Critique Ciné : Anges & Cie (2025)

Critique Ciné : Anges & Cie (2025)

Anges & Cie // De Vladimir Rodionov. Avec Élodie Fontan, Romain Lancry et Shirine Boutella.

 

Croire ou ne pas croire aux anges gardiens ? Voilà une question que le cinéma adore relancer de temps en temps, souvent avec un mélange de fantaisie et de romance. Avec Anges & Cie, Vladimir Rodionov signe son premier long-métrage et choisit d’aborder le sujet sous forme de comédie romantique fantastique. L’idée de départ est séduisante : chacun aurait un ange attitré, chargé de l’accompagner dans ses choix et de l’empêcher de trop s’égarer. Mais si ces protecteurs célestes se laissaient aller à leurs propres ambitions ou à leurs maladresses, que se passerait-il ? Le film prend cette interrogation comme point de départ et déroule une histoire où destin et libre arbitre s’affrontent, sur fond d’amour naissant entre deux mortels qui n’auraient jamais dû se rencontrer. 

 

Nous ne pouvons pas les voir. Ils sont toujours à nos côtés sans que nous le sachions. Ce sont nos protecteurs et nos guides... Bienvenue dans le monde des anges gardiens ! Paul et Léa n’auraient jamais dû se rencontrer. Mais depuis, ils sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Raphaëlle et Gabriel, deux anges que tout oppose, sont obligés de faire équipe pour tout remettre en ordre et empêcher ces deux humains de tomber amoureux. Si les anges échouent, Raphaëlle l’ambitieuse pourra dire adieu à sa promotion d’Archange. Quant à Gabriel le fumiste, il sera déchu et devra passer l’éternité sur Terre. L’enfer…

 

Derrière ce concept, se cache un mélange de bonnes intentions, de clins d’œil malicieux et de maladresses narratives qui laissent une impression mitigée. Le récit s’ouvre sur deux anges : Raphaëlle (Élodie Fontan), ambitieuse et perfectionniste, et Gabriel (Romain Lancry), jovial et un peu naïf. Ces deux-là n’ont rien en commun, mais doivent collaborer pour empêcher une romance jugée dangereuse entre Paul (Julien Pestel) et Léa (Shirine Boutella). S’ils échouent, ils risquent d’être rétrogradés et de perdre leur statut céleste.  Cette mécanique installe rapidement un ton de buddy movie : deux partenaires qui se chamaillent autant qu’ils coopèrent, coincés dans une mission plus grande qu’eux. 

 

Ce duo contraste avec l’autre tandem du film : Paul et Léa, deux inconnus que le destin pousse l’un vers l’autre malgré l’interdiction divine. Entre quiproquos, interventions maladroites des anges et début de romance contrariée, l’histoire avance sur des rails très classiques. Le premier atout du film reste sa distribution. Élodie Fontan, qu’on a plus souvent vue dans des rôles secondaires, trouve ici un vrai espace pour s’imposer. Elle apporte fraîcheur et énergie à Raphaëlle, un personnage qui aurait pu paraître froid ou caricatural sans cette dose de vitalité. Face à elle, Romain Lancry campe un Gabriel un peu lunaire mais attachant. Leur duo fonctionne, surtout quand le scénario joue sur leurs différences de caractère. 

 

Shirine Boutella et Julien Pestel, en mortels pris dans ce jeu divin, incarnent quant à eux une romance sympathique, même si leur intrigue reste cousue de fil blanc. Le film réserve aussi deux caméos savoureux : Zabou Breitman et François Berléand apparaissent dans des rôles à contre-emploi, aussi improbables que réjouissants. Malheureusement, leurs scènes restent trop courtes pour compenser le manque global de folie du film. La mise en scène choisit la simplicité. Pas d’effets spéciaux spectaculaires : les anges se distinguent par de simples codes visuels et des dialogues qui brisent parfois le quatrième mur. Ce parti pris rend le film lisible et accessible, mais il manque de créativité pour donner une vraie identité à l’univers.

 

Côté humour, le bilan est inégal. Quelques gags fonctionnent, surtout quand ils reposent sur les maladresses des anges ou sur les décalages entre monde céleste et quotidien terrestre. Mais trop de situations tombent à plat, comme si l’écriture n’osait pas aller assez loin dans l’absurde. On rit par moments, on sourit souvent, mais on attend un éclat comique qui ne vient jamais vraiment. La romance suit une trajectoire attendue. Elle s’installe lentement, se heurte aux interventions célestes, puis finit par imposer son évidence. Rien de surprenant donc, mais une certaine sincérité dans le jeu des acteurs permet de garder l’intérêt. Sous ses airs de bluette céleste, Anges & Cie glisse quelques réflexions plus contemporaines. 

 

Le film s’amuse à montrer un monde où même les sentiments seraient régis par une hiérarchie, un règlement ou un algorithme. Les anges eux-mêmes semblent fonctionner comme des employés soumis à des objectifs, à des promotions ou à la peur d’une rétrogradation. Cette dimension apporte une touche satirique : derrière l’histoire d’amour contrariée se dessine une critique légère d’une société obsédée par le contrôle et la performance. Malheureusement, ce fil n’est pas assez développé pour donner au film une vraie profondeur. L’idée est là, mais elle reste en arrière-plan, presque esquissée. À l’arrivée, Anges & Cie donne l’impression d’un film plein de bonne volonté, mais qui ne trouve jamais vraiment son rythme. 

 

Certaines séquences amusent, d’autres s’étirent inutilement. Le montage manque de fluidité et l’ensemble ressemble davantage à un téléfilm de plateforme qu’à une œuvre de cinéma marquante. Cela ne veut pas dire que le visionnage soit désagréable. Le ton léger, les acteurs investis et quelques surprises de casting suffisent à rendre l’expérience divertissante. Mais une fois le générique passé, il reste peu de scènes mémorables. Le film se consomme comme une comédie feel good du dimanche soir : agréable sur le moment, vite oubliée ensuite. Avec Anges & Cie, Vladimir Rodionov livre une comédie romantique fantastique qui joue la carte de la légèreté.

 

Le duo Élodie Fontan / Romain Lancry apporte une énergie bienvenue et la présence de Zabou Breitman et François Berléand amuse, mais le scénario trop convenu et les dialogues en manque de saveur empêchent le film de vraiment décoller. Le concept de base, celui d’anges gardiens en plein dilemme entre leurs obligations célestes et le libre arbitre des humains, avait de quoi séduire. Mais la mise en scène timide et l’humour inégal limitent son potentiel. 

 

Note : 5/10. En bref, Anges & Cie reste un divertissement honnête, un film sans prétention qui fait sourire par moments, mais qui manque d’audace pour marquer durablement.

Sorti le 7 mai 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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