Critique Ciné : Certains l'aiment chauve (2025)

Critique Ciné : Certains l'aiment chauve (2025)

Certains l’aiment chauve // De Camille Delamarre. Avec Kev Adams, Michaël Youn et Rayane Bensetti.

 

Il faut croire que la comédie française aime se mettre au défi. Après avoir usé tous les ressorts possibles – familles recomposées, mariages ratés, vacances de luxe et grands adultes coincés dans des cerveaux de collégiens – voilà qu’elle se penche sur la calvitie. Oui, la calvitie. Le sujet avait du potentiel : on pouvait imaginer un film malin, qui explore l’angoisse de l’apparence, la vulnérabilité masculine, ou même un portrait un peu piquant de la virilité moderne en pleine chute libre… capillaire. À la place, Certains l’aiment chauve préfère suivre la ligne la plus simple : un humour lourd, des gags recyclés, et un duo d’acteurs visiblement décidé à tenter le speedrun du surjeu.

 

Zacharie, tout juste trentenaire, file le parfait amour avec Romy. Du jour au lendemain, cette dernière le quitte lorsqu’elle comprend ce que le futur lui réserve : une calvitie précoce. Dans six mois, il sera chauve comme un genou. Pour l’épauler, Il contacte son oncle Joseph qui connait bien le sujet. Au fil de rencontres improbables, de traitements chocs et de stratégies bancales, il va devoir se battre contre son destin !

 

Camille Delamarre, qui s’essaye ici à la comédie après des films d’action pas franchement glorieux, se retrouve aux commandes d’un projet qui aurait eu besoin d’un vrai coiffeur scénaristique. Dès les premières minutes, une voix off surgit comme un pansement mal collé pour expliquer ce que le film ne réussit pas à montrer. Une manière élégante de dire : « Oui, on avait la flemme d’écrire une vraie introduction ». La mise en place ressemble donc à une note de service qui traîne et qu’on enregistre sans conviction. Dans ce joyeux chantier capillaire, Kev Adams incarne Zacharie, jeune homme frappé par une calvitie galopante. Une trajectoire dramatique qui aurait pu être touchante… si Adams ne jouait pas chaque scène comme s’il répétait un sketch refusé par son propre spectacle.

 

Il multiplie les grimaces, force chaque émotion, et finit par provoquer autre chose qu’un rire : de la fatigue. On finit par se demander si la calvitie du personnage n’est pas la métaphore parfaite de sa performance : un effondrement progressif, inévitable, presque gênant à regarder. Face à lui, Michaël Youn joue un oncle rockeur excentrique, version survivant d’un festival qui n’a jamais existé. Si certains attendaient de lui un peu d’énergie pour rattraper le tout, la surprise est maigre : il gueule, il s’agite, il cabotine, et il donne l’impression d’être venu sur le plateau pour retrouver une ambiance Morning Live qu’on n’avait pas demandée. Ça amuse une seconde, parfois deux, mais le soufflé retombe aussitôt.

 

On pourrait penser que l’alchimie entre les deux acteurs compense les failles du script. Mauvaise pioche. Les scènes s’enchaînent comme des clips TikTok mal recollés, sans logique ni progression narrative. On a parfois l’impression que le montage a été géré par un logiciel automatique. Chaque scène tente un gag. Chaque gag tombe. À plat. Très à plat. Un silence de salle de cinéma a rarement semblé aussi long. Même les blagues capillaires – “No peigne no game”, “Mégaveuch” – semblent avoir été écrites sous la menace d’un sèche-cheveux. Le film essaie aussi de raconter une histoire d’amour, parce qu’il fallait bien ajouter un élément déjà vu mille fois. 

 

Mais comme tout est prévisible, on surveille cette romance avec la même passion qu’un fond d’écran Windows. Rien ne surprend, rien ne décolle. L’émotion ne montre jamais le bout de son nez, probablement effrayée par le vacarme général. Visuellement, Certains l’aiment chauve n’arrange rien. Les décors semblent choisis par défaut, les lumières rappellent celles d’un supermarché, et les scènes intérieures manquent d’inventivité. Pas de parti pris, pas de style, pas de rythme. La mise en scène avance comme un shampoing périmé : elle mousse au début, puis s’affaisse. La musique se contente d’accompagner, comme un fond sonore d’ascenseur qui tente de donner un peu de vie à des scènes qui auraient besoin de tout sauf ça. 

 

La bande-son ne transcende rien et ne rattrape pas l’absence d’intensité émotionnelle. Elle remplit le silence, c’est déjà ça. On trouve aussi quelques prothèses “chauves” censées ajouter du réalisme. Mauvaise idée. Ces faux crânes disproportionnés donnent parfois l’impression que les acteurs portent des bouées en latex. Zacharie semble avoir troqué ses cheveux contre une citrouille. On cherche où fixer le regard, et on se rend compte que la réponse est sûrement : ailleurs. Même les messages que le film tente maladroitement d’aborder – la pression sociale, le rapport à l’image, la panique de vieillir – se perdent dans des blagues lourdes. On sent qu’il y avait une envie d’en faire une satire légère, mais la vulgarité omniprésente casse toute nuance. 

 

Des dialogues pleins de gros mots ne suffisent pas à faire rire. On dirait parfois une tentative de prouver que la comédie française peut être “trash”, mais ça ressemble surtout à un aveu : quand l’humour ne fonctionne pas, autant hausser la voix. Il reste Chantal Ladesou, qui passe dire bonjour, pousse deux phrases, repart. Elle fait du Ladesou. Elle n’a rien à défendre, donc elle ne défend rien. Rayane Bensetti apparaît, crie un peu, s’agite, disparaît. À peine relevé, déjà oublié. Ce qui rend tout ça encore plus frustrant, c’est que le sujet avait un véritable potentiel. Faire rire de la calvitie, pourquoi pas ? Explorer l’angoisse qu’elle provoque, pourquoi pas ? Mais encore faut-il dépasser le premier niveau. 

 

Le film se contente de répéter les mêmes gags, comme s’il cochait des cases dans un catalogue de blagues déjà usées. À force de raser trop près, il ne reste plus rien. À la fin, Certains l’aiment chauve laisse l’impression d’un projet qui aurait pu fonctionner avec un scénario solide, une mise en scène un peu audacieuse et un humour moins en pilotage automatique. À la place, c’est une succession de sketchs, de cris, de perruques ratées et de situations qui imitent le comique sans jamais le créer. Certains l’aiment chauve, peut-être. Mais là, la comédie a clairement perdu la tête.

 

Note : 1/10. En bref, Certains l’aiment chauve est une comédie brouillonne, bruyante et paresseuse qui gâche totalement une idée pourtant prometteuse en cumulant gags ratés, surjeu et absence d’inspiration.

Sorti le 16 juillet 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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