Critique Ciné : Belén (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Belén (2025, Amazon Prime Video)

Belén // De Dolores Fonzi. Avec Dolores Fonzi, Camila Plaate et Laura Paredes.

 

Découvrir Belén, le nouveau film de Dolores Fonzi, revient à plonger dans un morceau d’histoire qui aurait pu rester enfoui dans les archives d’un tribunal de province. Pourtant, ce drame judiciaire transforme un simple dossier en symbole national. Le long-métrage revient sur une affaire qui a secoué l’Argentine au milieu des années 2010 : celle d’une jeune femme de Tucumán, accusée d’un crime qu’elle n’avait pas commis après avoir subi une fausse couche. Ce cas a mis à nu toute une mécanique d’injustices où se mêlent préjugés sociaux, violences institutionnelles et moralisation des corps féminins. 

 

Belén retrace l’histoire bouleversante de Julieta, une jeune femme accusée à tort d’infanticide, et de Soledad Deza, l’avocate intrépide qui prend en charge cette affaire hautement controversée et explosive.

 

Le film démarre dans un hôpital, lieu qui devrait incarner la protection et l’écoute. Ici, il devient le contraire. Julieta — pseudonyme de la véritable Belén, décidée à garder son anonymat — arrive avec une douleur violente et une peur réelle. Elle ne sait pas ce qui lui arrive. Ce que l’on voit, c’est un personnel médical qui se montre plus prompt à juger qu’à soigner. Ces premières minutes suffisent à poser le ton : l’histoire qui suit ne sera pas une simple enquête, mais l’exploration d’un système qui fabrique des coupables avant même d’avoir cherché à comprendre ce qui s’est passé. Très vite, la situation bascule : une découverte dans les toilettes de l’hôpital provoque l’arrivée de la police. 

 

Julieta est menottée à son lit, traitée comme une criminelle. Aucune vérification sérieuse, aucun test permettant d’établir la moindre preuve. La machine judiciaire se met en route avec une inertie effrayante. Les protocoles censés protéger la vérité sont contournés ou ignorés. À partir de là, la jeune femme se retrouve engloutie dans une procédure où sa parole compte moins que son origine sociale. Le film montre parfaitement comment une femme issue d’un milieu populaire devient une cible facile, une silhouette anonyme qu’un système fatigué peut sacrifier sans réfléchir. C’est à ce moment que le récit prend une autre direction : l’entrée en scène de Soledad Deza, avocate spécialisée dans la défense des droits des femmes. 

 

Dolores Fonzi interprète elle-même cette figure déterminante. Son personnage apporte au film toute l’énergie qui manquait à l’environnement gris et oppressant de Julieta. Deza ne se contente pas d’assurer une défense technique ; elle questionne la logique entière qui a conduit à l’incarcération de sa cliente. Belén devient alors un véritable procès de l’institution, et pas seulement celui d’un faux crime. Le film suit pas à pas la reconstruction du dossier. Deza et son équipe analysent les erreurs, démontent les incohérences, cherchent des failles dans les décisions prises trop vite. Ce travail minutieux, souvent perçu comme ingrat, se transforme ici en moteur dramatique. 

 

Les scènes de démarches administratives, de visites en prison ou de préparation d’audience prennent un rythme presque haletant, comme si l’on assistait à une enquête policière inversée. Pas de chasse au suspect : plutôt la tentative de libérer une femme enfermée par négligence et préjugés. Dolores Fonzi filme ce processus avec sobriété, sans chercher l’effet spectaculaire. La précision de sa mise en scène permet de donner de la tension à des moments apparemment banals : une conversation dans un couloir de tribunal, un dossier que l’on ouvre, une hésitation d’avocat. Chaque geste compte, car c’est de ces détails que dépend l’avenir de Julieta. En parallèle, le film montre comment cette affaire dépasse le cadre judiciaire. Au fil des mois, le cas de Belén devient un cri politique. 

 

Des collectifs féministes s’en emparent, les rues se remplissent de foulards verts, couleur devenue emblème de la lutte pour les droits reproductifs en Argentine. C’est là que le film prend une dimension plus large. La colère individuelle se transforme en mobilisation collective. Le récit, pourtant ancré dans un territoire précis, atteint une portée universelle : celle de femmes qui refusent qu’un système les condamne en silence. La relation entre Julieta et Deza sert de colonne vertébrale émotionnelle. Camila Plaate incarne une femme brisée par la peur, mais que l’injustice réveille. Au début, elle se tait, s’efface, subit. Petit à petit, elle reprend de la force, trouve sa voix, s’implique dans sa propre défense. 

 

Ce contraste entre son silence et la détermination de son avocate crée une dynamique forte. Deux façons différentes de résister, mais un même objectif : récupérer une vie confisquée. Le film aborde aussi la pression intime que subit Deza. Sa vie familiale pâtit de ce combat qui lui prend tout son temps. Ces scènes rappellent une réalité encore trop présente : même lorsqu’elles portent des causes cruciales, les femmes restent attendues ailleurs, dans leur foyer. Belén ne s’attarde pas sur cet aspect, mais il ajoute une profondeur humaine au personnage, loin du cliché de l’avocate héroïque. La dernière partie du film prend une ampleur particulière. La lutte judiciaire croise la mobilisation citoyenne. 

 

Les manifestations envahissent l’écran, et la fiction rejoint le réel avec l’utilisation d’images d’archives datant de la légalisation de l’avortement en Argentine, en 2020. Ce choix donne un poids énorme au film. Il ferme une boucle : l’histoire de Julieta n’est pas qu’un drame personnel, elle a contribué à un basculement politique. Cette conclusion ancre définitivement Belén dans le cinéma social contemporain. Le film se place dans la lignée des œuvres qui utilisent le cadre juridique pour raconter des blessures collectives. Pourtant, il garde sa singularité. Il parle d’un pays, d’une affaire précise, mais trouve un écho partout où la criminalisation des corps féminins reste un outil de pouvoir.

 

Note : 7/10. En bref, à travers son rythme, sa sobriété et la force de ses personnages, Belén raconte comment une injustice individuelle peut réveiller un pays tout entier. Ce n’est pas seulement l’histoire d’une femme prise dans un engrenage, mais celle d’une société qui apprend à désobéir. 

Sorti le 14 novembre 2025 directement sur Amazon Prime Video

Belén est le film choisi par l’Argentine pour représenter le pays aux Oscars 2026

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article