15 Novembre 2025
A Woman Scorned // De Becca Hirani et Michael Hoad. Avec Megan Purvis, Hannah Pauley et Aaron-Jon North.
Il y a des films qui marquent. Et puis il y a A Woman Scorned, un long-métrage qui réussit l’exploit d’être inoubliable pour toutes les mauvaises raisons. Le genre de film où, dès les dix premières minutes, on comprend que quelque chose cloche, mais on continue par curiosité morbide — un peu comme regarder un gâteau s’effondrer au ralenti. Présenté comme un drame de vengeance intense, le film commence avec deux sœurs venues passer quelques jours dans une maison isolée. Le décor est champêtre, les dialogues minimalistes, et tout semble annoncer un suspense à la You’re Next.
Une femme se venge des hommes qui ont assassiné sa sœur de sang-froid, en les traquant un par un dans un massacre sanglant.
Sauf qu’au lieu de la tension, on a droit à une mise en scène molle, à une intrigue qui s’auto-détruit, et à des choix de réalisation qui laissent penser que personne ne savait vraiment quel film il tournait. L’idée de départ n’était pas mauvaise : une sœur assassinée, l’autre qui décide de rendre justice elle-même. Classique, efficace, éprouvé. Mais ici, le scénario semble avoir été écrit à la va-vite entre deux cafés tièdes. On ne sait rien des personnages, rien de leur passé, et rien ne justifie les décisions qu’ils prennent. Quand le drame survient, le film tente de jouer la carte de l’émotion, mais les réactions sont tellement froides qu’on se demande si les acteurs étaient au courant qu’une scène tragique venait d’avoir lieu.
La protagoniste passe de la stupeur à la machine à tuer sans transition, comme si une simple nuit de sommeil suffisait à transformer une citadine en experte en combat rapproché. À partir de là, le film s’enfonce dans une spirale d’absurdités. Elle élimine un à un des groupes d’hommes armés, sans fatigue, sans peur, sans cohérence. C’est comme si John Wick avait été remplacé par une prof de yoga du dimanche. À un moment, elle neutralise quatre hommes en même temps, avant d’accueillir quatre autres adversaires comme s’il s’agissait d’une livraison Amazon Prime. C’est tellement ridicule qu’on finit par anticiper les combats avec un rire nerveux : “Allez, combien cette fois ? Six ? Huit ? Douze ?”
Chaque affrontement semble tourné sans répétition, sans chorégraphie, et sans la moindre idée de mise en scène. Les coups partent à côté, les cris sont ajoutés après coup, et les doublages de gémissements atteignent des sommets d’exagération. À croire que le monteur a mélangé la bande-son avec celle d’un film d’horreur des années 80. Le son est tellement mal mixé qu’il devient une agression à lui seul : entre les cris doublés à outrance, les musiques d’ambiance plaquées n’importe comment, et les silences involontaires, tout semble bricolé au hasard. La continuité, elle, a été laissée dans un autre projet. Des objets changent de place d’un plan à l’autre, les blessures disparaissent, les vêtements se régénèrent.
On atteint un pic d’absurdité absolue dans une scène d’évasion mémorable : deux méchants enfermés dans une pièce décident d’ouvrir la porte verrouillée… avec un outil trouvé dans un tiroir. À ce stade, difficile de savoir si le réalisateur se moque du spectateur ou de lui-même. C’est du génie involontaire, du nanar à l’état pur. Le pire, c’est que A Woman Scorned commence presque correctement. Les premières minutes laissent croire à un petit drame intimiste : deux sœurs, une relation fragile, un secret à découvrir. Et puis, sans prévenir, tout explose — au sens figuré comme au sens narratif. L’intrigue devient un patchwork d’idées mal collées, un enchaînement de scènes sans lien logique.
Le montage sabote la tension, la lumière change sans raison, et certaines transitions sont si brutales qu’on dirait que des morceaux entiers du film ont disparu au montage. Cerise sur le gâteau : le film révèle sa fin dès la scène d’ouverture. Oui, la fin. Comme ça, plus de suspense, plus de mystère. C’est un peu comme regarder un polar après qu’on vous ait lu la dernière page. Un choix artistique ? Non, juste un aveu d’échec. Impossible de passer à côté du jeu des acteurs. La plupart semblent réciter leur texte comme s’ils découvraient le scénario au moment de tourner. La comédienne principale, censée incarner la rage et la douleur, oscille entre le regard vide et le cri mécanique.
Sa vengeance manque d’âme, de chair, de tout ce qui fait un personnage crédible. Les seconds rôles ne font pas mieux. Certains entrent dans le cadre pour mourir vingt secondes plus tard, d’autres gesticulent comme dans une pub de self-défense. On sent l’énergie du tournage à petit budget, mais même ça ne suffit pas à excuser le manque de direction. Le réalisateur semble absent, comme s’il avait laissé tourner la caméra en espérant qu’un miracle se produise. Malheureusement, le seul miracle ici, c’est que le film ait trouvé un distributeur. A Woman Scorned prétend parler de vengeance, de justice et de force féminine. En réalité, il ne parle que de confusion.
Ce n’est pas un film de rage, c’est une suite de cris. Ce n’est pas un récit de résilience, c’est un chaos sans but. Même la bande originale semble vouloir fuir le projet, tant elle paraît plaquée au hasard, avec des morceaux qui ne correspondent ni au ton ni à l’action. Le film aurait pu jouer la carte du second degré ou de la série B assumée. Mais non : il se prend terriblement au sérieux, ce qui rend chaque maladresse encore plus visible. Résultat, au lieu de provoquer l’adrénaline, il déclenche des fous rires. Le plus ironique dans tout ça, c’est que A Woman Scorned aurait pu être “tellement mauvais que c’en devient bon”. Mais non, il est juste mauvais. Il flirte avec le nanar sans jamais oser le revendiquer.
À la fin, il ne reste qu’un sentiment : la lassitude. A Woman Scorned est le prototype du film qui veut tout faire — thriller, drame, action — et qui échoue partout. Mal écrit, mal joué, mal monté, mal pensé. Même les rares moments un peu corrects sont noyés dans une avalanche de clichés et d’erreurs techniques. C’est le genre de film qu’on montre entre amis pour rire un peu, ou qu’on garde en fond pendant qu’on plie du linge. Si c’était un épisode de série B des années 80, il passerait encore. Mais sorti en 2025, c’est juste gênant.
Note : 1/10. En bref, un désastre fascinant, à regarder uniquement pour mesurer jusqu’où un film peut se saborder lui-même.
Prochainement en France en SVOD
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