Critiques Séries : Invasion. Saison 3. Episode 1.

Critiques Séries : Invasion. Saison 3. Episode 1.

Invasion // Saison 3. Episode 1. The Ones We Leave Behind.

 

La série Invasion revient pour une troisième saison après un long silence de deux ans. Cette attente a créé une atmosphère particulière : d’un côté, l’envie de retrouver cet univers où l’humanité tente de survivre face à une menace extraterrestre, de l’autre, une crainte bien ancrée que l’intrigue reparte sur les mêmes bases fragiles que dans les saisons précédentes.  L’épisode s’ouvre sur un constat assez simple : deux années se sont écoulées depuis la chute du vaisseau-mère alien. Cet événement, baptisé M-Day, a marqué l’histoire. Les gouvernements l’ont transformé en symbole, les populations en souvenir fondateur, et les enfants en jeu à travers des figurines de Trevante, devenu un héros malgré lui.

 

Ce saut temporel est un choix scénaristique risqué. En évacuant directement la période post-crash, les scénaristes prennent le pari de relancer la série sur un statu quo inédit : une humanité qui croit avoir gagné, une paix fragile entretenue par un discours officiel rassurant, et une mémoire collective qui préfère glorifier plutôt que questionner. Ce décalage entre perception publique et réalité de la menace est à mon sens le cœur de ce premier épisode. Trevante revient d’entre les disparus. Le problème, c’est que son retour ne cadre pas avec la narration officielle. Aux yeux des autorités, son existence même menace la version lisse des événements. L’homme qui a survécu là où tant d’autres ont péri incarne un paradoxe : héros d’hier, mais potentiel espion ou traître d’aujourd’hui.

J’ai trouvé intéressant la manière dont les autorités traitent son cas. Plutôt que de reconnaître son témoignage, elles l’enferment dans une logique médicale : s’il parle d’aliens, ce n’est pas parce qu’ils existent encore, mais parce qu’il souffre de stress post-traumatique. Une façon pratique d’écarter sa parole tout en maintenant la fiction d’un monde en paix. Ce rejet, presque systématique, est frustrant à regarder mais assez logique si l’on pense en termes de communication politique. Une société qui a goûté à la stabilité n’a pas envie d’entendre de nouvelles alertes. L’autre grande figure de l’épisode, c’est Jamila. Elle n’a toujours pas fait son deuil de Caspar, disparu à la fin de la saison précédente. 

 

Sa douleur est palpable, mais ce qui m’a frappé, c’est la manière dont sa quête de vérité l’empêche d’avancer. Elle est persuadée que Trevante détient des réponses, même si lui-même est encore perdu dans ses visions et ses souvenirs fragmentés. Leur rencontre dans cet épisode installe une dynamique prometteuse. Trevante et Jamila n’ont pas la même énergie : lui porte la lassitude d’un soldat brisé par ses expériences, elle avance avec une conviction presque adolescente, guidée par l’espoir et l’émotion. Leur association repose sur cette tension : deux manières différentes de porter le poids d’une perte commune, celle de Caspar. Même absent, Caspar reste au centre de l’intrigue. Les traces de ses dernières activités — notamment l’EEG que Jamila garde précieusement — continuent d’alimenter des visions chez Trevante. 

C’est à travers ce prisme que l’épisode introduit une nouvelle forme de menace extraterrestre. L’idée que Caspar puisse être encore vivant plane sans être explicitement confirmée. Cette incertitude est un moteur narratif efficace. Elle permet de maintenir sa présence dans l’esprit des personnages et du spectateur, tout en laissant de la place à l’imaginaire : et si son rôle dans l’histoire ne faisait que commencer ? Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le contraste entre la perception publique et la réalité. D’un côté, les populations célèbrent le retour à la normale, se réapproprient leurs villes, redonnent vie à des rituels quotidiens. 

 

De l’autre, l’épisode montre dès son ouverture que la menace n’a pas disparu : un meurtre commis par un alien rappelle que cette paix repose sur un mensonge. Ce double discours donne à l’épisode une tension sourde. Tout le monde sait, spectateurs compris, que la situation ne peut rester stable. Mais voir les personnages s’accrocher à l’illusion d’un monde guéri rend la chute à venir plus redoutable. L’épisode choisit de montrer rapidement qu’ils sont encore là. Le mystère s’efface au profit d’une confirmation claire : l’invasion n’est pas terminée. Certains regretteront que cette révélation arrive si tôt, moi je pense que cela recentre l’intrigue. Plutôt que de jouer sur un doute artificiel, la série assume que la menace continue et s’intéresse à la manière dont les humains réagissent face à ce déni collectif.

Il faut bien l’admettre : Invasion n’a jamais brillé par sa rapidité narrative. Cet épisode ne déroge pas à la règle. Les dialogues explicatifs alourdissent parfois la progression, et l’impression que "peu de choses se passent" reste tenace. Pourtant, j’ai eu le sentiment que ce ralentissement servait cette fois une fonction : poser les bases d’un nouvel ordre mondial, installer les nouveaux enjeux et redéfinir les alliances. La lenteur peut irriter, mais elle permet aussi d’ancrer les personnages dans un contexte plus riche. À condition, bien sûr, que les épisodes suivants s’en servent pour réellement développer l’intrigue. Étonnamment, Mitsuki n’apparaît pas dans ce premier épisode. Après l’importance qu’elle avait prise dans la saison 2, son absence laisse un vide. 

 

Cela peut être une stratégie narrative, une manière de renforcer l’attente avant de la réintroduire dans un rôle clé. Mais en l’état, son absence interroge sur l’équilibre des personnages dans cette saison. La fin de l’épisode scelle le duo entre Trevante et Jamila. Leur fuite commune ouvre la voie à un arc narratif centré sur leur relation, leur quête de réponses et leur confrontation avec une menace que personne ne veut voir. C’est probablement l’axe principal que la série va développer dans les prochains épisodes. J’y vois une opportunité intéressante : en resserrant le récit autour d’un binôme complémentaire, Invasion pourrait enfin offrir un fil conducteur plus clair. Ce que je retiens surtout, c’est que ce premier épisode fonctionne comme une promesse. 

La promesse d’un récit plus centré sur ses personnages, la promesse d’une menace qui va ressurgir alors que tout le monde la croyait enterrée, la promesse d’alliances inattendues. Reste à savoir si ces promesses seront tenues. Invasion a souvent eu le défaut de mettre en place des pistes intéressantes sans vraiment les exploiter. La suite de la saison dira si ce redémarrage marque enfin une évolution, ou s’il ne s’agit que d’un nouvel habillage pour des lenteurs déjà connues. En regardant l'épisode 1 de la saison 3 d'Invasion, j’ai eu l’impression d’assister à un grand réajustement. L’intrigue se resserre, les enjeux sont clarifiés, et le duo Trevante–Jamila apporte une énergie nouvelle. Pourtant, le rythme reste lent et certaines absences pèsent déjà, comme celle de Mitsuki.

 

Note : 6/10. En bref, un nouveau départ ou un simple faux-semblant ? Je n’ai pas trouvé l’épisode spectaculaire, mais plutôt une ouverture réfléchie, qui pose des bases solides. La suite devra confirmer si ces bases suffisent à porter toute une saison.

Disponible sur Apple TV+

 

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