Critique Ciné : Le Gang des Amazones (2025)

Critique Ciné : Le Gang des Amazones (2025)

Le Gang des Amazones // De Melissa Drigeard. Avec Izïa Higelin, Lyna Khoudri et Laura Felpin.

 

Le Gang des Amazones, réalisé par Mélissa Drigeard fait partie de ces films qui n’ont pas besoin d’artifices pour attirer l’attention : un fait divers marquant, un groupe de protagonistes inattendues et un contexte social bien ancré suffisent parfois à capter quelque chose de brut. Pas de glamour, pas de romantisation du crime, pas de héroïnes transformées en icônes de magazine. À la place, un récit ancré dans la réalité, inspiré d’une affaire du début des années 1990, où des jeunes femmes du Vaucluse avaient braqué plusieurs banques. Le film ne cherche pas le spectaculaire. 

 

Au début des années 90, cinq jeunes femmes, amies d’enfance, ont braqué sept banques dans la région d’Avignon. La presse les a surnommées “Le Gang des Amazones”. Ce film est leur histoire.

 

Il préfère suivre ces jeunes femmes avant, pendant et après leurs braquages, avec une attention portée à ce qui les pousse au bord du gouffre. Et c’est là que le film trouve sa force : dans sa façon de traiter ces braqueuses comme des êtres humains, ni modèles, ni monstres, mais des adolescentes déboussolées que la société n’a pas vraiment aidées à choisir une autre route. Dans Le Gang des Amazones, pas de gang ultra-entraîné, pas de plan millimétré façon Heat. Le film montre des jeunes femmes qui improvisent, qui tâtonnent, qui paniquent. Cette fragilité donne une tonalité unique au genre, loin des clichés habituels du gang badass. Le quatuor d’actrices – Lyna Khoudri, Izïa Higelin, Laura Felpin, Mallory Wanecque, rejoint par Kenza Fortas – porte cette vision avec une sincérité qui frappe. 

 

Leur jeu ne cherche pas l’effet, il se concentre sur l’état d’esprit, la peur, la colère, l’impulsivité. Il y a dans leurs regards quelque chose de brisé, mais aussi une forme d’énergie vitale qui ressort dans les scènes de casses. Le film ne cherche jamais à les glorifier. Au contraire, il rappelle constamment que leurs actes ont blessé, choqué, traumatisé. Les scènes où les victimes sont montrées après les braquages évitent l’écueil du polar qui romantise ses criminels. Ici, les dégâts humains sont visibles et assumés. Ce choix donne un équilibre qui crédibilise l’ensemble. Le film ne se contente pas de retracer une série de braquages. Il raconte un milieu. 

 

Un coin de France où les perspectives sont minces, où les familles sont souvent fragiles, où le futur n’a rien d’excitant. Le scénario pose des bases sociales sans forcer le trait : petites vies bloquées, jobs épuisants, parents absents ou dépassés. Il ne cherche pas d’excuse, il montre simplement ce qui nourrit la dérive. À plusieurs moments, l’idée que ces braquages ne sont pas nés d’une passion pour l’argent mais plutôt d’une sensation d’impasse s’impose naturellement. Le film insiste sur cette idée : certaines trajectoires ne sont pas criminelles par choix, mais par manque d’options. Ce n’est pas une thèse, ce n’est pas une justification. C’est une observation. 

 

Et c’est ce qui donne un ton authentique, sans discours forcé. Le début du film traîne un peu. Il pose les bases, présente les personnages, installe l’ambiance sociale. Cette lenteur peut surprendre, surtout pour un film annoncé comme un polar. Mais une fois lancé, le récit gagne en intensité. Les scènes de braquage ne sont pas chargées d’effets spéciaux ni de gros moyens. Elles misent sur la tension humaine, sur l’urgence, sur l’imperfection. La mise en scène reste simple mais efficace : image naturelle, caméra qui colle au visage des personnages, atmosphère presque documentaire. Le dernier tiers du film, centré sur la traque et le procès, apporte un véritable souffle dramatique. 

 

Les actrices y livrent leurs scènes les plus fortes, et la réalisation adopte une esthétique plus sobre, presque froide, qui rappelle les salles de tribunaux filmées dans certains documentaires judiciaires. Ce contraste entre les moments sauvages des braquages et la rigidité du système judiciaire fonctionne très bien. Il renforce l’idée que ces jeunes femmes passent d’une tempête à une autre, sans jamais avoir la moindre maîtrise sur ce qui leur arrive. Le film a beau être inspiré d’une histoire vraie, il tente d'apporter une dimension psychologique à chaque jeune femme. Certaines existent plus que d’autres. Lyna Khoudri, par exemple, offre une prestation très forte, portée par un mélange de rage et de fragilité.

 

D’autres rôles, en revanche, auraient mérité un traitement plus fouillé. Le film a parfois du mal à trouver l’équilibre entre le réalisme social et le portrait de groupe. Certaines trajectoires sont esquissées sans vraiment être développées. Cela n’empêche pas les actrices d’être convaincantes, mais cela laisse une impression d’inachevé, comme si certaines parts du récit avaient été compressées pour ne pas rallonger le film. Le Gang des Amazones ne cherche pas à révolutionner le genre. Il est parfois classique, parfois prévisible, parfois un peu sage. Mais il respire la sincérité, la proximité, l’envie de raconter quelque chose de vrai. Le film existe dans un entre-deux assez rare : assez dur pour rester crédible, assez humain pour toucher. 

 

Il ne verse pas dans la glorification, il évite la morale trop appuyée, et il regarde ses personnages avec une forme de respect simple. Il arrive à raconter la misère sans misérabilisme, la violence sans fascination, la jeunesse perdue sans la juger. Le Gang des Amazones n’est pas un thriller explosif ni un drame coup de poing. Mais c’est un film qui sait où il met les pieds. Il scrute la France des oubliés, il donne la parole à des figures criminelles rarement montrées avec autant de réalisme, et il ne tombe ni dans la caricature ni dans la glorification facile. Le film est parfois inégal, parfois frustrant dans son manque de profondeur psychologique, mais il reste touchant et honnête.

 

Note : 6/10. En bref, un polar social qui ne cherche pas à impressionner, mais à raconter — et qui, malgré ses faiblesses, y parvient plutôt bien.

Sorti le 12 novembre 2025 au cinéma

 

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