Critique Ciné : La Huella del Mal (2025)

Critique Ciné : La Huella del Mal (2025)

La Huella del Mal // De Manuel Ríos San Martín. Avec Blanca Suárez, Daniel Grao et Aria Bedmar.

 

Avec La Huella del Mal, le réalisateur et scénariste Manuel Ríos San Martín signe une adaptation de sa propre œuvre littéraire, tournée dans le décor singulier d’Atapuerca. L’idée de mêler enquête policière, tensions personnelles et passé préhistorique avait de quoi intriguer. Pourtant, le film souffre d’un rythme poussif, d’un scénario mal construit et d’une direction qui peine à trouver un ton cohérent. L’histoire démarre avec la découverte du cadavre d’une jeune femme, Eva, dans un petit village. Rapidement, les autorités soupçonnent qu’il pourrait s’agir du même meurtrier qu’il y a quelques années. Pour mener l’affaire, la juge réunit les mêmes enquêteurs qu’à l’époque, malgré leurs différends. 

 

Le meurtre rituel d'une jeune fille provoque la psychose dans une petite ville voisine qui a connu un traumatisme similaire six ans plus tôt.

 

On suit donc Silvia Guzmán (Blanca Suárez) et Daniel (Daniel Grao), deux policiers qui partagent autant de tensions professionnelles que de blessures personnelles. Sur le papier, le mélange entre enquête criminelle et drames intimes aurait pu donner de la densité au récit. Mais à l’écran, les rebondissements paraissent forcés. Les dialogues manquent de naturel, et les confrontations n’apportent pas toujours le poids émotionnel attendu. La tension policière finit par se diluer dans un flot d’explications et de faux mystères. S’il y a bien un élément qui retient l’attention, c’est l’interprétation féminine. Blanca Suárez, dans le rôle de l’inspectrice Guzmán, apporte de la fragilité et une certaine intensité à un personnage pourtant desservi par le scénario. 

 

Son duo compliqué avec Daniel Grao avait matière à faire monter la tension dramatique, mais l’écriture s’éparpille trop pour en tirer le meilleur. À ses côtés, Aria Bedmar injecte une énergie bienvenue dans un récit qui manque cruellement de rythme. Sa présence brise par moments la monotonie et évite que l’ennui ne s’installe totalement. Le reste du casting remplit son rôle, sans jamais dépasser le strict minimum. Même Cosimo Fusco, pourtant charismatique, reste sous-utilisé dans son rôle de professeur lié au site archéologique. L’un des attraits du film est son décor : la Sierra de Atapuerca, site archéologique mondialement connu. Le choix de situer une enquête policière dans cet environnement atypique avait de quoi surprendre et enrichir l’atmosphère. 

 

Mais une fois passée la curiosité des premières images, le potentiel reste largement inexploité. Certes, l’idée d’un étudiant allemand obsédé par les rites des ancêtres apporte une dimension inquiétante, mais cela tourne vite au cliché. Les références aux fossiles et à l’histoire de l’humanité servent davantage de toile de fond décorative que de moteur narratif. Ce qui aurait pu être un vrai atout se transforme en gadget scénaristique. La Huella del Mal tente de jongler entre plusieurs registres : polar classique, drame sentimental, réflexion quasi philosophique sur l’héritage de nos ancêtres. Le problème, c’est que rien n’est vraiment approfondi. 

 

Les intrigues personnelles entre Guzmán et Daniel traînent en longueur, les fausses pistes ralentissent l’enquête, et la dimension “anthropologique” reste anecdotique. Certains thrillers parviennent à tenir en haleine malgré un scénario imparfait, grâce à une atmosphère tendue ou un rythme soutenu. Ici, l’inverse se produit : chaque scène donne l’impression d’allonger inutilement le récit, et le suspense s’effondre bien avant la fin. Il serait exagéré de dire que tout est raté. Quelques passages laissent entrevoir ce que le film aurait pu être : des flashbacks qui esquissent la personnalité de la victime, un face-à-face tendu entre Guzmán et sa hiérarchie, ou encore la confrontation avec le suspect allemand qui dégage un malaise réel. 

 

Mais ces instants sont isolés, vite noyés dans une narration trop lourde. La mise en scène, correcte mais sans audace, ne compense pas ces faiblesses. Le film ne décolle jamais vraiment, malgré ses deux heures qui paraissent encore plus longues qu’elles ne le sont. Je suis ressorti avec une impression de gâchis. L’idée de départ n’était pas mauvaise : un thriller ancré dans un décor unique, porté par des acteurs capables. Mais le résultat ne dégage ni l’intensité, ni le suspense nécessaires. Le film donne la sensation d’un projet ambitieux mal maîtrisé, où les bonnes intentions se perdent dans des clichés et une écriture trop bancale.

 

Le duo Blanca Suárez – Aria Bedmar limite la casse et empêche La Huella del Mal de sombrer totalement. Mais en dehors de leurs performances, peu de choses restent en mémoire. L’enquête se révèle vite laborieuse et, à mesure que les minutes passent, l’envie de connaître le dénouement s’efface derrière celle de voir le générique arriver. La Huella del Mal est un thriller policier qui ne tient pas ses promesses. Malgré un décor original et deux actrices investies, le film s’épuise dans sa propre lourdeur et finit par manquer de souffle.

 

Note : 4/10. En bref, une déception qui aurait pu être évitée avec un scénario plus resserré et une mise en scène moins timide.

Prochainement en France

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