24 Octobre 2025
Après Red Alert, diffusée sur Paramount+ à l'international, la télévision israélienne revient avec une nouvelle mini-série consacrée aux attaques du 7 octobre 2023 : One Day in October. Produite par Yes Studios et diffusée à l’international via HBO Max, la série s’inscrit dans une même volonté de raconter l’événement au plus près de ceux qui l’ont vécu. Mais contrairement à son aînée, cette anthologie de sept épisodes choisit une approche plus fragmentée, plus intime, qui cherche moins à documenter l’histoire qu’à en transmettre l’expérience humaine. Ce choix donne à la série un ton particulier, oscillant entre le drame individuel et la reconstitution quasi documentaire.
Série d’anthologie basée sur des histoires vraies liées à l’attaque menée par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023. Chaque épisode se concentre sur des survivants ou des témoins ordinaires confrontés à l’horreur...
Ce qui frappe, c’est la manière dont chaque épisode s’attache à une situation précise, souvent minuscule dans son décor, mais immense dans sa portée émotionnelle. Les deux premiers épisodes laissent une impression mitigée (le premier épisode est d’ailleurs extrêmement mauvais) . Leur rythme lent, leur focalisation sur des personnages enfermés dans la peur sans réelle possibilité d’action, créent un sentiment de distance. Le spectateur assiste, impuissant, à des scènes d’attente où la tension peine à se transformer en émotion. L’épisode centré sur deux jeunes femmes réfugiées dans des toilettes portables, par exemple, illustre cette limite : la situation est étouffante, mais la mise en scène peine à dépasser l’exercice de style.
L’intention est claire : montrer la paralysie, la terreur figée, ce moment suspendu où la survie devient une question de silence. Mais l’exécution ne parvient pas toujours à rendre cette immobilité captivante. Le risque d’une narration confinée sans véritable progression dramatique apparaît très vite. La série trouve sa véritable force à partir du troisième épisode, celui consacré à une équipe de secouristes pris au piège dans le chaos. C’est là que la réalisation prend tout son sens. Le rythme devient plus organique, la tension plus lisible. Le spectateur suit ces personnages dans leur improvisation, leur humanité, leur capacité à agir malgré la peur.
C’est aussi dans cet épisode que One Day in October commence à trouver sa cohérence. Le ton se précise : il ne s’agit pas de raconter l’attaque dans sa globalité, mais d’en explorer les fragments, les traces, les réactions immédiates. Chaque épisode est un éclat de réalité, une pièce du puzzle émotionnel de cette journée. Conçue comme une anthologie, la mini-série multiplie les points de vue : civils, soldats, otages, parents, enfants. Ce choix de narration éclatée donne une impression de mosaïque. Plutôt qu’une chronologie, One Day in October propose une géographie du désastre.
Chaque lieu devient un microcosme : un festival de musique, une maison isolée, un refuge souterrain, une ambulance en mouvement. Ce morcellement fonctionne à la fois comme un miroir de la confusion vécue ce jour-là et comme une stratégie d’écriture. Plutôt que d’imposer un récit unique, la série laisse la place à plusieurs vérités, parfois contradictoires. Cette pluralité crée une richesse dramatique réelle, même si elle se fait au prix d’une certaine cohérence globale. L’un des choix les plus forts de la série est de clore chaque épisode par la rencontre entre les acteurs et les véritables survivants qu’ils incarnent.
Ce dispositif, simple et frontal, vient rappeler que la fiction repose sur des expériences bien réelles. Cette rupture du cadre dramatique agit comme une secousse : elle empêche la distance confortable du spectateur et redonne leur poids aux visages, aux voix, aux gestes. Ce moment de vérité est aussi ce qui distingue One Day in October d’une fiction pure. La série se positionne comme un espace intermédiaire entre témoignage et création. Le geste artistique ne cherche pas à embellir la douleur, mais à lui donner forme pour qu’elle puisse être entendue. Tous les épisodes ne se valent pas.
Certains peinent à maintenir l’intensité ou à dépasser la simple reconstitution. D’autres, en revanche, trouvent un ton juste, notamment celui centré sur Sabin, une mère qui survit à l’attaque de son moshav et doit ensuite affronter la parole publique. Cet épisode, intitulé My Light, montre comment le traumatisme se poursuit bien après la fin de la violence. Sabin, devenue témoin malgré elle, se retrouve à parler de son expérience devant des étudiants étrangers qui la regardent avec une curiosité distante. La série met ici en lumière le fossé entre ceux qui ont vécu l’événement et ceux qui le perçoivent de l’extérieur.
Ce contraste entre le vécu et le discours, entre la douleur intime et le besoin de la formater pour un auditoire, donne à la série une profondeur inattendue. C’est aussi là qu’elle touche à quelque chose de plus universel : la difficulté de raconter l’inracontable. Visuellement, One Day in October reste sobre. La série ne cherche pas l’esthétisation ni le choc visuel. La photographie, souvent terne, reflète la poussière, la chaleur, la lumière crue de ce jour d’octobre. Certains passages utilisent la caméra à l’épaule ou les gros plans pour renforcer l’immersion, mais sans excès. Le travail sur le son est plus marquant. Les bruits de tirs, les cris, les respirations haletantes, les notifications de téléphone composent une bande sonore qui prend parfois le relais de l’image.
C’est par le son que la peur circule, que la réalité du danger se fait sentir. Dans les meilleurs moments, cette approche crée une tension physique, presque viscérale. La force de One Day in October réside dans sa capacité à naviguer entre le drame et le témoignage. Les épisodes ne cherchent pas la cohérence d’un récit traditionnel, mais plutôt la justesse d’une expérience. Ce choix a ses limites : l’absence de recul historique rend parfois l’ensemble trop immédiat, presque brut. La série parle d’un événement encore à vif, sans perspective, sans analyse. Ce parti pris rend la série à la fois nécessaire et incomplète. Nécessaire, parce qu’elle offre un espace d’écoute à ceux dont la parole reste trop souvent étouffée.
Incomplète, parce qu’elle reste enfermée dans l’instant, incapable d’ouvrir le champ à ce qui dépasse la douleur individuelle. Chaque épisode fonctionne comme une capsule de mémoire. Mais cette mémoire est encore en construction. Il ne s’agit pas d’un hommage figé, ni d’une reconstitution héroïque. C’est une tentative de capturer le présent d’un traumatisme, avant qu’il ne soit absorbé par le récit collectif. Cette approche confère à la série une valeur presque documentaire, mais aussi un certain inconfort. Le spectateur est constamment ramené à la conscience de regarder quelque chose de trop récent, de trop cru pour être digéré.
C’est sans doute ce qui fait la spécificité de One Day in October : une œuvre qui ne cherche pas à apaiser, mais à confronter. Contrairement à ce que certains auraient pu attendre, One Day in October ne prend pas position. Le choix des créateurs a été de rester du côté des victimes, de se concentrer sur les destins individuels plutôt que sur le contexte géopolitique. Ce refus de la contextualisation élargie peut frustrer, surtout pour ceux qui espéraient un regard plus global. Mais il s’agit ici d’un parti pris clair : parler de ce qui a été vécu, pas de ce qui l’explique. Montrer les gestes, les silences, les regards, sans y plaquer un discours.
Cette sobriété narrative évite la récupération émotionnelle, même si elle limite parfois la portée du propos. One Day in October ne cherche pas à divertir. Ce n’est pas une série spectaculaire, ni un drame de prestige. C’est une succession d’histoires humaines filmées avec retenue, parfois avec maladresse, mais toujours avec sincérité. Le format en sept épisodes permet d’aborder différentes dimensions du même jour sans s’attarder sur les grandes causes. La série ne cherche pas à convaincre, mais à transmettre. Elle parle de peur, de perte, de courage, mais aussi de la banalité de l’instant qui bascule. Elle rappelle que derrière chaque chiffre, chaque image d’actualité, il y a des vies suspendues.
One Day in October n’est pas une série facile à regarder. Elle demande du temps, de la disponibilité et une certaine distance émotionnelle pour être pleinement reçue. Certaines parties paraissent maladroites, d’autres plus maîtrisées, mais toutes participent d’une même intention : donner un visage à l’événement, redonner une voix à ceux qui l’ont traversé. L’absence de recul, souvent reprochée aux œuvres sur des drames récents, devient ici un élément constitutif. La série parle depuis la blessure, pas depuis la cicatrice. Elle expose plus qu’elle n’analyse, et c’est peut-être là que réside sa vérité.
Plus équilibrée que Red Alert, même si pas toujours aboutie, One Day in October a le mérite de poser la question essentielle : comment raconter l’horreur quand elle n’appartient pas encore à l’histoire ?
Note : 6/10. En bref, One Day in October est une mini-série ambitieuse mais inégale, qui tente de raconter les attaques du 7 octobre 2023 à travers une mosaïque d’histoires individuelles. Malgré un début laborieux et un manque de recul historique, la série trouve sa force dans l’intime et le témoignage, refusant la posture politique pour privilégier la parole des survivants. Entre fiction et document, elle s’impose moins comme une œuvre de divertissement que comme un acte de mémoire fragile, parfois maladroit mais profondément humain.
Prochainement sur HBO max
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