série partait d’une idée qui, sur le papier, avait de quoi intriguer : un acteur persuadé qu’une malédiction l’empêche de sortir des seconds rôles et de s’imposer enfin comme figure centrale. Pourtant, au fil des huit épisodes, ce qui aurait pu être une réflexion sur l’ego, la reconnaissance et la fragilité humaine se transforme en récit brouillon, souvent plat, où l’intensité promise s’évapore. Je n’attendais pas une révolution, mais j’espérais au moins une narration capable de tenir son cap. Au lieu de ça, j’ai eu l’impression d’assister à une succession de scènes sans véritable direction.
Aki Kurki est un acteur talentueux mais difficile, cantonné aux seconds rôles. Lorsqu'une voyante lui révèle qu'il est maudit, Aki doit se pencher sur son passé et toutes les relations qu'il a brisées pour découvrir qui en est responsable.
L’histoire suit Aki Kurki, incarné par Kari Ketonen, comédien de théâtre reconnu pour son talent mais enfermé dans l’étiquette de l’éternel second rôle. Aki se voit annoncer par une voyante qu’une malédiction pèse sur lui, ce qui expliquerait ses échecs répétés et l’impossibilité d’accéder à la place qu’il pense mériter. La série construit alors une quête intérieure, mêlant souvenirs, confrontations avec des collègues ou proches, et questionnements autour de cette malédiction. Le cadre est celui d’Helsinki, avec ses intérieurs minimalistes et son ambiance froide, ce qui accentue le sentiment d’isolement du personnage. Sur le principe, le mélange entre drame psychologique et surnaturel discret avait du potentiel, mais son traitement manque de tenue et finit par tourner en rond.
Kari Ketonen, dans le rôle principal, reste convaincant à plusieurs moments. Il incarne bien l’amertume, la colère rentrée et la fragilité d’Aki. Pourtant, même sa performance finit par s’essouffler à force d’être enfermée dans un registre monotone. Antti Holma, dans le rôle du manager, aurait pu offrir un contrepoids intéressant, mais son personnage est réduit à une fonction utilitaire, presque décorative. Quant aux personnages féminins, joués par Lotta Lehtikari et Pinja Miettinen, ils sont esquissés sans réelle profondeur. À aucun moment la série ne leur laisse l’espace pour exister en dehors de l’orbite d’Aki, ce qui est frustrant, car les actrices auraient pu apporter un équilibre dramatique.
C’est dans le scénario que la déception est la plus nette. Le fil narratif démarre sur une promesse intrigante mais s’affaiblit dès le troisième épisode. Les scènes s’accumulent sans progression claire et les sous-intrigues sur le milieu du théâtre paraissent anecdotiques. La malédiction, censée être le moteur symbolique de l’histoire, est traitée avec trop de flou. Elle reste un prétexte qui ne mène jamais à une véritable révélation. La fin de saison, volontairement ouverte, laisse un goût d’inachevé. Ce choix d’ambiguïté n’aurait pas posé problème s’il avait été préparé avec davantage de cohérence. Ici, j’ai plutôt eu l’impression que la série ne savait pas comment conclure et s’était arrêtée faute de mieux.
L’esthétique de Kurjen Kirous adopte les codes habituels du drame nordique : plans fixes, décors épurés, lumière froide. Cette sobriété aurait pu servir le propos si elle avait été accompagnée d’un vrai rythme dramatique. Au lieu de cela, l’image finit par renforcer la monotonie générale. La réalisation de Niklas Lindgren se contente d’accompagner le récit sans jamais le transcender. Les rares flashbacks, bien que correctement intégrés, n’apportent pas assez de densité pour relancer l’intérêt. La photographie de Jarmo Kiuru, malgré sa maîtrise technique, accentue un sentiment de grisaille plus étouffant que stimulant. La série tente d’aborder des thèmes intéressants comme l’ego des artistes, la difficulté d’assumer ses erreurs passées ou encore la tentation d’expliquer ses échecs par une cause extérieure.
Malheureusement, ces sujets ne sont qu’effleurés. Plutôt que de développer une réflexion profonde, Kurjen Kirous s’enlise dans des répétitions. Chaque épisode semble reformuler la même idée : Aki est persuadé d’être victime, les autres lui reprochent son comportement, et rien ne change vraiment. J’ai eu le sentiment que la série ne faisait que décrire l’impasse du personnage sans jamais la dépasser. Si j’apprécie l’idée originale et le jeu de Kari Ketonen, le manque de rythme et l’absence d’une véritable résolution m’a déçu. Je ne dirais pas que tout est à jeter, mais le résultat global reste bancal. Le concept de départ méritait un traitement plus audacieux.
Face à d’autres séries scandinaves qui, même lorsqu’elles privilégient la lenteur, parviennent à maintenir une tension dramatique, Kurjen Kirous souffre de la comparaison. Elle n’a pas la densité psychologique de productions comme Borgen ni l’efficacité narrative des comédies nordiques habituelles. Elle se situe dans un entre-deux où l’introspection devient lourde et où le surnaturel reste trop vague pour relancer l’intérêt. Je ressors de cette première saison avec une impression de médiocrité. Quelques idées initiales auraient pu donner une série marquante, mais elles sont noyées dans un récit trop lent, trop flou et trop répétitif.
Les acteurs, malgré leur talent, ne parviennent pas à compenser les faiblesses d’un scénario qui ne va jamais au bout de son ambition. Je ne regrette pas d’avoir regardé, car je voulais me faire ma propre idée, mais j’ai terminé les huit épisodes avec le sentiment d’avoir perdu du temps. Si une deuxième saison voit le jour, je doute d’y trouver ce qui a manqué ici : une histoire claire, un vrai rythme et une profondeur qui dépasse la simple ébauche.
Note : 4/10. En bref, la saison 1 de Kurjen Kirous (Supporting Actor) part d’un concept prometteur mais s’enlise rapidement dans une écriture confuse et un rythme laborieux, au point de rendre l’expérience globalement médiocre malgré quelques idées intéressantes.
Prochainement en France
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