Chad Powers (Saison 1, épisodes 1 et 2) : curiosité attachante et drôle

Chad Powers (Saison 1, épisodes 1 et 2) : curiosité attachante et drôle

Quand une nouvelle série débarque avec un concept qui flirte entre la comédie absurde et la satire du sport américain, je suis souvent partagé. D’un côté, la curiosité m’attire ; de l’autre, j’ai parfois peur de tomber dans un humour forcé qui ne laisse pas de place à autre chose. Avec Chad Powers, la nouvelle création portée par Glen Powell, j’ai eu ce dilemme dès le lancement. Après avoir vu les deux premiers épisodes, intitulés sobrement “1st Quarter” et “2nd Quarter”, j’ai une idée plus claire : ce n’est pas une série qui cherche à révolutionner quoi que ce soit, mais elle installe un univers suffisamment singulier pour donner envie de suivre l’évolution de son héros improbable.

 

Un quarterback prometteur voit sa carrière stopper net suite à un mauvais comportement. Il devient alors le talentueux et affable Chad Powers et intègre une équipe de football en difficulté.

La série s’ouvre sur Russ Holliday, un quarterback universitaire adulé, dont la carrière bascule en un instant. Sur le terrain, une erreur monumentale lui coûte un match décisif, et, dans la foulée, une réaction incontrôlée ruine son image publique. En l’espace de quelques minutes, ce sportif idolâtré devient la caricature de l’athlète déchu : arrogant, égoïste, prisonnier de sa propre légende. Ce qui frappe dès le début, c’est le portrait peu flatteur du personnage principal. Russ n’a rien du héros classique auquel il serait facile de s’attacher. C’est justement ce décalage qui crée l’intérêt : comment quelqu’un d’aussi antipathique peut-il servir de moteur à une comédie ? 

 

La réponse arrive rapidement, quand Russ, en quête de rédemption, décide de se créer une nouvelle identité : Chad Powers. L’idée de départ prête à sourire : Russ, grâce au métier de maquilleur de son père, se grime maladroitement en “nouveau joueur” pour intégrer l’équipe universitaire de South Georgia. Le masque en latex, la perruque, l’accent exagéré : tout respire le bricolage. Mais c’est justement dans cette maladresse que réside le ressort comique. À chaque interaction, la supercherie semble prête à s’écrouler. Russ n’a pas pensé à inventer une biographie crédible pour Chad, il improvise en permanence et accumule les incohérences. 

Il se débat avec sa perruque pendant les entraînements, invente des excuses improbables pour justifier l’absence de documents officiels, et s’enfonce dans des explications de plus en plus absurdes. Tout repose sur un fil fragile, et c’est ce déséquilibre permanent qui entretient l’intérêt du spectateur. Ce qui me frappe, ce n’est pas seulement l’humour burlesque, mais la manière dont il révèle la fragilité de Russ. Derrière l’arrogance et les fanfaronnades, il y a un homme qui ne sait plus qui il est sans le sport. Sa carrière s’est effondrée, son image publique est détruite, et il n’a plus rien d’autre à quoi se raccrocher. En inventant Chad Powers, il ne crée pas seulement un déguisement : il se construit une planche de salut, aussi ridicule soit-elle.

 

Un moment m’a particulièrement marqué : Russ, sous l’identité de Chad, observe des cerfs au loin. L’émerveillement sincère qui traverse son regard tranche avec son comportement habituel. La scène se termine sur une réplique grotesque, mais la fissure est là. On devine une faille émotionnelle qui pourrait devenir le vrai fil rouge de la série. Évidemment, Russ/Chad ne peut pas porter toute la série à lui seul. Les premiers épisodes introduisent des personnages secondaires qui, pour l’instant, servent surtout à cadrer son imposture. Coach Hudson, incarné par Steve Zahn, incarne le pragmatisme. Il croit suffisamment au potentiel de Chad pour lui donner une chance, tout en gardant une distance méfiante.

Ricky, la fille du coach, ancienne athlète, commence à développer un lien avec Russ/Chad. Cette relation naissante apporte un souffle un peu plus intime et pose déjà la question : combien de temps Russ pourra-t-il cacher sa véritable identité ? Danny, la mascotte de l’équipe, devient complice malgré lui de la supercherie. Il est à la fois témoin et caution du ridicule de Russ, mais son rôle reste encore assez limité. Ces personnages ne sont pas encore pleinement développés, mais ils esquissent des dynamiques intéressantes. En particulier la relation entre Hudson et Ricky, qui semble cacher une profondeur familiale que la série pourrait explorer davantage.

 

L’humour de Chad Powers ne cherche pas la finesse. Les gags reposent sur la perruque qui glisse, les excuses inventées à la va-vite, ou encore les improvisations absurdes de Russ. Parfois, la série pousse la provocation un peu trop loin, avec certaines répliques qui tombent à plat ou qui paraissent de mauvais goût. Mais, la plupart du temps, l’équilibre fonctionne : le rire naît autant du ridicule de la situation que du désespoir de celui qui la vit. Ce mélange de maladresse et de satire sportive évoque par moments d’autres comédies centrées sur des athlètes dépassés par leur propre ego. Toutefois, Chad Powers garde une singularité : elle assume pleinement l’absurde, sans chercher à justifier l’impossible.

Derrière les gags, il y a une critique assez claire du système sportif américain. Russ symbolise l’athlète façonné par la gloire et détruit par un faux pas. Sa chute illustre la brutalité d’un environnement où une erreur suffit pour passer du statut d’idole à celui de paria. L’arrivée de Chad Powers dans l’équipe des Catfish met aussi en lumière les attentes irréalistes qui pèsent sur les joueurs. Peu importe que son histoire ne tienne pas debout : tant qu’il peut courir et lancer le ballon, certains sont prêts à croire en lui. Cette dimension satirique donne un peu plus de poids à la série, même si elle reste avant tout une comédie.

  1.  

Pour l’instant, les deux approches cohabitent, et c’est ce mélange qui rend la série intéressante. Elle n’est pas construite pour être réaliste, mais elle parvient à faire sourire tout en suscitant un minimum d’attachement pour un personnage qui, sur le papier, n’a rien de sympathique. Derrière les blagues, la série soulève une interrogation pertinente : dans un monde où tout est enregistré, comment réinventer son identité ? Russ pense pouvoir redevenir quelqu’un d’autre avec un simple masque et une perruque. Mais le passé finit toujours par refaire surface. Cette tension entre fuite et vérité pourrait bien être le cœur émotionnel de Chad Powers.

En tant que spectateur, je ne peux pas dire que les deux premiers épisodes m’ont bouleversé, mais ils ont piqué ma curiosité. Le ton est volontairement léger, parfois maladroit, mais jamais prétentieux. Glen Powell s’amuse visiblement dans ce double rôle, et son énergie suffit à maintenir l’attention. Je ne vois pas encore où la série veut vraiment aller, mais je trouve l’idée assez fraîche pour donner envie de poursuivre. Le potentiel est là, que ce soit pour accentuer la comédie absurde ou pour développer un vrai récit de rédemption. Chad Powers n’est pas une série qui cherche à plaire à tout le monde. Ceux qui n’accrochent pas à l’humour un peu forcé des premiers épisodes risquent de décrocher rapidement. 

 

Mais pour ma part, j’y vois une curiosité attachante, une comédie qui cache, derrière ses gags, une réflexion sur la difficulté de se reconstruire quand tout semble perdu. Je continuerai donc la saison, avec l’envie de voir si Russ Holliday, derrière son masque de Chad Powers, peut réellement retrouver une place – dans le sport, mais surtout dans sa propre vie.

 

Note : 6.5/10. En bref, Chad Powers raconte la tentative maladroite et comique d’un ancien quarterback déchu, Russ Holliday, qui se déguise pour relancer sa carrière, tout en révélant peu à peu ses failles humaines derrière le masque.

Disponible sur Disney+

 

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