Smilla’s Sense of Snow (Saison 1, épisode 1) : thriller dystopique dans un Danemark glacial

Smilla’s Sense of Snow (Saison 1, épisode 1) : thriller dystopique dans un Danemark glacial

L’arrivée de Smilla’s Sense of Snow sur SBS Television marque le retour d’un univers déjà connu des amateurs du roman de Peter Høeg. Mais cette version télévisuelle, bien ancrée dans les enjeux actuels et projetée dans un futur proche, prend ses distances avec l’œuvre originale, tout en en conservant le noyau émotionnel. L’histoire débute à Copenhague, mais pas celle que l’on connaît aujourd’hui. Le spectateur est plongé dans une capitale danoise de 2040, métamorphosée par une crise énergétique persistante et un système de surveillance omniprésent. Des caméras corporelles obligatoires aux drones qui scrutent les rues, l’environnement rappelle à quel point la frontière entre sécurité et contrôle peut s’estomper. 

 

Lorsque le jeune voisin de Smilla, Isaiah, meurt tragiquement après être tombé du toit, la police conclut rapidement à un accident. Déterminée à découvrir la vérité, Smilla mène sa propre enquête.

Ce cadre dystopique ne se contente pas d’illustrer un futur possible ; il pose dès le départ un climat de tension constante. Dans cet environnement, Smilla Jaspersen évolue comme une silhouette en décalage. D’origine groenlandaise, elle vit à l’écart du système, dans une cité de logements sociaux. Son isolement n’est pas simplement géographique, il est aussi social et culturel. Et c’est dans cet isolement que l’intrigue prend forme : le décès d’un jeune garçon, Isaiah, auquel elle était liée. Un événement que l’on voudrait classer comme accidentel, mais qui suscite chez Smilla un doute profond. Dès les premières scènes, le ton est donné. La disparition d’Isaiah agit comme un catalyseur pour Smilla, qui semble incapable d’accepter la version officielle. 

 

Ce n’est pas seulement une intuition : son attachement à l’enfant et ses origines communes l’amènent à questionner la version des faits. Là où d’autres ferment les yeux, elle ouvre la porte à une enquête personnelle. Ce qui frappe ici, c’est la façon dont cette enquête se construit dans l’ombre. Smilla agit seule, sans appui institutionnel, et affronte un système déjà prêt à tourner la page. Ce choix narratif ne repose pas uniquement sur un effet dramatique. Il met en lumière un thème fort : celui de la marginalisation, mais aussi de la résistance individuelle face à un environnement qui privilégie l’efficacité administrative au détriment de la vérité humaine. Smilla n’est pas une héroïne classique. Elle ne cherche pas à séduire le public, ni même à être aimée. 

Elle agit par nécessité, poussée par une forme de devoir intime. Filippa Coster-Waldau, qui incarne le rôle, parvient à transmettre cette complexité sans surjouer. Il y a chez ce personnage une forme de froideur qui n’est pas dénuée d’émotion, mais qui fonctionne davantage comme un mécanisme de protection. Cette approche du personnage principal, moins lisse que ce que l’on retrouve dans d'autres séries policières, donne une texture particulière à l’épisode. On ne suit pas une enquêtrice brillante mais une femme en lutte, ce qui donne une tout autre densité à son parcours. Plusieurs personnages sont introduits dans ce premier épisode. Certains semblent destinés à jouer un rôle plus important dans les épisodes suivants. 

 

C’est le cas de Rahid, un jeune homme qui accompagnait Isaiah dans ses visites médicales, ou de Karsten Tork, un entrepreneur qui incarne un certain pouvoir économique et politique. Si l’intérêt de ces personnages est perceptible, leur développement reste encore assez flou à ce stade. L’impression laissée est celle d’un univers en déploiement, avec des pièces placées sur l’échiquier, sans que leur rôle exact soit encore défini. Cela laisse une marge pour les épisodes suivants, mais peut aussi déstabiliser ceux qui attendent une intrigue plus resserrée dès le départ. L’épisode prend le temps d’installer son atmosphère. C’est l’un de ses points forts. L’environnement visuel, avec ses teintes froides, ses rues enneigées, et ses silences pesants, construit une ambiance crédible. 

Ce n’est pas une science-fiction tape-à-l’œil, mais plutôt une anticipation discrète, presque réaliste, de ce que pourrait devenir une société en perte de repères. Cela dit, cette installation minutieuse de l’ambiance a un prix : le rythme en pâtit par moments. La densité de l’univers, combinée à l’introduction de nombreux personnages, peut rendre la narration confuse. Il faut rester attentif pour suivre les implications de certaines scènes. Cette approche peut convenir à ceux qui aiment les intrigues lentes et réfléchies, mais elle peut aussi rebuter si l’on cherche un récit plus direct. La mise en scène ne cherche pas à impressionner pour le simple plaisir des yeux. Chaque plan semble conçu pour renforcer l’ambiance.

 

L’utilisation de la lumière, du son, ou encore des contrastes entre intérieur et extérieur, participe à la tension narrative. Il ne s’agit pas ici de créer du spectaculaire, mais d’installer une forme de malaise latent. Ce choix de sobriété donne de la crédibilité à l’univers proposé. On est loin des séries qui misent tout sur la forme. Ici, la forme est au service du fond, et c’est un point qui mérite d’être souligné. L’année 2040 semble à la fois proche et lointaine. Ce futur proposé n’est pas fantasque : il repose sur des évolutions technologiques déjà en cours, comme les systèmes de surveillance automatisés. Cette proximité avec le réel renforce l’impact de certaines scènes. On ne regarde pas simplement une fiction futuriste, on est confronté à des possibilités crédibles, voire inquiétantes.

C’est dans cette tension entre anticipation et réalisme que la série parvient à accrocher. La surveillance, la perte de vie privée, les inégalités sociales exacerbées… Tous ces éléments ne sont pas traités comme des concepts théoriques, mais comme des réalités vécues par les personnages. Cela donne une certaine gravité à l’ensemble. L’origine groenlandaise de Smilla n’est pas qu’un détail biographique. Elle structure sa relation au monde qui l’entoure. Le contraste entre son passé et le présent technologique et normatif de Copenhague renforce sa position d’étrangère dans sa propre ville. C’est à travers ce regard marginal que l’histoire se déroule, ce qui permet d’aborder, sans l’expliciter lourdement, des questions liées au colonialisme, à la culture inuit, et à l’effacement progressif des identités.

 

Cette approche subtile, presque en filigrane, est intéressante. Elle évite le didactisme, mais propose néanmoins un prisme original à l’histoire. En suivant Smilla, c’est aussi une manière différente de percevoir l’environnement danois qui s’offre au spectateur. Un choix narratif qui laisse perplexe concerne l’introduction de scènes où Smilla semble percevoir des messages ou des visions en lien avec Isaiah. Ces moments, plus oniriques, détonnent avec le ton réaliste de l’épisode. Il est difficile à ce stade de déterminer s’il s’agit de métaphores, d’hallucinations ou d’un réel virage vers le surnaturel. Ce mélange des genres n’est pas forcément problématique, mais il demande à être mieux intégré dans les épisodes suivants. 

À ce stade, il crée une dissonance qui fragilise la cohérence de l’univers proposé. Il faudra voir si ces éléments prennent du sens ou s’ils restent anecdotiques. À l’issue de ce premier épisode, plusieurs pistes s’ouvrent. L’enquête menée par Smilla semble devoir croiser des intérêts politiques, économiques, mais aussi plus personnels. Le personnage de Karsten Tork pourrait incarner cette articulation entre pouvoir et secret, tandis que d’autres figures, comme la politicienne Katja Claussen ou le policier Ravn, laissent entrevoir des alliances possibles ou des oppositions à venir. Il est encore trop tôt pour juger de l’orientation générale de la série. Mais ce premier épisode donne suffisamment de matière pour avoir envie de poursuivre. 

 

Il ne s’agit pas simplement de résoudre un mystère, mais d’explorer un monde en mutation à travers le regard d’un personnage en rupture avec celui-ci. Ce premier épisode de Smilla’s Sense of Snow installe un univers à part, à la fois proche et inquiétant. Le personnage principal, porté par une interprétation solide, agit comme un guide dans une société où tout semble normé, contrôlé, verrouillé. L’atmosphère, la construction visuelle, et le choix d’une héroïne en décalage permettent à la série de se démarquer dans le paysage des thrillers contemporains. Il reste toutefois des points d’interrogation : la cohérence du mélange entre réalisme et éléments surnaturels, le développement des personnages secondaires, ou encore le rythme parfois irrégulier. 

 

Mais ces incertitudes font aussi partie du processus de découverte d’une série. Ce qui compte, c’est que ce premier épisode parvienne à susciter la curiosité et à donner envie de suivre Smilla dans son parcours. Et sur ce point, le contrat est rempli.

 

Note : 6.5/10. En bref, ce premier épisode de Smilla’s Sense of Snow installe un univers à part, à la fois proche et inquiétant. 

Prochainement en France

Disponible sur SBS On Demand, accessible via un VPN

 

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