Critique Ciné : Dans tes rêves (2025, Netflix)

Critique Ciné : Dans tes rêves (2025, Netflix)

Dans tes rêves // De Erik Benson et Alex Woo. Avec la voix de Jolie Hoang-Rappaport, Elias Janssen et Craig Robinson.

 

Dans tes rêves démarre avec l’ambition d’explorer ce qui se joue dans la tête des enfants quand la réalité vacille un peu trop fort. L’idée d’un frère et d’une sœur plongés dans leurs propres rêves pour comprendre ce qui cloche autour d’eux est riche, mais le film reste étonnamment prudent. En le regardant, j’ai eu l’impression d’être face à une œuvre qui préfère rester dans le confort plutôt que d’assumer pleinement le potentiel émotionnel et visuel que suggère son concept. Le récit suit Stevie, une préadolescente attentive à la moindre fissure dans les relations de ses parents, et Elliot, son petit frère plus insouciant mais bien plus perceptif qu’il n’en a l’air. 

 

Une comédie d'aventures où Stevie et son frère Elliot voyagent par magie dans le monde des rêves avec pour mission de trouver The Sandman, qui leur accordera leur souhait ultime : sauver le mariage de leurs parents.

 

Leur quotidien respire la tension contenue : les silences sont trop longs, les regards trop lourds, les gestes trop mesurés. Le film décrit bien ce moment où une famille se maintient en équilibre sans savoir si elle va tomber ou se stabiliser. Un livre magique vient bouleverser cette situation. Grâce à lui, les enfants peuvent entrer dans leurs rêves en pleine conscience. Ils y rencontrent des créatures étranges, des objets animés et un Sandman censé les aider à “réparer” ce qui ne va plus. L’idée ouvre un champ immense, mais Dans tes rêves n’ose pas s’y perdre. Le film préfère avancer par petites touches, comme s’il avait peur de s’aventurer trop loin dans les zones sombres ou chaotiques que permettent les rêves. 

 

Résultat : le thème de la réparation reste présent, mais timidement effleuré. Stevie et Elliot forment un duo crédible, avec des moments de complicité qui sonnent juste. La grande sœur qui s’impose la responsabilité de tout arranger, le petit frère qui agace autant qu’il rassure… leurs interactions m’ont parfois rappelé ces petits gestes du quotidien qui, sans être spectaculaires, disent tout de l’amour fraternel. Parmi les personnages secondaires, seule la peluche Baloney Tony se démarque vraiment. Avec son air fatigué et sa voix rassurante, il réussit là où d’autres échouent : donner un peu d’âme à ce monde de rêve. Les autres figures – Sandman compris – manquent de nuances. 

 

Chacun semble rempli d’une fonction narrative plutôt que d’une vraie personnalité. L’animation adopte une esthétique semi-réaliste, parfois proche du photoréalisme, parfois très stylisée. Ce mélange donne un résultat surprenant… pas toujours dans le bon sens. Certaines expressions tombent dans l’étrange, certaines textures rendent les personnages un peu figés. L’univers rêvé aurait pu être un terrain de liberté totale, mais il reste très encadré. Pourtant, quelques séquences m’ont marqué. Le monde du petit-déjeuner, par exemple, avec ses objets qui respirent et ses accessoires qui chantent, possède une vraie poésie. La chambre transformée en cathédrale, éclairée comme un sanctuaire où flottent les souvenirs, est très réussie. 

 

Ces moments-là montrent ce que Dans tes rêves pourrait être s’il assumait davantage la folie inhérente à son propos. Ce que le film réussit vraiment, c’est le portrait de Stevie. Cette enfant qui se croit responsable de préserver l’équilibre familial touche par son besoin de maîtriser ce qui lui échappe. Elle cuisine pour adoucir les relations, orchestre de petites “réparations” affectives, et s’épuise à vouloir éviter les disputes. Le film montre bien comment certains enfants endossent un rôle qui ne devrait pas être le leur. Le rêve, ici, ne sert pas à fuir le réel mais à le regarder autrement. Au fur et à mesure de leurs expéditions nocturnes, Stevie apprend que contrôler ses visions ne suffit pas à faire disparaître les problèmes. 

 

Ce qui change, ce n’est pas sa famille, mais sa façon de la comprendre. Cette idée est belle, même si le film la traite de manière assez sage. Il manque ce grain de folie ou cette audace émotionnelle qui aurait permis de creuser un peu plus loin. Impossible de ne pas reconnaître des influences dans Dans tes rêves. Cela n’a rien de gênant en soi, mais ici, l’hommage pèse un peu trop. Le récit suit les codes les plus classiques du film d’aventure onirique : la quête, les énigmes symboliques, les transformations du monde réel… Rien ne déraille, rien ne surprend. Même les moments censés être les plus intenses semblent suivre un manuel. Cette familiarité crée une expérience agréable mais très balisée. 

 

À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression que le film s’arrêtait juste avant de tenter quelque chose de plus audacieux, comme s’il fallait absolument rester dans une zone de confort. C’est dommage, car les bases étaient solides. Je ne qualifierais pas Dans tes rêves de déception totale. Certains passages sont doux, quelques émotions fonctionnent, et la relation fraternelle tient debout. Mais le film manque clairement de caractère. Il s’appuie trop souvent sur des clichés du genre et ne trouve jamais cette identité propre qui lui permettrait de se distinguer. L’aventure se suit sans ennui, mais elle laisse peu de traces. C’est un rêve agréable, pas désagréable à vivre, mais trop sage pour être marquant.

 

Dans tes rêves propose un récit tendre et accessible, porté par un duo crédible et par une idée centrale pleine de potentiel. Mais l’ensemble reste trop sage, trop contrôlé, trop proche de ce qui a déjà été fait ailleurs. Le film aurait tout à gagner à oser davantage, à assumer une identité visuelle moins lisse et une approche émotionnelle plus affirmée. Je garde de cette aventure quelques images, quelques instants sincères… mais aussi ce sentiment persistant que le film aurait pu rêver plus grand.

 

Note : 5/10. En bref, Dans tes rêves propose un récit tendre et accessible, porté par un duo crédible et par une idée centrale pleine de potentiel. Mais l’ensemble reste trop sage, trop contrôlé, trop proche de ce qui a déjà été fait ailleurs. 

Sorti le 14 novembre 2025 directement sur Netflix

 

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