Critique Ciné : Notice to Quit (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Notice to Quit (2025, direct to SVOD)

Notice to Quit // De Simon Hacker. Avec Michael Zegen, Kasey Bella Suarez et Nell Verlaque.

 

Il y a des films qui tiennent sur une idée simple et qui réussissent à la sublimer. Et puis il y a Notice to Quit, qui part d’un concept tout aussi simple mais s’emmêle tellement qu’à la fin, je ne savais plus si j’avais regardé un drame social, une comédie légère ou une mauvaise copie d’un film. La vérité se situe quelque part entre les trois, sans jamais vraiment trouver sa place. Au centre de l’histoire se trouve Andy Singer, incarné par Michael Zegen (aperçu dans The Marvelous Mrs. Maisel). Andy est un ancien acteur qui a connu son quart d’heure de gloire grâce à une publicité de dentifrice, et qui végète désormais comme agent immobilier new-yorkais. 

 

Andy Singer est un père absent pour sa fille de 10 ans, Anna, et un agent immobilier en grande difficulté. Quand Anna se présente sans prévenir sur le pas de sa porte et l'informe de son départ imminent de New York, Andy va alors se réveiller et essayer d'être enfin un père présent.

 

Sauf que même dans ce domaine, il peine à convaincre. Ses appartements ressemblent à des taudis et ses prospects disparaissent les uns après les autres. En parallèle, il arrondit ses fins de mois en revendant en douce des appareils électroménagers récupérés dans des logements vacants. Bref, il accumule les combines foireuses comme d’autres collectionnent les timbres. Et comme si ça ne suffisait pas, Andy est menacé d’expulsion : quatre mois de loyers impayés, un propriétaire à bout de patience et une journée pour trouver l’argent. Le film s’ouvre donc sur cette tension immédiate, accentuée par la chaleur étouffante d’un été new-yorkais qui colle aux vêtements et à la peau.

 

C’est précisément ce jour-là qu’Anna, sa fille de dix ans, débarque sans prévenir. Interprétée par Kasey Bella Suarez, véritable révélation du film, Anna vit d’ordinaire avec sa mère. Mais comme elle s’apprête à déménager en Floride, elle veut passer du temps avec son père avant le départ. Mauvais timing : Andy n’a ni la tête ni le cœur à jouer les papas attentifs. Leur rencontre donne le ton : Anna est vive, intelligente, parfois trop pour son âge, tandis qu’Andy traîne sa fatigue, son stress et sa culpabilité. On sent qu’il aime sa fille, mais il ne sait absolument pas comment lui donner la place qu’elle mérite dans sa vie. Pire, il va jusqu’à l’utiliser à deux reprises pour amadouer des clients ou se tirer de situations embarrassantes.

 

Le film suit Andy et Anna à travers une seule journée. Ils arpentent les rues brûlantes de New York, enchaînant les rendez-vous d’affaires ratés, les confrontations humiliantes et les rencontres bancales. La caméra capte bien l’agitation de la ville, avec ses bruits, ses foules et ses contrastes. Sur ce point, Simon Hacker, qui signe ici son premier long-métrage, réussit à rendre palpable l’énergie new-yorkaise. Mais derrière l’agitation, il n’y a pas grand-chose. Le scénario reste prévisible. L’intrigue promet une progression dramatique, une transformation du père ou au moins une évolution dans sa relation avec sa fille. Mais les promesses s’évaporent à mesure que l’histoire s’étire. 

 

Au bout du compte, Andy n’a pas payé son loyer, il n’a pas gagné en maturité et Anna n’a pas eu droit à son zoo. La seule chose qui change, c’est que le spectateur réalise qu’il vient de passer 90 minutes à attendre une révélation qui n’arrivera jamais. Andy est censé incarner l’archétype du loser sympathique, celui qu’on aime malgré ses travers parce qu’il garde un fond de tendresse. Ici, le pari tombe à plat. Ses magouilles le rendent antipathique, son rapport à sa fille est maladroit au point d’en devenir frustrant, et sa vulnérabilité n’éveille jamais vraiment l’empathie. Michael Zegen fait ce qu’il peut avec le rôle, et son jeu n’est pas déshonorant. 

 

Mais face à une écriture aussi inconsistante, difficile de sauver un personnage qui oscille entre raté pathétique et père absent sans jamais trouver le juste milieu. À l’inverse, Kasey Bella Suarez brille par sa fraîcheur et son naturel. Son Anna est touchante sans tomber dans la mièvrerie. Elle a une énergie sincère, une curiosité qui donne un peu de souffle à l’histoire. Chaque fois qu’elle est à l’écran, le film respire. Malheureusement, son personnage est prisonnier du schéma répétitif du scénario : courir derrière un père dépassé qui ne sait pas quoi faire d’elle. Le contraste entre l’authenticité de la fillette et la maladresse du père rend certaines scènes gênantes, presque douloureuses à regarder. 

 

On aimerait que l’intrigue la valorise davantage, mais elle reste cantonnée au rôle de catalyseur pour un père qui ne change jamais vraiment. Le gros problème de Notice to Quit réside dans son hésitation permanente. Est-ce une comédie tendre sur une relation père-fille ? Un drame social sur la précarité à New York ? Ou bien une tentative d’imiter les thrillers nerveux des frères Safdie ? Le film navigue entre ces registres sans jamais choisir. Résultat : les passages supposément drôles tombent à plat, les moments dramatiques paraissent forcés et les rares tentatives de tension virent à la caricature. Même les personnages secondaires, comme le grand-père (Robert Klein) ou le receleur d’électroménagers, manquent de relief.

 

Il serait injuste de dire que Notice to Quit est bâclé. Visuellement, le film tient la route. Le choix du 35 mm apporte une texture chaleureuse, et la chaleur écrasante de l’été est bien retranscrite. Le montage garde un rythme convenable, et la photographie rend hommage à certains coins de New York rarement filmés.

Mais cette solidité technique reste au service d’un récit qui ne sait pas où aller. Un emballage réussi pour un contenu bancal. La fin aurait pu sauver l’ensemble si elle avait osé une vraie résolution. Au lieu de ça, elle se contente d’un constat amer : rien n’a changé. Andy reste le même, Anna repart frustrée, et le spectateur referme la séance avec la désagréable impression d’avoir suivi une boucle inutile.

 

On pourrait y voir une volonté de réalisme, une chronique du quotidien où les miracles n’existent pas. Mais encore aurait-il fallu assumer pleinement ce choix et donner plus de densité aux personnages pour que ce vide final ait un sens. Ici, ça ressemble davantage à une paresse d’écriture. Notice to Quit avait le potentiel de devenir une jolie fable urbaine, simple et touchante, sur le lien fragile entre un père perdu et une fille en demande d’amour. À la place, le film se perd dans ses contradictions et finit par tourner à vide.

 

Reste la performance prometteuse de Kasey Bella Suarez, qui sauve partiellement l’expérience, et une direction photo soignée. Mais pour le reste, difficile de ne pas sortir déçu. Un film qui, à l’image de son protagoniste, cherche à convaincre mais finit par s’écrouler sous son propre poids.

 

Note : 4/10. En bref, Notice to Quit avait le potentiel de devenir une jolie fable urbaine, simple et touchante, sur le lien fragile entre un père perdu et une fille en demande d’amour. À la place, le film se perd dans ses contradictions et finit par tourner à vide.

Prochainement en France en SVOD

 

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