Critique Ciné : Instintos (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Instintos (2025, direct to SVOD)

Instintos // De Sebastián Borensztein. Avec Kate del Castillo, Bruno Bichir et Daniela Schmidt.

 

Instintos, thriller latino signé Sebastián Borensztein, se présente comme l’héritier moderne des grands succès sulfureux des années 90 – Liaison Fatale, La Main sur le berceau. Sauf qu’ici, plutôt que de dépoussiérer le genre, le film donne l’impression de le parodier sans s’en rendre compte. On m’avait promis un mélange de tension psychologique et de drame conjugal. Résultat : un patchwork de rebondissements improbables, mal cousus, qui finissent par se contredire eux-mêmes. Plus le film avance, plus il s’enfonce dans une logique tordue où chaque scène semble dire l’inverse de la précédente. Soyons clairs : sans Kate del Castillo, ce film sombrerait dès la première demi-heure. 

 

Maggie est dans les derniers jours de sa grossesse lorsque, avec son mari Sean, ils sont attaqués dans leur maison isolée par deux personnes qui décident d'attendre avec eux jusqu'à lundi pour vider les comptes bancaires de la famille.

 

L’actrice, qu’on connaît pour son intensité dans La Reina del Sur et plus récemment dans The Cleaning Lady, fait de son mieux pour donner du poids à son rôle. Mais quand le scénario ressemble à un puzzle dont il manquerait la moitié des pièces, il est difficile d’éviter le naufrage. Del Castillo joue avec conviction, mais elle ne peut pas masquer l’écriture bâclée. Ce n’est pas la nouvelle Glenn Close, ni la Sharon Stone mexicaine, c’est simplement une comédienne coincée dans un thriller qui n’assume pas ses excès. Elle mérite mieux. Beaucoup mieux. Parlons franchement : Bruno Bichir semble réciter son texte comme s’il lisait un téléprompteur. 

 

L’émotion ? Absente. L’intensité ? Nulle. Il réussit même à rendre plates des scènes qui devraient exploser de tension. Daniela Schmidt et Iván Marcos ne font guère mieux : des personnages clichés, des réactions qui n’ont aucun sens, comme si la direction d’acteurs se résumait à « regarde la caméra et parle plus fort ». Ajoutez à ça des dialogues qui sonnent faux, et vous obtenez un casting secondaire digne d’une télénovela bas de gamme diffusée à 14 h sur une chaîne câblée. Les thrillers des années 90 avaient au moins le mérite d’être cohérents dans leur exagération. Ici, Instintos enchaîne les incohérences à une vitesse effarante. 

 

Une scène installe une tension, la suivante l’annule sans explication, et la suivante encore tente un retournement de situation tellement artificiel qu’il frôle le ridicule. Le spectateur se retrouve à se demander : est-ce que le film se prend vraiment au sérieux ? Parce qu’avec ces rebondissements absurdes et ces dialogues didactiques, difficile de ne pas rire. Or, un thriller qui fait rire malgré lui, c’est rarement bon signe. Sebastián Borensztein a peut-être été nommé aux prix Ariel, mais ici, il filme comme s’il dirigeait un épisode pilote de série oubliée. Tout est trop sage, trop convenu, sans une once de créativité. Les cadrages sont paresseux, la lumière est standardisée et la musique essaye de compenser le manque de tension dramatique – en vain.

 

Même les scènes supposées “choc” tombent à plat. Ce n’est pas que l’idée soit mauvaise, c’est simplement que l’exécution ressemble à une parodie. J’ai eu plus de frissons en regardant une publicité pour un détergent. Le film essaie de se donner une profondeur en abordant la violence de genre, la santé mentale ou l’insécurité. Mais ces thématiques sont intégrées comme des notes de bas de page. Elles n’ont aucun impact réel sur la narration, si ce n’est de donner l’illusion d’un propos engagé. On sent l’effort de cocher des cases modernes, histoire d’éviter les critiques idéologiques qui collent aux thrillers old school. Le problème, c’est que tout cela sonne creux. 

 

Plutôt qu’une réflexion sincère, on a droit à des slogans plaqués au milieu de scènes qui n’ont rien à voir. À force de se perdre entre mélodrame conjugal, suspense psychologique et discours social, Instintos ne choisit jamais son camp. Le résultat ? Une hybridation improbable entre thriller et telenovela, mais sans l’efficacité de l’un ni l’émotion de l’autre. Les rebondissements sont tellement invraisemblables qu’ils finissent par ressembler aux intrigues absurdes de feuilletons interminables. À ceci près que dans une telenovela, l’excès est assumé. Ici, il est subi. Instintos avait tout pour relancer un genre en sommeil : un casting connu, une promesse de suspense, un héritage cinéphile. 

 

Mais au lieu d’un thriller tendu et moderne, le film ressemble à un collage maladroit de références mal digérées. Entre le jeu caricatural, la réalisation paresseuse et un scénario qui s’effondre sous ses contradictions, difficile de ne pas décrocher. Même les rares moments réussis sont vite engloutis par la médiocrité ambiante. Si vous cherchez un vrai thriller, passez votre chemin. Si vous avez envie de rire devant un film qui se prend au sérieux tout en multipliant les maladresses, alors Instintos peut servir de curiosité. Mais attention : c’est une expérience qui ressemble plus à une séance de zapping qu’à du cinéma.

 

Note : 2/10. En bref, au lieu d’un thriller tendu et moderne, le film ressemble à un collage maladroit de références mal digérées. 

Prochainement en France en SVOD

 

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