Critique Ciné : Le Roi des rois (2025)

Critique Ciné : Le Roi des rois (2025)

Le Roi des rois // De Seong-ho Jang. Avec la voix de Kenneth Branagh, Uma Thurman et Mark Hamill.

 

Je ne m’attendais pas à une révolution spirituelle, mais tout de même, j’espérais un peu de grâce. Le Roi des Rois promettait une belle idée : revisiter la vie du Christ à travers le regard de Charles Dickens, inspiré de son texte La Vie de Notre Seigneur, écrit pour ses enfants. Sur le papier, c’est presque poétique : un conteur célèbre qui tente de transmettre la foi comme une histoire à hauteur d’enfant. Mais à l’écran, cette promesse se transforme en catéchisme mécanique, visuellement maladroit, qui donne davantage envie de réviser son catéchisme que de croire en la magie du cinéma. Le film commence par une mise en abyme : Charles Dickens (voix de Kenneth Branagh) interrompt un spectacle pour raconter à son fils Walter l’histoire de l’un des plus grands rois de tous les temps.

 

Walter, un garçon turbulent, ne rêve que des exploits du Roi Arthur et de sa fidèle épée Excalibur. Son père, Charles Dickens, décide alors de lui raconter la vie du « Roi des rois » : Jésus-Christ. Grâce aux talents de conteur et à l’imagination débordante du célèbre romancier, Walter, accompagné de son chat Willa, va vivre une aventure palpitante et découvrir l’une des plus belles histoires de l’humanité. 

 

Jusque-là, pourquoi pas. L’idée d’un père qui transmet la foi à travers un récit aurait pu toucher juste, si le scénario n’avait pas choisi de confondre émotion et démonstration. Très vite, la narration devient un enchaînement scolaire de grands moments de la Bible, comme une compilation des meilleurs extraits du Nouveau Testament. Jésus marche sur l’eau ? C’est là. Il chasse les marchands du temple ? Évidemment. La crucifixion ? Forcément. Le problème, c’est que tout s’enchaîne sans respiration, sans âme, sans conviction. On a l’impression d’assister à un diaporama religieux animé par une IA qui aurait lu La Bible pour les Nuls avant de passer en mode automatique. Pour un film censé transmettre la foi, Le Roi des Rois manque cruellement de ferveur. 

 

Et pour un film d’animation, il manque d’animation tout court. C’est sans doute le point le plus douloureux. L’animation en 3D, censée donner vie à la foi, ressemble ici à un projet d’école non finalisé. Les visages sont figés, les mouvements robotiques, les textures parfois si approximatives qu’on hésite entre rire et pitié. Les personnages semblent flotter plutôt que marcher, les cheveux restent miraculeusement secs après un baptême, et certaines séquences deviennent involontairement comiques. On se surprend à penser à ces vieux téléfilms bibliques du dimanche matin sur les chaînes catholiques : au moins, eux avaient une forme de sincérité kitsch. 

 

Ici, tout paraît fabriqué, forcé, dénué de souffle. La technique prend le pas sur l’émotion, et la foi finit par se dissoudre dans des pixels sans chaleur. C’est dommage, car l’ambition de départ n’était pas ridicule. Donner à voir une foi accessible aux enfants, raconter Jésus à travers l’imaginaire d’un enfant curieux, c’était un beau pari. Mais l’exécution ressemble à une homélie lue par un robot : tout est là, mais rien ne vibre. Le comble, c’est que le Christ, censé être le cœur du récit, devient presque un figurant. Sa voix, incarnée par Oscar Isaac, manque d’âme. Jésus parle avec la gravité d’un employé blasé récitant un manuel d’entreprise. Il ne dégage ni charisme, ni humanité, ni émotion. Résultat : difficile d’y croire, même une seconde.

 

Le film veut humaniser Jésus, mais le rend plat, distant, presque désincarné. À force de vouloir éviter le pathos, le réalisateur finit par gommer toute spiritualité. C’est un paradoxe fascinant : Le Roi des Rois parle de foi, mais semble incapable d’en transmettre la moindre étincelle. Et pourtant, tout autour du personnage, le film s’agite. Le jeune Walter, curieux et dissipé, interrompt sans cesse le récit, comme pour réveiller un spectateur déjà en train de s’assoupir. Mais ses interventions tombent à plat, et l’humour supposé enfantin tourne au bruit de fond. Même le chat comique, censé amuser les plus jeunes, finit par devenir un symbole du problème : Le Roi des Rois veut plaire à tout le monde, et ne touche finalement personne.

 

Difficile de ne pas remarquer la dimension prosélyte du film. Tout, jusqu’à la fin, transpire la bonne intention… mais aussi la manipulation. L’ajout de séquences finales où de “vrais” enfants viennent expliquer combien ils ont aimé le film et encouragent le public à donner de l’argent pour que d’autres puissent le voir, laisse un goût amer. Comment ne pas tiquer, quand quelques minutes plus tôt, le film citait les passages où Jésus dénonçait le commerce dans le temple ? Il y a là un malaise, un décalage flagrant entre le message spirituel et l’usage commercial qui en est fait. Le spectateur croyant pourra y voir un outil pédagogique. Les autres, eux, risquent surtout d’y voir un film qui prêche plus qu’il ne raconte.

 

L’autre idée du film — faire de Dickens un passeur de foi — aurait pu être passionnante. Mais là encore, tout sonne faux. Dickens est présenté comme un chrétien modèle, oubliant commodément les contradictions de l’écrivain réel. L’homme, ses doutes, ses failles disparaissent derrière une image lisse et bien-pensante. Résultat : la relation entre le père et le fils, censée porter le cœur émotionnel du récit, ne décolle jamais. Le film oscille sans cesse entre conte moral, reconstitution pieuse et divertissement familial sans saveur. À trop vouloir mélanger les genres, Le Roi des Rois perd toute identité. Ni véritable œuvre d’animation, ni film spirituel marquant, il se contente d’effleurer des symboles sans jamais les incarner.

 

Au fond, Le Roi des Rois souffre du même défaut que beaucoup de productions inspirantes : il confond message et émotion. Il veut édifier, pas émouvoir. Il veut enseigner, pas raconter. Mais le cinéma, même lorsqu’il parle de foi, reste un art de chair, de souffle, de vibration. Or ici, tout est trop lisse, trop propre, trop sage. La lumière divine n’éclaire rien d’autre qu’un film fade. Certains y verront une œuvre utile pour initier les enfants à la vie du Christ. D’autres y verront un produit calibré pour rassurer les parents plutôt que toucher les spectateurs. Moi, j’y ai vu un film qui croit parler de foi, mais qui a oublié la première règle du cinéma : faire ressentir quelque chose.

 

Note : 2/10. En bref, Le Roi des Rois aurait pu être un pont entre spiritualité et cinéma d’animation. Il devient un sermon animé, sans âme ni souffle. Son ambition d’éveiller la foi se perd dans une 3D rigide, un récit désincarné et une morale trop appuyée. Un film pieux, oui. Inspirant, non. Et c’est bien là le problème : à force de vouloir prêcher, il oublie de croire à sa propre histoire.

Sorti le 5 novembre 2025 au cinéma

 

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