Critique Ciné : River of Blood (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : River of Blood (2025, direct to SVOD)

River of Blood // De Howard J. Ford. Avec Joseph Millson, Sarah Alexandra Marks et Louis James.

 

Vous reprendrez bien un petit film produit par Saban Films cet été ? Alors qu’ils sont plutôt habitués aux films d’action de seconde zone (fût un temps avec Bruce Willis en tête d’affiche), ils se sont ici arraché les services de Howard J. Ford (qui leurs a réalisé Escape sorti l’an dernier) à qui l’on doit le film d’horreur The Ledge. Dans le paysage saturé du cinéma d’horreur, rares sont les films qui osent ressusciter les codes usés du cannibal-movie avec un soupçon de modernité. River of Blood, réalisé par Howard J. Ford et écrit par Tom Boyle, tente ce pari risqué. Tourné dans les jungles luxuriantes de Thaïlande, le film promettait un voyage intense, viscéral, en territoire interdit. 

 

Quatre kayakistes empruntent la mauvaise rivière et pénètrent dans une jungle habitée par une tribu de cannibales impitoyables.

 

Malheureusement, la croisière s’amuse un peu trop… et échoue bien avant d’atteindre ses eaux les plus sombres. L’histoire démarre avec un groupe de quatre touristes : deux couples britanniques en pleine désunion affective. AJ et Maya forment un duo bancal, rongé par la rancœur. Le second couple, Ritchie et Jasmine, affiche une façade plus solide, mais les fissures ne tardent pas à apparaître. Ritchie est riche (oui, c’est littéralement son trait principal), AJ est envieux, et Jasmine... Jasmine semble surtout exister pour générer des tensions. Ensemble, ils s’embarquent dans une expédition en kayak qui vire rapidement au cauchemar. Le postulat est classique : des voyageurs occidentaux qui s’égarent dans une jungle dense et finissent par croiser le chemin d’une tribu cannibale. 

 

Rien de nouveau, mais une bonne exécution aurait pu suffire à relancer un genre qu’on pensait enterré avec les VHS (ou la franchise Détour Mortel). Sauf que River of Blood choisit un étrange itinéraire. La réussite d’un film de survie repose souvent sur notre capacité à s’attacher aux personnages. Pas ici. AJ, censé être le protagoniste, cumule les défauts : jaloux, lâche, pathétiquement obsédé par la femme de son meilleur ami. Jasmine, quant à elle, incarne une forme d’arrogance froide difficile à ignorer. Leur liaison adultère, censée créer de la tension dramatique, tombe à plat. Le traitement manque de profondeur, de nuance, voire d’intérêt. Ce n’est ni sulfureux ni tragique. Juste... pénible.

 

Leurs disputes incessantes, dans un contexte où ils devraient s’unir face au danger, enlèvent tout enjeu émotionnel. Quand ils se font pourchasser par des cannibales, l’idée même qu’ils puissent s’en sortir ne génère aucune inquiétude – au contraire, on se surprend à espérer que la jungle les rattrape, histoire d’écourter le supplice. Pour un film estampillé “horreur cannibale”, River of Blood évite soigneusement toute scène réellement marquante. Les mises à mort les plus violentes sont hors-champ, les rituels sanglants expédiés, et les moments de tension parasités par des dialogues stériles. Là où l’on attendait un déferlement de barbarie ou une montée progressive de la terreur, le film choisit la prudence, voire la mollesse. 

 

Résultat : une œuvre qui semble constamment s’excuser d’appartenir à son propre genre. Le gore est discret, l’atmosphère est molle, et les tribus "sauvages" sont plus risibles qu’effrayantes, avec leurs shorts modernes et leurs peintures de carnaval. L’absence de prise de risque visuelle est d’autant plus frustrante que la photographie, signée Rungroj Park Rojanachotikul, est remarquable. La jungle thaïlandaise y est sublimée : moite, menaçante, presque hypnotique. C’est sans doute le seul élément du film qui fonctionne pleinement – et qui renforce le sentiment d’un immense gâchis. Dans tout bon récit de survie, il y a souvent un personnage qui incarne le bon sens, la compétence, celui qu’on aimerait voir prendre les commandes. 

 

Dans River of Blood, ce rôle revient à Nick, le guide du groupe, incarné par Joseph Millson. Sûr de lui, posé, il dégage une autorité naturelle qui tranche avec la bêtise de ses clients. Mais comme souvent, les rares personnages sympathiques sont aussi les premiers à disparaître. Sa sortie prématurée laisse un vide que le film ne parvient jamais à combler. La suite du récit, livrée à des personnages aussi inconsistants qu’agaçants, s’enfonce dans une suite de décisions absurdes et de réactions disproportionnées. River of Blood tente par moments d’insuffler un discours plus vaste sur l’exploitation des terres et des peuples autochtones. Le film évoque rapidement la déforestation et les intrusions industrielles comme cause indirecte de la dérive cannibale de la tribu. 

 

Un propos intéressant… mais abandonné aussi vite qu’il est introduit. Plutôt que de construire une réflexion pertinente, le scénario s’en sert comme d’un prétexte. Ce qui aurait pu donner du relief au récit se résume à quelques lignes de dialogue. Le sous-texte reste en surface, et les enjeux politiques ou moraux sont traités avec une légèreté déconcertante. Sur le plan narratif, le film accumule les maladresses. Le rythme est mal dosé : trop lent au début, trop précipité à la fin. L’exposition prend une éternité, les scènes d’action sont expédiées, et les moments censés être dramatiques tombent à plat. Même les enjeux de survie semblent déconnectés de toute logique. Pourquoi ces personnages continuent-ils à se disputer quand leur vie est en jeu ? Pourquoi s’obstinent-ils à se séparer alors qu’ils savent qu’ils sont traqués ? 

 

À aucun moment leurs décisions ne paraissent crédibles. Et quand arrive le dernier acte, avec son escalade improbable sur une falaise – sans corde ni matériel – l’incrédulité atteint son paroxysme. Ce qui rend River of Blood si frustrant, ce n’est pas qu’il soit raté. C’est qu’il contient, en germe, tous les éléments d’un bon film : un décor splendide, un genre sous-exploité, un casting solide et une thématique pertinente. Mais rien ne prend. La tension ne décolle jamais, l’écriture reste au ras des pâquerettes, et les ambitions sociales sont à peine effleurées. 

 

En fin de compte, River of Blood donne l’impression d’avoir eu peur de lui-même. Comme si ses créateurs n’avaient pas osé aller au bout de leur idée, de peur de choquer ou de heurter. Résultat : un film qui se retient, qui s’autocensure, et qui finit par ne rien raconter de vraiment fort. Reste une belle carte postale de la Thaïlande. Et une étrange sensation de vide, une fois le générique lancé.

 

Note : 3/10. En bref, River of Blood donne l’impression d’avoir eu peur de lui-même. Comme si ses créateurs n’avaient pas osé aller au bout de leur idée, de peur de choquer ou de heurter.

Prochainement en France en SVOD

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article