Critique Ciné : Shaman (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Shaman (2025, direct to SVOD)

Shaman // De Antonio Negret. Avec Sara Canning, Daniel Gillies et Jett Klyne.

 

J’attendais Shaman avec une certaine curiosité. Le titre laissait imaginer un film de folk horror (l’un de mes sous-genre préféré dans le cinéma d’horreur), peut-être une incursion mystique dans les traditions andines, quelque chose de différent des sempiternels exorcismes hollywoodiens. Mais dès que l’histoire se met en place, l’illusion s’effondre : ce n’est rien d’autre qu’un nouveau film de possession, formaté et sans grande surprise. Le film, réalisé par Antonio Negret et écrit par Daniel Negret, se déroule dans un village reculé d’Équateur, au pied d’un volcan. Un cadre idéal pour un récit où l’invisible et le mystique se télescopent. Mais ce qui aurait pu nourrir une atmosphère unique se réduit à un simple arrière-plan.

 

Une missionnaire convertissant une communauté indigène dans un volcan reculé d'Équateur doit affronter sa propre foi lorsque son fils est possédé par des forces obscures.

 

L’intrigue suit une famille de missionnaires américains : Candice (Sara Canning), Joel (Daniel Gillies) et leur fils Elliot (Jett Klyne). Le quotidien entre catéchisme, repas partagés et tâches d’église bascule lorsqu’Elliot, malgré les avertissements de ses camarades locaux, explore une grotte interdite. À son retour, l’enfant n’est plus tout à fait lui-même. Le spectateur comprend vite qu’il s’agit d’une possession, mais le film traîne avant de l’assumer pleinement. Difficile de s’investir émotionnellement quand les personnages paraissent si peu travaillés. Elliot est censé être l’innocence corrompue par une force obscure, mais son interprétation reste mécanique. Candice, la mère, oscille entre la peur et la foi vacillante, mais son jeu manque de nuances pour emporter l’adhésion. 

 

Quant au père, asthmatique au point de transformer son inhalateur en doudou, il finit par devenir plus irritant que vulnérable. Le paradoxe est frappant : ce sont les acteurs secondaires, notamment les interprètes latinos, qui paraissent plus crédibles et habités, alors qu’ils ne sont pas au centre du récit. Ce déséquilibre pèse sur l’ensemble du film, car l’histoire aurait pu gagner en intensité si les personnages principaux avaient été mieux incarnés. Comme souvent dans ce genre de production, Shaman abuse des jump scares. Bruits soudains, apparitions furtives, gros plans accompagnés d’explosions sonores… La mécanique est connue, et elle lasse rapidement. 

 

Le problème n’est pas tant l’utilisation de ces effets, mais leur absence de progression. Tout est donné trop tôt, trop fort, sans crescendo. Résultat : aucune vraie peur, juste des sursauts forcés. Le maquillage et les effets spéciaux ne sauvent pas la mise. Veines noires, yeux vitreux, sang qui coule des orifices… du déjà-vu à chaque minute. Dans un film de possession, l’horreur devrait surgir du malaise, de la suggestion, pas de clichés recyclés. Le scénario met une éternité à se mettre en place. Pendant la première moitié du film, tout semble en suspens. L’ambiance s’installe, mais sans réelle tension dramatique. Le spectateur attend une montée en puissance qui n’arrive pas. 

 

La lenteur n’est pas un défaut en soi, mais encore faut-il qu’elle serve une atmosphère ou un propos. Ici, elle donne surtout l’impression de remplir le temps. Quand les choses s’accélèrent enfin, le film bascule dans une accumulation de scènes attendues. Le rituel, les incantations, les convulsions, la confrontation entre foi chrétienne et croyances locales… Rien ne parvient à surprendre. Shaman aurait pu proposer une réflexion intéressante sur la rencontre des religions. Les missionnaires, persuadés de détenir la vérité, se heurtent à une communauté qui suit d’autres traditions. Le récit suggère que face au mal, aucune foi ne détient l’exclusivité des solutions. L’idée est séduisante, mais elle reste esquissée de façon trop superficielle.

 

Le film hésite entre critique du colonialisme religieux et célébration de la foi, sans jamais trouver une ligne claire. Cette indécision affaiblit le propos et finit par donner une impression de maladresse, voire de maladresse tonale. Antonio Negret, plus habitué aux séries qu’au grand écran, peine à donner une identité visuelle forte à Shaman. La réalisation rappelle souvent celle d’un téléfilm : cadrages convenus, montage plat, absence de souffle. Même les paysages de montagne, pourtant magnifiques, paraissent sous-exploités. On devine qu’il y avait là de quoi créer une ambiance hypnotique, mais la caméra se contente d’illustrer au lieu de raconter.

 

À certains moments, j’ai eu la sensation de regarder un épisode trop long d’une série fantastique plutôt qu’un film pensé pour le cinéma. Ce qui frustre le plus, c’est le potentiel gâché. L’idée de mêler horreur de possession et confrontation culturelle aurait pu offrir une œuvre originale. Le décor naturel d’Équateur avait de quoi se distinguer du cadre habituel des films du genre. Mais entre des dialogues plats, des personnages mal écrits et une mise en scène sans relief, Shaman ne parvient jamais à s’élever. Il y a quelques surprises çà et là, quelques moments où l’atmosphère semble vouloir s’installer, mais ils disparaissent aussitôt dans la banalité. Même les scènes censées être choquantes ou marquantes s’oublient sitôt vues.

 

À la question : faut-il voir Shaman ? ma réponse est simple. Pour les amateurs de films de possession, il ne s’agit que d’une variation supplémentaire, sans rien de mémorable. Pour les curieux qui espéraient découvrir un film de folk horror ancré dans les Andes, la déception sera grande. Ce n’est pas un film catastrophique, mais c’est une œuvre médiocre, oubliable, qui ressemble trop à ce qu’on a déjà vu des dizaines de fois. J’aurais aimé que Daniel et Antonio Negret osent davantage, qu’ils exploitent vraiment le mélange des cultures et la beauté des paysages, plutôt que de céder aux automatismes du genre. A la fin du film, je n’avais qu’une pensée : si j’avais su, j’aurais passé mon chemin.

 

Note : 4/10. En bref, pas un film catastrophique, mais une œuvre médiocre, oubliable, qui ressemble trop à ce qu’on a déjà vu des dizaines de fois.

Prochainement en France en SVOD

 

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