20 Septembre 2025
Swiped // De Rachel Goldenberg. Avec Lily James, Ben Schnetzer et Myha'la Herrold.
Swiped, disponible sur Disney+, ressemble à une commande marketing bien huilée plus qu’à un film artistique. Annoncé comme le grand biopic sur Whitney Wolfe Herd, fondatrice de Bumble et ex-employée de Tinder, le film se présente comme une plongée dans l’univers des applications de rencontres et de la misogynie ambiante dans la tech. En réalité, il ressemble davantage à une publicité géante pour Bumble, saupoudrée d’un vernis féministe qui peine à convaincre. Le film raconte le parcours de Whitney Wolfe Herd, interprétée par Lily James, qui passe de jeune employée chez Tinder à patronne adulée de Bumble, première application de rencontres centrée sur l’initiative féminine.
Récemment diplômée de l'université, Whitney Wolfe fait preuve d'une détermination et d'une ingéniosité sans égales pour percer dans le secteur de la tech largement dominé par les hommes. Son instinct et son talent seront à l’origine d’une application de rencontres innovante et mondialement reconnue (deux, en fait), lui ouvrant ainsi la voie vers le titre de « plus jeune femme milliardaire autodidacte ».
Sur le papier, l’histoire avait de quoi captiver : une femme qui affronte sexisme, harcèlement et trahisons pour imposer sa vision dans un milieu largement dominé par des hommes. Dans les faits, la mise en scène déroule une success story prévisible, avec tous les clichés habituels du genre. Pitch typique : au départ, Whitney arrive avec son idée un peu naïve de connecter les gens. Elle rencontre scepticisme, moqueries et refus. Puis, petit à petit, grâce à sa persévérance et son génie marketing (beaucoup répété, rarement démontré à l’écran), elle transforme les rejets en triomphe. Voilà la trajectoire classique des films corporate récents, à la manière de Air, BlackBerry ou Tetris.
Sauf qu’ici, l’intrigue manque de mordant et se contente d’un récit lisse, où chaque obstacle est réglé en quelques scènes sans réelle tension dramatique. Ce qui empêche Swiped de sombrer totalement, c’est Lily James. L’actrice se glisse dans la peau de Whitney Wolfe Herd avec une énergie convaincante. Elle réussit à mêler fragilité et détermination, rendant crédible une héroïne qui lutte pour trouver sa place tout en encaissant coups bas et humiliations. Le problème, c’est que le scénario ne lui donne pas grand-chose à travailler : dialogues creux, scènes convenues, discours d’entreprise recyclés. L’interprétation dépasse donc largement le matériau de base.
Dan Stevens amuse en milliardaire russe excentrique, Myha’la apporte un peu de relief dans le rôle de Tisha, l’amie critique, et Jackson White joue un compagnon toxique avec une efficacité glaçante. Mais malgré ces efforts, les personnages secondaires restent enfermés dans des archétypes. Swiped tente de jongler entre deux registres : la dénonciation des comportements toxiques dans le milieu de la tech et l’hagiographie d’une entrepreneuse devenue milliardaire. Résultat : l’équilibre ne fonctionne pas. Quand le film effleure la réalité sordide des procès internes, du harcèlement et des trahisons, il retrouve un peu de force. Mais ces moments restent vite étouffés par le ton lisse et célébratoire, comme si le script avait peur de froisser l’image de marque de Bumble.
C’est là que le film déçoit le plus. L’histoire de Whitney Wolfe Herd pouvait offrir un miroir passionnant sur les dérives des applications de rencontres : solitude exploitée, superficialité encouragée, rapports de pouvoir exacerbés. Au lieu de ça, Swiped s’évertue à glorifier la victoire de son héroïne dans le système, sans jamais remettre en question le système lui-même. Le problème de fond, c’est que le film ressemble trop à une brochure promotionnelle. Les scènes de brainstorming sur le nom Tinder, les pitchs façon “grande révélation”, les dialogues où tout sonne comme un slogan… tout respire la communication plus que le cinéma. Même la musique et les décors participent à ce vernis propre et aseptisé.
Il y avait pourtant matière à un vrai thriller social, un peu à la manière de The Social Network, qui n’avait pas peur de montrer les aspects toxiques de son sujet. Ici, le spectateur assiste à une version édulcorée, où les contradictions sont lissées et où l’ascension fulgurante prend des allures de conte moral. Le film passe complètement à côté de questions essentielles. Qu’est-ce que ces applis ont changé dans nos vies sentimentales ? Comment transforment-elles notre rapport au désir, à la rencontre, à l’amour ? Comment la logique marchande s’est glissée dans les relations intimes ? Autant de sujets passionnants, mais laissés de côté.
Même le message féministe paraît bancal : Whitney ne devient pas un modèle de résistance, mais plutôt un exemple de réussite individuelle dans un système qui, lui, reste inchangé. Le film célèbre une victoire personnelle sans jamais s’attarder sur les inégalités structurelles. Côté réalisation, Rachel Lee Goldenberg assure le strict nécessaire. L’image est propre, les transitions fluides, le rythme correct. Mais rien ne détonne. Aucune séquence marquante, aucune audace visuelle, aucun vrai choix de mise en scène qui viendrait appuyer les zones d’ombre de l’histoire. Tout est calibré pour plaire, pas pour déranger.
Swiped se regarde sans difficulté, mais laisse surtout un arrière-goût de produit formaté. Lily James mérite des félicitations pour avoir porté le film à bout de bras, mais son jeu ne suffit pas à compenser le manque d’originalité et de profondeur du scénario. Au final, ce biopic ressemble davantage à une publicité déguisée pour Bumble qu’à une réflexion honnête sur les applications de rencontres et sur la place des femmes dans la tech. Pour ceux qui espéraient une fresque du niveau de The Social Network, la déception est grande. Pour les autres, cela restera un divertissement anodin, vite oublié après le générique.
Note : 5/10. En bref, Swiped se regarde sans difficulté, mais laisse surtout un arrière-goût de produit formaté.
Sorti le 19 septembre 2025 directement sur Disney+
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