21 Septembre 2025
La série turque Platonic (2025), connue dans sa version originale sous le titre Platonik: Mavi Dolunay Otel, est arrivée sur Netflix avec la promesse d’une histoire qui mêle humour, romance et dynamiques familiales. Composée de huit épisodes d’environ quarante-cinq minutes chacun, elle place ses personnages dans un décor pittoresque tout en s’aventurant dans des registres parfois contradictoires. L’histoire repose sur un point de départ très simple. Un hôtel de charme, tenu par une mère, Nezahat, et ses deux filles, devient le théâtre d’un affrontement sentimental. La tranquillité relative de cet endroit est perturbée par l’arrivée de Kaan, un homme séduisant qui prétend séjourner par hasard dans ce lieu.
Un homme d'affaires s'installe dans un petit hôtel sous une fausse identité et fascine les filles de la propriétaire : l'une voit en lui son âme sœur, l'autre son destin.
Son vrai projet est pourtant bien différent puisqu’il cherche à convaincre la propriétaire de céder l’établissement. Derrière ce scénario, qui aurait pu s’inscrire dans une comédie romantique classique, se dessinent des tensions beaucoup plus intimes. Les deux filles de Nezahat, Gülten et Nedret, représentent des visions opposées de la féminité contemporaine. Gülten, interprétée par Gupse Özay, vit dans l’angoisse permanente de l’image qu’elle renvoie. Elle s’inquiète de vieillir, d’être moins désirable et tente de compenser par des artifices qui la rendent parfois ridicule. Certaines scènes la montrent inventant un compagnon imaginaire aux épaules larges, histoire de se rassurer et de sauver la face devant ses connaissances.
Ce portrait, oscillant entre comique et désespoir, met en lumière une femme qui se débat avec les injonctions sociales. À l’opposé, Nedret, jouée par Öykü Karayel, a choisi une voie spirituelle. Elle cherche un sens à travers les énergies, les croyances ésotériques et les discours d’un monde parallèle. Elle n’affiche pas la même insécurité que sa sœur, mais se perd dans des quêtes intangibles qui la détachent du réel. Son attitude traduit une autre forme d’illusion, moins matérielle mais tout aussi fragile. Les scènes où elle dialogue avec des figures marginales ou se laisse convaincre par des idées improbables soulignent cette déconnexion.
Leur rivalité pour attirer l’attention de Kaan est le fil rouge de la saison, mais le personnage de Kerem Bürsin n’existe finalement que comme catalyseur. Plus que l’homme lui-même, c’est ce qu’il provoque chez ces deux femmes qui nourrit l’histoire. Kaan est charmant, sûr de lui, mais réduit à un rôle de miroir. Il reflète les failles, les désirs et les contradictions des sœurs plutôt qu’il ne développe une véritable trajectoire. La mise en scène adopte par moments un format semi-documentaire. Les personnages se confient face caméra, comme dans une interview, ce qui permet de saisir leurs pensées intimes et leurs motivations cachées.
Ce procédé apporte un supplément d’explication mais il casse aussi le rythme, car la narration semble parfois hésiter entre une comédie de situation traditionnelle et une parodie plus assumée. Certains épisodes tirent profit de ce dispositif, d’autres paraissent déséquilibrés, comme si la série n’assumait pas totalement son identité. En avançant dans la saison, j’ai été frappé par l’accumulation de registres. La romance et la rivalité familiale se doublent d’éléments inattendus, parfois absurdes, qui brouillent les frontières. Des personnages secondaires évoquent des complots, des portails mystiques ou se lancent dans des comportements extravagants qui détournent l’attention de l’intrigue principale.
Ces digressions donnent un ton décalé, mais elles s’intègrent mal et produisent souvent un sentiment de confusion. L’humour, censé naître de ces excès, devient gênant lorsqu’il franchit certaines limites, comme lors de scènes où les réactions outrancières suscitent plus de malaise que de rires. Le rythme illustre une autre difficulté. Le premier épisode installe rapidement la situation et accroche grâce à l’arrivée de Kaan et aux tensions qu’il suscite. Mais le cœur de la saison se perd dans une répétition de situations semblables. Les épisodes intermédiaires semblent remplir un cahier des charges plus que développer une intrigue. Le spectateur assiste à des variations d’un même schéma sans réelle évolution.
Puis, dans les derniers épisodes, tout s’accélère. Les retournements s’enchaînent à un tel rythme que le dénouement paraît précipité et laisse un arrière-goût d’inachevé. Ce déséquilibre, qui passe d’un démarrage efficace à un milieu languissant puis à une fin expédiée, nuit à l’expérience globale. Visuellement, la série bénéficie pourtant d’atouts. L’hôtel et ses environs offrent un décor lumineux et coloré qui reflète l’ambiance méditerranéenne d’Alaçatı. Les costumes mettent en évidence la différence entre Gülten, soucieuse d’apparence, et Nedret, plus détachée des codes esthétiques.
Ces choix donnent une cohérence visuelle et rendent le visionnage plaisant même lorsque le scénario s’essouffle. En ce qui concerne le jeu des acteurs, la différence est nette. Gupse Özay et Öykü Karayel portent la série à bout de bras. Leur duo fonctionne grâce à une sincérité dans l’excès, qui rend crédibles des comportements parfois absurdes. Leur énergie et leur investissement sauvent des scènes qui, sur le papier, auraient pu sombrer dans le ridicule. Kerem Bürsin, en revanche, peine à trouver le même équilibre. Sa prestation accentue le côté caricatural de son personnage.
Il est censé incarner l’homme idéal qui trouble tout un microcosme, mais son jeu manque de nuance et renforce l’impression que Kaan n’est pas le centre de l’histoire, malgré son rôle supposément clé. Ce qui reste en mémoire après cette saison, ce sont surtout les thèmes abordés en filigrane. La série effleure la question de la pression sociale sur l’apparence féminine, la recherche de sens par la spiritualité, la difficulté de trouver une place affective à l’âge adulte et l’attachement à un héritage familial menacé par la logique marchande. Ces pistes sont intéressantes, mais elles ne sont jamais explorées à fond. Les scénaristes préfèrent accumuler les situations absurdes plutôt que de creuser ces sujets.
J’aurais aimé que la série prenne davantage le temps d’approfondir ces dilemmes, car ils offraient un matériau riche pour une comédie dramatique plus solide. Mon ressenti à la fin de la saison est donc mitigé. J’étais curieux de découvrir ce projet, notamment grâce à la présence de Gupse Özay, connue pour son sens de l’écriture et sa capacité à mêler humour et observation sociale. Après huit épisodes, je reconnais l’effort de mise en place et la sincérité des interprètes, mais je reste déçu par le manque de cohérence. J’ai alterné entre moments d’amusement et instants de malaise, sans jamais trouver un fil conducteur suffisamment fort pour maintenir mon attention de bout en bout.
En conclusion, Platonic (2025) est une série qui reflète bien les paradoxes des productions de l’ère du streaming. Elle attire par son décor, son casting et son énergie initiale, mais elle se perd dans une accumulation de genres et de registres qui brouillent son identité. J’ai trouvé intéressant de voir deux portraits de femmes en quête de reconnaissance et d’amour, mais j’ai regretté que l’histoire s’égare dans des excès qui noient ce potentiel. Si une deuxième saison devait voir le jour, il serait souhaitable qu’elle se concentre sur cette dynamique sororale, qu’elle réduise les digressions inutiles et qu’elle privilégie une progression plus claire. Ce serait l’occasion de donner à ce récit une profondeur que cette première saison n’a fait qu’effleurer.
Note : 4/10. En bref, Platonic (2025) est une série qui reflète bien les paradoxes des productions de l’ère du streaming. Elle attire par son décor, son casting et son énergie initiale, mais elle se perd dans une accumulation de genres et de registres qui brouillent son identité.
Disponible sur Netflix
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