22 Août 2025
Les Orphelins // De Olivier Schneider. Avec Alban Lenoir, Dali Benssalah et Sonia Faidi.
Les Orphelins fait partie de ces films qui donnent l’impression d’être calibrés pour répondre à un certain cahier des charges. C’est donc peu étonnant que Netflix ait mis de l’argent dedans tant le film ressemble à leur cahier des charges. Réalisé par Olivier Schneider, ancien cascadeur qui signe ici son premier long-métrage après une carrière bien remplie derrière les caméras d’action, le film avait pourtant de quoi séduire sur le papier. Un duo d’acteurs solides, une promesse d’action musclée, une intrigue jouant sur le mélange de drame intime et de vengeance…
Gab et Driss, amis d’enfance brouillés depuis leur départ de l’orphelinat, mènent des vies opposées : l’un est flic à l’IGPN, l’autre fixeur pour des voyous. Lorsque leur premier amour meurt dans un accident suspect, sa fille Leïla, 17 ans, s’empare de l’arme de Gab et se lance sur la piste d’une puissante entreprise prête à tout pour étouffer l’affaire. Forcés de faire équipe, les orphelins vont devoir la stopper avant qu’elle ne commette l’irréparable…
Mais à l’écran, le résultat se révèle plus bancal que convaincant, et laisse un goût amer, celui d’un projet qui aurait pu marquer un tournant pour le cinéma d’action français, mais qui s’enlise dans des facilités scénaristiques et des maladresses de ton. Dès l’ouverture, un constat s’impose : le film ne cherche pas à surprendre par son récit. Deux amis d’enfance, autrefois inséparables et élevés dans le même orphelinat, se retrouvent dix-huit ans plus tard après un long silence. L’un est devenu flic, l’autre a plongé dans la sécurité privée, avec des connexions du côté obscur de la loi. Ce duo bancal doit faire face à une tragédie : leur amour de jeunesse meurt dans un accident de voiture, laissant derrière elle une fille adolescente, Leïla.
La promesse dramatique est claire : les deux hommes, que tout oppose, doivent dépasser leurs rancunes pour protéger l’adolescente et affronter les menaces qui s’abattent sur elle. Sur le papier, cette intrigue évoque immédiatement le schéma du buddy movie, avec une dynamique de duo vouée à créer des étincelles. Le choix d’Alban Lenoir et de Dali Benssalah pour incarner ces anciens amis est plutôt pertinent. Lenoir, déjà remarqué dans Balle perdue, retrouve un terrain qu’il connaît bien, celui du justicier taiseux mais efficace. Benssalah, vu récemment dans Athena (Netflix), apporte une physicalité brute qui complète l’énergie du duo.
Leur complicité fonctionne par moments, et certaines scènes laissent entrevoir ce que le film aurait pu offrir avec une écriture plus resserrée. Mais le problème de Les Orphelins ne réside pas tant dans le casting que dans le traitement de son récit. Le film prend un temps considérable à installer son intrigue, comme s’il hésitait à plonger pleinement dans l’action. Pendant près d’une heure, les dialogues tentent de poser les bases émotionnelles, mais la lourdeur du texte et les clichés appuyés nuisent à l’efficacité. Le spectateur attend que la mécanique se mette enfin en marche, et lorsqu’elle démarre, c’est pour trente minutes d’action trop condensées pour rattraper le retard accumulé.
Le choix de Biarritz comme décor aurait pu donner une identité visuelle forte. Loin des traditionnels décors urbains, la côte basque apporte une certaine originalité, mais elle reste sous-exploitée. Les poursuites et les affrontements bénéficient certes d’une mise en scène soignée, héritage du savoir-faire de Schneider en tant que coordinateur de cascades sur des productions internationales comme Taken sans ce qui fait le sel même de ce genre de films. Mais malgré cette expérience, les scènes manquent de souffle. L’impression domine que le réalisateur a dû composer avec un budget limité, et qu’il n’a pas trouvé le moyen de compenser ce manque par une mise en scène inventive.
Du côté des personnages secondaires, le constat est tout aussi mitigé. Sonia Faïdi, dans le rôle de Leïla, apporte une énergie bienvenue et réussit à donner de l’épaisseur à son personnage d’adolescente prise dans un engrenage violent. Sa présence constitue sans doute l’une des meilleures surprises du film. À l’inverse, Suzanne Clément hérite d’un rôle écrit de manière trop caricaturale pour qu’elle puisse en tirer quelque chose de fort. Romain Levi, campant l’antagoniste, se contente de froncer les sourcils et de menacer, sans jamais dépasser le cadre d’un méchant générique. Le ton général du film souffre d’un déséquilibre constant entre drame et comédie.
Certains dialogues semblent vouloir détendre l’atmosphère par des touches d’humour, mais tombent à plat, paraissant artificiels dans un récit qui se veut par ailleurs grave. Cette hésitation de registre empêche Les Orphelins de trouver son identité claire. Le spectateur ne sait jamais s’il doit prendre au sérieux l’histoire ou la considérer comme une parodie involontaire. En comparaison directe avec la trilogie Balle perdue, produite également par Guillaume Pierret, le film sort perdant. Là où Balle perdue avait su imposer une efficacité brute, avec des séquences mémorables et un rythme maîtrisé, Les Orphelins donne l’impression de courir après ce modèle sans jamais parvenir à l’égaler.
L’écriture trop paresseuse, le rythme mal dosé et l’absence d’une vraie intensité dramatique condamnent le projet à rester dans l’ombre. Pourtant, il serait injuste de réduire le film à un simple ratage. Certaines intentions méritent d’être soulignées. Le choix de traiter une histoire d’amitié brisée, d’inscrire le récit dans un cadre géographique moins exploité au cinéma français, ou encore de donner une vraie place à un personnage féminin adolescent dans un film d’action, constituent des pistes intéressantes. Mais toutes ces idées restent au stade d’esquisses, jamais pleinement exploitées. Au final, Les Orphelins illustre un paradoxe fréquent dans le cinéma d’action français.
D’un côté, une volonté sincère de proposer autre chose qu’un énième polar parisien, avec des ambitions visuelles et des scènes de cascades solides. De l’autre, une écriture qui manque cruellement d’audace et d’originalité, enchaînant les ficelles narratives usées et les dialogues convenus. Le film laisse l’impression d’une série B qui se prend pour une série A, sans avoir les moyens de ses ambitions. En sortant de la salle, le sentiment dominant reste celui d’une occasion manquée. Schneider, fort de son expérience internationale, aurait pu offrir une réalisation nerveuse et inventive. Au lieu de cela, il livre un film correct mais trop sage, qui ne parvient pas à s’émanciper des codes qu’il emprunte.
Les Orphelins n’est pas un désastre, mais ce n’est pas non plus un film marquant. Il divertira peut-être un spectateur peu exigeant, amateur d’action française sans recherche particulière. Mais pour quiconque espérait voir émerger une proposition forte, capable de rivaliser avec les références américaines du genre, la déception est au rendez-vous. Le film ressemble à une promesse non tenue : celle d’un cinéma d’action hexagonal qui cherche encore sa voie.
Note : 4/10. En bref, Les Orphelins n’est pas un désastre, mais ce n’est pas non plus un film marquant. Il divertira peut-être un spectateur peu exigeant, amateur d’action française sans recherche particulière.
Sorti le 20 août 2025 au cinéma
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog