6 Août 2025
The Woman in the Yard // De Jaume Collet-Serra. Avec Danielle Deadwyler, Okwui Okpokwasili et Russell Hornsby.
The Woman in the Yard, réalisé par Jaume Collet-Serra, est à première vu un film qui a de quoi intriguer par sa promesse de départ. Présenté comme un retour aux sources pour le cinéaste après ses détours hollywoodiens, ce drame horrifique semblait vouloir renouer avec un genre plus intime, moins bruyant. Mais malgré une idée de départ intéressante, le film s’égare rapidement dans des mécanismes prévisibles et une mise en scène qui n’assume jamais pleinement ses choix. L'histoire commence dans un décor propice à l’inquiétude : une maison perdue à la campagne, une femme seule, Ramona, marquée par un traumatisme récent. Elle a survécu à un accident de voiture dans lequel son mari a trouvé la mort.
Ramona, une femme rongée par le chagrin qui a survécu à l'accident de voiture qui a été fatal à son mari, doit s'occuper de son fils et de sa fille, seule dans leur propriété rurale. Un jour, une femme prend forme dans leur jardin. Ramona pense que cette femme erre et a perdu la raison, mais alors que la femme rôde de plus en plus près de la maison, il devient évident qu'elle n'est pas une personne ordinaire et que ses intentions sont loin d'être bienveillantes.
Depuis, elle vit recluse avec ses deux enfants, hantée autant par ses souvenirs que par le quotidien brutal du deuil. Un jour, une femme vêtue de noir apparaît dans le jardin. Elle ne parle pas, ne bouge presque pas. Elle est là. Et cette seule présence suffit à perturber l’équilibre déjà fragile de la cellule familiale. L’idée est simple, efficace sur le papier. Cette femme dans le jardin incarne manifestement quelque chose – le deuil, la culpabilité, peut-être même la mort elle-même. Elle est une figure muette, fantomatique, et c’est dans son immobilité que le film réussit d’emblée à créer une tension diffuse. Un malaise sourd s’installe. Le soleil brille, les enfants rient encore parfois, mais quelque chose cloche.
Il y a une étrangeté dans ce quotidien figé, comme si la vie s'était arrêtée en même temps que le mari de Ramona. Le film ne cache pas longtemps ce qu’il veut évoquer. La femme noire, littéralement drapée d’un voile funèbre, est une métaphore à peine voilée de la perte. L’idée n’est pas inintéressante, mais elle manque de subtilité. Le symbole est martelé, répété, surligné, jusqu’à perdre de sa force. Là où l’allégorie aurait pu glisser dans l’ombre et hanter les spectateurs, elle finit par apparaître comme une figure illustrative, presque scolaire. Jaume Collet-Serra sait pourtant capter des atmosphères. Il joue avec la lumière, les cadrages, les reflets dans les vitres.
Certaines séquences, notamment celles où la silhouette est observée à travers une fenêtre ou surgit dans un coin d’ombre, fonctionnent très bien. Elles troublent. Elles dérangent. Mais ces instants sont trop rares et dilués dans un récit qui se cherche sans jamais se trouver. La première moitié du film pose une ambiance, installe des silences, nourrit une attente. On y croit encore. Puis vient le moment où le surnaturel prend le dessus, où les ombres deviennent physiques, où les apparitions se multiplient. Et là, The Woman in the Yard commence à se trahir. La tension psychologique est remplacée par des effets de mise en scène convenus : bruits soudains, jump-scares attendus, désynchronisations son/image prévisibles. Rien de neuf sous le soleil noir de Blumhouse.
Le film glisse progressivement vers un terrain balisé, où le mystère cède la place à des manifestations bruyantes qui ne racontent pas grand-chose. L’émotion se dilue dans une mise en scène qui, paradoxalement, s’agite plus qu’elle ne respire. Ramona, incarnée avec justesse mais sans réelle ampleur, peine à porter le film. Son deuil est omniprésent mais jamais intime. On l’observe pleurer, crier, douter, mais sans jamais ressentir véritablement ce qu’elle traverse. Peut-être parce que le film ne lui laisse pas assez d’espace pour exister autrement qu’en tant que victime. Peut-être aussi parce qu’il ne choisit jamais un point de vue clair : parfois centré sur elle, parfois flottant, le regard du réalisateur reste à distance.
Quant aux enfants, ils traversent l’histoire comme des ombres : trop peu développés pour susciter l’empathie, trop présents pour être anodins. Même la mystérieuse femme dans le jardin finit par perdre de son pouvoir d’évocation à mesure qu’elle devient littérale, presque mécanique. Il manque à ces figures un supplément d’âme, une faille ou une complexité qui aurait pu les ancrer autrement que dans des archétypes. Sans trop en révéler, le film tente dans son dernier acte de jouer la carte du retournement. Un twist final vient refermer l’histoire en la reliant à son propre point de départ, dans une tentative de boucle temporelle à la fois confuse et peu convaincante.
Cette pirouette scénaristique, plutôt que de relancer l’intérêt ou de donner du sens au récit, achève de le fragiliser. Elle paraît artificielle, presque forcée, comme si le film voulait absolument offrir une explication à ce qui aurait peut-être gagné à rester opaque. Visuellement, The Woman in the Yard ne démérite pas. Le cadre est propre, la photo soignée, les jeux d’ombres bien pensés. Quelques plans marquent l’esprit – une silhouette figée dans le contre-jour, une ombre qui glisse sur un mur – mais ces fulgurances sont trop rares pour imposer une identité forte au film. On sent que Collet-Serra aurait pu aller plus loin, oser davantage. Mais il semble freiné par une production qui préfère la sécurité à la prise de risque.
À force de vouloir incarner la douleur du deuil dans une forme fantastique, le film finit par en affaiblir la portée. L’horreur n’a rien de cathartique ici. Elle ne vient ni révéler ni apaiser. Elle illustre, sans explorer. Et c’est peut-être ce qui rend le film aussi frustrant : son potentiel était réel, mais il reste en surface. Tout est suggéré, jamais approfondi. On pressent une volonté de parler de santé mentale, de solitude, d’effondrement intérieur, mais ces thèmes flottent sans jamais s’ancrer. The Woman in the Yard partait avec de bonnes intentions et une promesse séduisante. Mais à force d’hésitations et de choix conventionnels, le film s’épuise rapidement. Il fonctionne mieux comme une idée que comme un objet de cinéma. Il évoque le deuil, mais sans intensité.
Il flirte avec l’étrange, mais sans mystère. Il met en scène une menace, mais sans réel danger. Ce n’est pas un désastre, mais c’est un rendez-vous manqué. Et dans le paysage de l’horreur contemporaine, où le deuil est devenu un motif fréquent – souvent mieux traité ailleurs – The Woman in the Yard peine à se faire une place. Reste un film regardable, parfois troublant, mais trop sage pour laisser une empreinte durable.
Note : 3/10. En bref, The Woman in the Yard partait avec de bonnes intentions et une promesse séduisante. Mais à force d’hésitations et de choix conventionnels, le film s’épuise rapidement.
Sorti le 5 août 2025 directement en SVOD
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