Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 7.

Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 7.

Mercredi // Saison 2. Episode 7. Woe Me the Money.

 

Lorsque j’ai lancé l’épisode 7 de la saison 2 de Mercredi, je savais déjà qu’il serait difficile de maintenir l’intensité de l’épisode précédent, celui du fameux échange de corps qui avait marqué un tournant dans la saison. Pourtant, “Woe Me the Money” ne se contente pas d’être une transition : il propose une intrigue plus resserrée, recentrée sur un antagoniste secondaire, tout en continuant à faire avancer les fils narratifs essentiels. Plutôt que d’accélérer la confrontation avec Isaac et Tyler, l’histoire choisit de donner de l’espace à Barry Dort, un personnage déjà introduit mais encore peu développé. 

 

Ce choix ralentit légèrement le rythme global, mais il permet aussi de dévoiler de nouvelles facettes de Bianca, d’apporter un éclairage sur la place de Hester Frump, et de mettre en valeur certains protagonistes secondaires comme Enid et Agnes. Le début de l’épisode joue la carte du flashback. Quinze ans en arrière, Dort recrute Gideon en Floride, dévoilant ainsi les véritables origines de leur alliance. Ce moment confirme ce que j’avais deviné depuis un certain temps : derrière son masque de bienfaiteur, Dort incarne une manipulation constante. Son lien avec le culte de Morning Song n’est plus un secret, et cette révélation donne une profondeur inattendue à son rôle.

 

Dans le présent, son plan devient clair : contraindre Bianca à utiliser sa voix de sirène afin de dépouiller Hester Frump de sa fortune. Le stratagème est cruel, puisqu’il exploite à la fois la vulnérabilité de Bianca et la fragilité des liens familiaux. Cette manœuvre installe une tension immédiate. L’argent de Hester, convoité depuis le début de la saison, prend ici une place centrale. Ce qui m’a marqué, c’est la façon dont Dort manipule non seulement Bianca, mais aussi sa mère, qu’il garde prisonnière. Cette dynamique de domination souligne la violence psychologique qu’il exerce et explique pourquoi sa chute, plus tard, apporte une forme de satisfaction narrative.

 

Si l’intrigue principale tourne autour de Dort, Mercredi n’est jamais loin de ses propres obsessions. Elle découvre qu’Isaac avait été autrefois le colocataire et ami de Gomez à Nevermore. Ce détail, glissé presque discrètement, ouvre une nouvelle perspective sur l’histoire familiale et sur la fidélité qui lie certains personnages depuis des décennies. L’épisode prend également le temps d’installer un échange tendu entre Mercredi et Morticia. L’annonce d’une mort imminente dans la famille vient renforcer le climat dramatique. Mercredi, dans son humour si particulier, évoque même l’idée de sacrifier Pugsley, une remarque à la fois ironique et révélatrice de son rapport singulier à la fratrie.

 

À travers Eugene, un autre fil narratif progresse : les mystérieux papillons liés à Slurp. Leur présence récurrente annonce que l’affrontement avec Isaac ne fait que se rapprocher, même si cet épisode choisit de repousser ce moment. Bianca, longtemps présentée comme distante et méfiante, trouve dans cet épisode une place centrale. Sa lutte intérieure entre loyauté familiale, peur et désir d’émancipation atteint ici un point culminant. Utiliser son chant de sirène contre son gré n’est pas seulement une contrainte : c’est une atteinte directe à son identité. Sa confrontation avec Mercredi, lors d’un duel d’escrime, révèle l’intensité de son dilemme. Bien que son chant efface la mémoire de Mercredi, Agnes, témoin invisible, permet de rétablir la vérité. 

 

Cette intervention illustre la solidarité inattendue qui se construit entre les personnages secondaires, souvent éclipsés par l’omniprésence de Mercredi. Le point culminant de l’épisode se déroule lors du gala de l’école. Ce décor, digne de la patte visuelle de Tim Burton, sert de théâtre à une mise en scène ingénieuse. Enid et Agnes, souvent reléguées à l’arrière-plan, brillent dans une séquence chorégraphiée qui allie spectacle et tactique. Pendant que l’attention se porte sur la danse, Agnes subtilise l’amulette de Dort, l’unique protection qui le préserve du pouvoir des sirènes. Ce détail, presque théâtral, change immédiatement l’équilibre des forces. 

 

Bianca, libérée de cette contrainte, peut alors retourner son pouvoir contre lui et obtenir sa confession publique. La fin de Dort, pétrifié par le regard de Gorgon d’Ajax puis écrasé par un lustre, ne surprend pas, mais elle boucle de manière nette l’intrigue qui le concernait. J’ai trouvé que cette résolution, bien que prévisible, évitait le piège de l’excès en restant cohérente avec l’univers visuel et l’humour noir de la série. Au-delà de la chute de Dort, cet épisode met en avant un autre axe important : la relation entre Mercredi et ses parents. Le choix de défendre Gomez et Morticia face à Hester traduit une évolution notable. Mercredi, souvent critique à l’égard de sa famille, commence à assumer un rôle plus protecteur.

 

Hester, impressionnée par cette attitude, finit par consentir à un don significatif pour Nevermore en mémoire de Gomez. Ce moment, plus apaisé, laisse entrevoir une possible progression des pouvoirs de Mercredi, si l’on accepte l’idée qu’ils soient liés à sa relation avec sa mère. L’épisode introduit aussi une menace personnelle pour Enid. La pleine lune approche, et le risque de rester bloquée sous forme de loup pèse lourd. Ce dilemme, encore non résolu, renforce son importance dans l’intrigue. Sa complicité avec Agnes au bal illustre une nouvelle dynamique, mais l’incertitude autour de sa transformation à venir installe un suspense qui ne sera levé qu’au prochain épisode.

 

Par ailleurs, la sous-intrigue amoureuse avec Bruno se termine sèchement. La décision d’Enid de ne pas tolérer la duplicité amoureuse apporte une touche réaliste à son parcours : elle ne se définit plus uniquement par ses capacités surnaturelles, mais aussi par sa dignité personnelle. Alors que Dort disparaît de l’équation, l’épisode choisit de terminer sur une note sombre. Isaac refait surface, s’approche de Pugsley et l’emmène avant que Mercredi n’ait le temps d’intervenir. Le détail du papillon laissé derrière lui agit comme une signature inquiétante. Cette disparition relance immédiatement la tension : Mercredi, qui avait évoqué avec sarcasme l’idée d’un sacrifice de son frère, se retrouve face à une réalité qu’elle n’avait pas anticipée. 

 

La question n’est plus seulement de savoir qui, dans la famille Addams, risque de mourir, mais aussi pourquoi Isaac a choisi ce moment précis pour rompre les accords passés avec Morticia. “Woe Me the Money” n’a pas l’énergie débordante de l’épisode précédent, mais il apporte un équilibre différent. En donnant la priorité à Barry Dort et à Bianca, il permet d’étoffer des personnages secondaires qui, jusque-là, restaient à l’ombre. L’écriture prend le temps de montrer leurs dilemmes et leurs failles, ce qui enrichit la galerie de figures déjà complexe de la série. Pour moi, la force de cet épisode réside dans sa capacité à entrelacer les intrigues secondaires avec le fil principal. 

 

L’histoire de Bianca trouve une conclusion, celle d’Enid continue de se développer, et le danger autour d’Isaac reste suspendu au-dessus de la famille Addams. Ce rythme plus mesuré prépare le terrain pour un final chargé de questions : qui sera la victime annoncée ? Quelle sera l’issue pour Enid lors de la pleine lune ? Et surtout, jusqu’où Isaac est-il prêt à aller avec Pugsley ? En refermant cet épisode, j’ai eu la sensation d’une pause stratégique dans la saison. Plutôt qu’une simple diversion, il s’agit d’une respiration nécessaire, un recentrage sur des enjeux humains avant la dernière montée dramatique. 

 

Si le duel final s’annonce sanglant et décisif, cet épisode 7 aura au moins permis de rappeler que, derrière les complots et les menaces surnaturelles, ce sont les choix individuels — parfois douloureux — qui façonnent réellement le destin des personnages. Et comment ne pas aimer un épisode avec un titre inédit de Lady Gaga. En l’occurence « The Dead Dance » lors d’une danse amusante dans la dernière partie de l’épisode. Le clip de cette chanson de Lady Gaga a d’ailleurs été réalisé par Tim Burton et est disponible sur Youtube.

 

Note : 7/10. En bref, “Woe Me the Money” n’a pas l’énergie débordante de l’épisode précédent, mais il apporte un équilibre différent. Le rythme plus mesuré prépare le terrain pour un final chargé de questions.

Disponible sur Netflix

 

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