Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 7.

Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 7.

Elsbeth // Saison 3. Episode 7. And Then There Were Nuns.

 

Dans cet épisode 7 de la saison 3 d’Elsbeth, l’enquête nous entraîne dans un décor rarement exploré par la série : un couvent en pleine tourmente même si cela semble être un lieu dont les King sont fans (ils avaient déjà exploité le filon du couvent avec un épisode silencieux de Evil). L’histoire avance dans une atmosphère à la fois feutrée et tendue, et même si l’enveloppe policière fonctionne, plusieurs éléments m’ont laissé sur une impression mitigée. Après les ambiances plus urbaines et bruyantes des épisodes précédents, dont l’intensité dramatique culminait avec le drame du magasin de jouets ou les dérapages du monde médiatique, l’épisode propose une parenthèse plus silencieuse — mais pas plus apaisée. 

 

L’idée de situer l’enquête dans un couvent fonctionne plutôt bien. La série joue sur les codes du huis clos religieux : hiérarchie stricte, silences lourds et secrets prêtés à l’autorité d’une Mère supérieure. Le contraste avec l’exubérance d’Elsbeth est d’ailleurs l’un des fils conducteurs de l’épisode. Plus elle s’agite, plus l’environnement autour d’elle semble vouloir la contenir, comme si sa liberté d’esprit dérangeait plus encore dans ce cadre sacralisé. La construction du meurtre est, elle, étonnante. Le plan reposant sur la cloche du clocher apporte un aspect mécanique et presque rituel au crime. Sur ce point, la série retrouve ce qu’elle sait faire dans ses meilleurs moments : un meurtre simple en apparence, mais réglé comme une horloge et motivé par un enjeu concret plutôt que par une perversité gratuite. 

On retrouve là une logique proche de certains épisodes précédents où la mise en scène du crime disait quelque chose du milieu dans lequel il se déroulait. Le personnage de Mother Constance, interprété ici par une actrice parfaitement à sa place, donne du relief à l’épisode. Son visage impassible, son autorité presque douce, et la conviction qu’elle porte quant au bien-fondé de son acte composent un personnage qui retient l’attention. Elle n’est pas qu’une meurtrière : elle est persuadée qu’elle protège les siens. On avait déjà vu, dans les épisodes précédents, des antagonistes persuadés d’agir pour le bien commun, mais ici, la justification passe par un cadre religieux qui ajoute une tension différente.

 

En revanche, l’épisode met beaucoup trop de temps à se lancer. Les dix premières minutes donnent l’impression d’être un prélude étiré, comme si l’on essayait de dresser un portrait complet du couvent au détriment du rythme. Cette lenteur se remarque d’autant plus que certains épisodes antérieurs, notamment celui autour du politicien ambitieux, s’étaient montrés plus efficaces dans la manière d’installer rapidement l’enjeu du crime. Parmi les personnages secondaires, Sister Darcy ressort comme une figure particulièrement touchante. Sa position d’intermédiaire involontaire, sa culpabilité sincère, et la manière dont elle subit les décisions d’autorité créent une tension émotionnelle qui fonctionne mieux que l’enquête elle-même.

Elle ressemble aux personnages déjà croisés cette saison, qui se retrouvaient malgré eux pris dans la toile des adultes plus puissants qu’eux, mais avec un supplément de fragilité dû au cadre très fermé de sa vie religieuse. C’est aussi à travers elle que l’épisode aborde un thème récurrent dans la série : la manipulation par ceux qui détiennent le pouvoir. Après l’épisode du candidat politique où l’image publique prenait toute la place, après celui où l’industrie du jouet exploitait la vulnérabilité des enfants et des parents, ici, c’est l’institution religieuse qui protège ses intérêts avant ceux des individus. Le comportement d’Elsbeth dans cet épisode continue d’exagérer certains traits qui, jusque-là, étaient plus discrètement dosés.

 

Sa maladresse volontairement comique, ses réactions décalées : ces éléments font partie de son charme, certes, mais la saison semble avoir tendance à les amplifier. On avait déjà noté cela dans l’épisode centré sur le braquage du magasin de jouets, où ses réactions donnaient parfois l’impression de servir la scène plutôt que le personnage. Ici, dans un lieu qui met en avant la discipline et le silence, son exubérance devient presque un ressort scénaristique. Cela peut prêter à sourire, mais cela peut aussi, par moments, sortir un peu trop du cadre et affaiblir la gravité de l’enquête. En arrière-plan, la série poursuit le fil rouge autour d’Alec Bloom.

Ce candidat politique, charismatique en façade, montre à nouveau que quelque chose cloche dans son récit personnel. J’apprécie que la série continue d’avancer par petites touches : l’épisode précédent utilisait déjà quelques signaux pour suggérer que l’image d’Alec n’était peut-être pas si limpide. Ici, les doutes de Teddy prennent de l’ampleur. L’échange entre Teddy et le fameux « Pete » est d’ailleurs l’une des scènes les plus marquantes de l’épisode, parce qu’elle ouvre une brèche dans un arc narratif qui semblait trop lisse. On devine que cette révélation pourrait bouleverser les relations entre Teddy, Marissa et Elsbeth. Et cela fonctionne mieux que les ressorts comiques autour du couvent.

 

Au final, ce septième épisode propose une intrigue singulière, avec un décor fort et un symbole puissant : le clocher qui sonne à la mauvaise minute et déclenche une tragédie. Il possède aussi des personnages secondaires bien dessinés, notamment Sister Darcy, et une Mère supérieure dont le calme apparent cache une détermination sombre. Mais la mise en place trop longue et certains excès dans le jeu comique d’Elsbeth empêchent l’ensemble de se hisser au niveau des épisodes les plus aboutis de la saison. L’épisode s’achève en laissant planer le doute sur Alec Bloom, et c’est peut-être là la pièce la plus solide : le fil rouge avance, les certitudes se fissurent, et la série semble préparer quelque chose de plus vaste.

 

Note : 6/10. En bref, ce mélange entre enquête du jour et tensions en toile de fond reste l’un des aspects que j’apprécie le plus dans cette saison. Un épisode imparfait donc, mais intéressant dans ce qu’il raconte sur les institutions et sur la manière dont Elsbeth continue de chercher l’équilibre entre humour, critique sociale et enquête policière.

Prochainement sur TF1 et TF1+

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