Critiques Séries : The Rainmaker. Saison 1. Episode 1.

Critiques Séries : The Rainmaker. Saison 1. Episode 1.

The Rainmaker // Saison 1. Episode 1. Another Rainy Day.

 

Parler d’une nouvelle adaptation d’un roman de John Grisham, c’est forcément évoquer une œuvre où la justice, ses failles et ses contradictions occupent une place centrale. The Rainmaker, série récemment lancée, reprend L’Idéaliste (1995) et le transpose dans un cadre contemporain. Le pari est risqué : comment revisiter un roman publié il y a presque trente ans, déjà adapté au cinéma à la fin des années 90, sans donner l’impression de ressasser ce qui a déjà été fait ? L’épisode 1, intitulé « Another Rainy Day », apporte quelques éléments de réponse. La première impression que laisse The Rainmaker, c’est son choix d’accorder une place prioritaire aux personnages plutôt qu’à la mécanique judiciaire pure. 

 

Tout juste sorti de la faculté de droit, Rudy Baylor se retrouve confronté au redoutable avocat Leo Drummond et à sa petite amie de l’école de droit. Rudy, Avec sa nouvelle patronne et son assistant juridique un peu désordonné, Rudy découvre deux conspirations liées à la mort mystérieuse du fils de leur client.

Cela rappelle une époque où certaines chaînes, comme USA Network, misaient sur des fictions mettant en avant les parcours individuels et les dilemmes personnels avant de se focaliser sur des affaires spectaculaires. Cette approche, que j’avais presque oubliée, donne une respiration bienvenue à un univers télévisuel souvent dominé par des séries procédurales centrées sur « l’affaire de la semaine ». Ici, l’intrigue juridique est présente, mais elle s’installe lentement. Avant d’entrer dans les détails du procès à venir, l’épisode prend le temps de montrer qui sont ces protagonistes, ce qui les anime, et quelles failles personnelles les accompagnent. L’épisode ne débute pas dans une salle d’audience, mais dans un décor de chaos. 

 

Melvin Pritcher, infirmier interprété par Dan Fogler, se réveille dans un bâtiment en flammes. La scène est brute, presque déroutante, et surtout, elle n’explique rien. À la fin de l’épisode, Melvin apparaît de nouveau, cette fois en train d’injecter une seringue dans le cou d’une vieille dame. Deux actes extrêmes qui encadrent l’épisode et laissent planer une question : quel rôle cet homme va-t-il réellement jouer dans la trame principale ? Son lien avec l’affaire centrale n’est pas encore clair, mais il est évident que son passé, ses choix et ses zones d’ombre auront une importance capitale. Le cœur de l’épisode, c’est bien sûr Rudy Baylor. Jeune juriste plein d’ambition, il est sur le point d’intégrer un grand cabinet aux côtés de sa compagne, Sarah. 

Tous deux passent leur dernière journée de « liberté » à donner des conseils juridiques gratuits à des habitants en difficulté. Cette initiative, qui pourrait paraître anecdotique, sert en réalité à poser une question fondamentale : quel type d’avocat Rudy souhaite-t-il devenir ? Un dossier particulier attire leur attention : celui de Donny Ray, un jeune homme décédé après une hospitalisation. Sa mère accuse l’hôpital d’avoir mal géré son cas, notamment en lien avec une addiction dont il s’était pourtant sorti. Mais Rudy et Sarah repoussent l’affaire, arguant qu’elle dépasse leurs compétences et qu’un conflit d’intérêt se profile, puisque leur futur cabinet représente justement l’hôpital en question.

 

Ce choix de mise en scène illustre parfaitement le tiraillement qui va suivre : entre la carrière prometteuse au sein d’une grande firme et le désir d’exercer un métier qui fait réellement sens. L’épisode consacre également du temps à la sphère personnelle de Rudy. On apprend que son frère John est décédé, et que sa chambre reste figée comme un sanctuaire entretenu par leur mère. Le compagnon de cette dernière, Hank, aimerait transformer l’espace en salle de sport, ce qui déclenche un conflit. Cet élément, qui pourrait sembler secondaire, joue en réalité un rôle important : il illustre le goût de Rudy pour l’affrontement. Qu’il s’agisse de disputes familiales ou de confrontations professionnelles, il a cette tendance à ne pas reculer devant le conflit. 

Plus tard, ce trait se confirme lorsqu’il ose tenir tête à son patron dès son premier jour, au point de perdre son emploi. Face à Rudy se dresse Leo Drummond, interprété avec froideur et suffisance. Patron du prestigieux cabinet, il est présenté comme un homme qui ne supporte pas la contradiction. La scène où Sarah tente de plaider en faveur de Rudy, et où Drummond l’humilie en jetant des frites au sol pour la forcer à les ramasser, résume parfaitement le rapport de domination qu’il exerce. Ce personnage n’est pas seulement l’antagoniste de Rudy sur le plan professionnel, il symbolise un système juridique dominé par des égos et par une logique de pouvoir où la vérité et la justice passent au second plan.

 

Viré presque aussitôt qu’embauché, Rudy se retrouve à nouveau dans l’incertitude. Mais cette situation ouvre une autre porte : il croise Bruiser, avocat marginal qui tient un petit cabinet installé dans un ancien restaurant mexicain. Ici, les méthodes n’ont rien de prestigieux : on chasse les clients directement dans les couloirs d’hôpitaux, en misant sur des affaires à rémunération différée. Aux côtés de Deck, un associé aussi maladroit que sympathique, Rudy découvre une autre facette du métier. Loin des grandes stratégies juridiques, il s’agit ici d’approcher des personnes en détresse et de chercher à leur offrir une chance face aux institutions. 

C’est dans ce contexte que Rudy choisit finalement de reprendre l’affaire de Donny Ray et de sa mère. La boucle est bouclée : l’affaire qu’il avait d’abord écartée devient désormais son combat. La situation se complique davantage avec Sarah. Si Rudy s’engage contre l’hôpital, il s’oppose de fait à sa propre compagne, qui travaille désormais directement pour le PDG de l’établissement. Ce conflit d’intérêts prend une dimension intime, transformant le procès à venir en un champ de bataille personnel autant que professionnel. La relation entre Rudy et Sarah apparaît fragile dès cet épisode. Les différences sociales entre eux sont soulignées : elle vient d’un milieu privilégié, et elle ne cache pas son mépris pour l’appartement modeste de Rudy. 

 

Cette fracture annonce des tensions qui, à mon sens, vont s’amplifier au fil des épisodes. En parallèle, une silhouette intrigante apparaît à plusieurs reprises : une femme qui semble surveiller Rudy, Melvin ou encore la mère de Donny Ray. Son rôle reste flou pour l’instant. S’agit-il d’une enquêtrice ? D’une espionne mandatée par le cabinet adverse ? Ou d’un personnage encore plus indépendant ? Cette présence discrète ajoute une dimension de mystère supplémentaire. Ce qui frappe dans The Rainmaker, c’est à quel point les thèmes soulevés restent pertinents aujourd’hui. Le roman de John Grisham dénonçait déjà un système judiciaire où l’argent et l’influence des grandes entreprises écrasaient les individus. Presque trois décennies plus tard, cette critique résonne toujours.

Regarder ce premier épisode m’a rappelé d’autres séries judiciaires comme Suits ou White Collar. Pas tant dans le style visuel que dans la manière de construire une tension entre ambition professionnelle, luttes personnelles et intrigues plus larges. Mais la différence majeure réside dans le décor choisi : Rudy ne démarre pas dans une tour de verre, mais dans un cabinet modeste, presque bancal. Cela donne une tonalité plus terre-à-terre, plus réaliste. Milo Callaghan, qui incarne Rudy, rappelle par certains traits le jeune Matt Damon, ce qui ne manque pas de faire écho au film de 1997. Était-ce volontaire de la part des producteurs ? Difficile à dire, mais cette ressemblance donne une continuité intéressante, comme un clin d’œil discret à l’adaptation précédente.

 

Ce premier épisode de The Rainmaker pose de nombreuses bases sans donner toutes les réponses. Il met en avant ses personnages, installe des conflits personnels et professionnels, et esquisse une affaire judiciaire qui pourrait révéler bien des dessous. Plutôt que de miser sur l’action immédiate, l’épisode choisit de semer des indices, d’introduire des figures ambivalentes, et de donner de l’épaisseur à son héros principal. À mon sens, c’est ce choix qui fera la différence : suivre Rudy ne signifie pas seulement découvrir un procès, mais aussi explorer le parcours d’un homme pris entre ambition, intégrité et blessures personnelles.

En attendant la suite, ce que je retiens surtout, c’est cette impression d’assister à une série qui préfère prendre son temps pour installer son univers. Une entrée en matière mesurée, mais suffisamment intrigante pour donner envie de poursuivre.

 

Note : 7/10. En bref, ce premier épisode donne l’impression de retrouver l’âge d’or des séries USA Network et ça fait du bien au petit écran. Surtout que cette introduction est réussie. 

Prochainement en France

 

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D
C'est une série procédurale ou pas ? Merci
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D
Non, c'est l'adaptation d'un livre et donc d'une affaire sur une saison :) Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas quelques affaires durant la saison mais pour le moment ce n'est pas le cas.