Critique Ciné : Disco Afrika: une histoire malgache (2025)

Critique Ciné : Disco Afrika: une histoire malgache (2025)

Disco Afrika: une histoire malgache // De Luck Razanajaona. Avec Parista Sambo, Laurette Ramasinjanahary et Joe Lerova.

 

Le cinéma malgache est encore rare sur les écrans internationaux. Avec Disco Afrika : une histoire malgache, Luck Razanajaona signe son premier long-métrage et réussit un pari important : porter à l’écran un récit profondément ancré dans l’histoire et les tensions contemporaines de Madagascar. Sélectionné à la Berlinale et présenté à Toronto et Marrakech, ce film marque une étape symbolique. Pourtant, derrière cette portée historique, l’expérience cinématographique est plus contrastée. L’histoire suit un jeune homme de Tamatave, marqué par la mort de son père lors d’émeutes des années plus tôt.

 

Madagascar, aujourd’hui. Kwame, 20 ans, tente de gagner sa vie dans les mines clandestines de saphir. Suite à un événement inattendu, il doit rejoindre sa ville natale où il retrouve sa mère, d’anciens amis, mais aussi la corruption qui gangrène son pays. Ballotté par des sentiments contraires, il va devoir choisir entre argent facile et fraternité, individualisme et éveil à une conscience politique.

 

Il revient dans sa ville natale, où vivent encore sa mère et le meilleur ami de son père, et se confronte à une réalité sociale marquée par la corruption, la pauvreté et la violence d’État. Ce fil narratif est simple mais porteur : un retour aux origines qui devient une quête identitaire et politique. Le film met en lumière la jeunesse malgache, prise entre désillusion et espoir. On y retrouve la colère contre le pillage des ressources du pays, souvent avec la complicité des élites locales. Le réalisateur choisit d’éviter le grand spectacle révolutionnaire pour privilégier les petits gestes, les matins calmes où l’on reprend son souffle. 

 

Cette approche, plus intimiste, permet de donner une voix à ceux qui vivent au quotidien ces injustices. Luck Razanajaona, ancien travailleur social en milieu carcéral, connaît le terrain qu’il filme. Son regard est lucide, et il met le doigt sur des sujets rarement traités au cinéma : l’exploitation économique, la corruption généralisée, la répression d’État. Mais cette volonté d’englober tous les maux de l’île rouge finit par peser sur le récit. Le scénario s’éparpille. À force de multiplier les thèmes, l’intrigue perd de sa force et peine à garder une cohérence dramatique. 

 

Le spectateur se retrouve parfois perdu entre drame familial, fresque sociale et chronique politique. Ce choix ambitieux aurait pu fonctionner avec une écriture plus resserrée, mais ici, le mélange reste inégal. Le film repose beaucoup sur son interprète principal, un jeune acteur charismatique qui incarne la fierté, la colère et la détermination de cette jeunesse malgache. Sa présence donne de l’énergie et permet au spectateur de rester attaché à l’histoire, malgré les flottements du scénario. En revanche, certains seconds rôles souffrent d’un jeu trop appuyé. Le surjeu est parfois flagrant, ce qui casse l’immersion. 

 

On sent l’envie d’en faire beaucoup pour donner du poids aux dialogues, mais cette intensité mal dosée peut sonner faux. Là encore, c’est le premier film d’un réalisateur qui travaille avec des moyens limités, et cela se ressent. Si l’écriture manque de fluidité, l’esthétique, elle, retient l’attention. La mise en lumière des rues de Tamatave, les couleurs, les détails du quotidien donnent une texture authentique. La photographie accompagne bien l’intrigue, en construisant un univers qui mélange la dureté sociale et l’énergie d’une jeunesse en quête de changement. La bande originale, entêtante, participe à cette immersion. 

 

La musique apporte un souffle vital au récit, et c’est sans doute l’un des aspects les plus réussis du film. Elle souligne l’idée que la culture et l’expression artistique peuvent devenir un espace de résistance. Disco Afrika : une histoire malgache réussit à proposer un récit d’apprentissage qui résonne comme une chronique nationale. Derrière le parcours d’un jeune homme, c’est tout un pays qui se dessine : un pays bloqué par la corruption et les injustices, mais traversé par des désirs de changement. Cette double lecture – personnelle et collective – fait la force du film. Mais c’est aussi ce qui l’affaiblit, car le scénario peine à trouver le juste équilibre. 

 

L’émotion individuelle se perd parfois dans le poids des messages politiques, et inversement. Ce qui frappe dans Disco Afrika, c’est moins la réussite formelle que l’importance symbolique du projet. Voir un film malgache présenté dans de grands festivals internationaux est déjà en soi un événement. Ce type de cinéma ouvre une fenêtre sur une réalité rarement visible, et cela mérite d’être salué. Mais du point de vue cinématographique pur, les limites apparaissent vite : narration dispersée, jeu parfois maladroit, rythme irrégulier. L’ensemble donne un film honorable, mais qui laisse un goût d’inachevé. Le potentiel est là, mais il reste encore à affiner.

 

Disco Afrika : une histoire malgache est une œuvre qui compte, mais pas forcément pour ses qualités artistiques. C’est une proposition importante car elle apporte au cinéma mondial une voix nouvelle, venue de Madagascar, avec des thèmes essentiels : pillage des ressources, corruption, répression et espoir d’une jeunesse. Cependant, en tant qu’expérience de spectateur, le film reste moyen. L’intrigue trop dispersée, le surjeu de certains acteurs et un rythme inégal affaiblissent son impact émotionnel. Reste une atmosphère musicale et visuelle intéressante, et surtout un premier pas encourageant pour un réalisateur qui a encore beaucoup à offrir.

 

Note : 5/10. En bref, Disco Afrika : une histoire malgache est une œuvre qui compte, mais pas forcément pour ses qualités artistiques. C’est une proposition importante, cependant, en tant qu’expérience de spectateur, le film reste moyen. 

Sorti le 24 septembre 2025 au cinéma

 

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