Critique Ciné : Malibu Horror Story (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Malibu Horror Story (2025, direct to SVOD)

Malibu Horror Story // De Scott Slone. Avec Dylan Sprayberry, Robert Bailey Jr. et Valentina de Angelis.

 

Certains films donnent l’impression d’avoir pris dix ans à exister pour finalement arriver trop tard. Malibu Horror Story, réalisé par Scott Slone, fait exactement ça : un film d’horreur tourné comme s’il sortait tout droit d’une VHS de 2009, mais livré en 2025, à une époque où le found footage a depuis longtemps perdu la moindre once de surprise. C’est censé être un thriller surnaturel, une enquête paranormale avec des fantômes, une malédiction indienne et des jeunes adultes qui filment tout ce qu’ils voient. En pratique, c’est surtout une démonstration de ce que le genre a de plus fatigué : des cris, des caméras qui tremblent, des plans thermiques qu’on ne comprend pas, et un scénario qui ne sait pas vraiment où il veut aller.

 

Durant l'été 2012, quatre adolescents de Malibu ont mystérieusement disparu sans laisser de traces. Après avoir découvert de nouvelles preuves, Josh Davidson conduit son équipe d'enquêteurs paranormaux amateurs dans une grotte située sur un lieu de sépulture sacré.

 

L’histoire démarre comme un épisode d’une émission de true crime un peu ringarde : quatre lycéens de Malibu disparaissent après un week-end trop arrosé dans les collines. Dix ans plus tard, une équipe de jeunes chercheurs du paranormal — le genre de bande parfaitement coiffée qu’on croirait sortie d’une série CW — décide d’enquêter sur ce mystère resté irrésolu. À partir de là, Malibu Horror Story alterne entre les images retrouvées des disparus et le tournage du documentaire des enquêteurs. L’un des garçons appartenait à une famille installée sur des terres sacrées amérindiennes, et c’est là que tout se complique : selon la légende, ces lieux abriteraient des portails vers d’autres mondes et des esprits qui ne supportent pas qu’on ait profané leur sol. 

 

Bref, une malédiction ancestrale, des jeunes inconscients et des démons vengeurs. Sur le papier, c’est classique mais prometteur. Dans les faits, c’est aussi plat qu’un épisode de télé-réalité filmé sous acide. Ce qui aurait pu être un vrai cauchemar immersif devient rapidement une succession de clichés du genre : des cris dans le noir, des lumières qui clignotent, des visages déformés par la caméra infrarouge. L’effet de peur, censé naître de l’authenticité de la captation, ne prend plus. Le found footage, à la base, repose sur une illusion de vérité. Ici, tout semble trop propre, trop cadré, trop fabriqué pour qu’on y croit. Le film bascule d’ailleurs souvent entre le style documentaire et la mise en scène classique, ce qui casse complètement l’immersion. 

 

Un plan caméra à l’épaule, puis un plan en drone bien léché : difficile d’avoir peur quand la forme change sans arrêt. Au lieu de renforcer le réalisme, ces choix créent une confusion permanente. Et même si certaines scènes fonctionnent — notamment quelques apparitions inquiétantes dans la grotte — l’ensemble reste trop prévisible pour susciter autre chose qu’un léger bâillement. Le casting réunit Dylan Sprayberry (Teen Wolf), Robert Bailey Jr (The Happening), Valentina de Angelis et Rebecca Forsythe. Tous jouent correctement, mais aucun ne parvient à rendre son personnage un minimum attachant. Les quatre garçons disparus sont filmés comme des caricatures de fêtards privilégiés, tandis que l’équipe de chercheurs paraît sortie d’un clip de pub pour GoPro.

 

Le problème, c’est que le film ne fait rien pour donner de la profondeur à ces personnages. Leur disparition n’émeut pas, leur enquête n’intéresse pas, et leurs réactions face au danger sont d’un cliché consternant. Les dialogues, souvent forcés, oscillent entre phrases toutes faites et cris paniqués sans grand impact. Il y a des moments où j’ai presque espéré que le démon en question mette fin à leurs débats techniques sur les caméras thermiques juste pour avancer l’histoire. Le cœur du scénario, censé reposer sur une ancienne malédiction amérindienne, soulève un autre problème : il n’y a quasiment aucun point de vue autochtone dans le récit. Le film se contente d’utiliser les “esprits indiens” comme un décor exotique pour justifier ses apparitions fantomatiques.

 

Résultat, le sujet est traité sans nuance, ni respect, ni profondeur. Ce manque de perspective culturelle rend l’ensemble un peu gênant : on a l’impression d’un film d’horreur fait par et pour des gens qui trouvent “les légendes indiennes” cools, mais sans se demander ce qu’elles signifient. C’est dommage, car avec un vrai travail sur cette mythologie, Malibu Horror Story aurait pu sortir du lot. À la place, il recycle le même trope usé jusqu’à la corde : “les esprits se vengent parce qu’on a dérangé leurs tombes”. Objectivement, la production est solide. L’image est soignée, le son est propre, les effets spéciaux sont corrects — du moins tant que le film ne s’aventure pas dans le CGI de bas étage. 

 

Les moments où le démon prend forme numérique sont d’ailleurs les plus risibles : des flammes artificielles surgissent sans raison, comme si le film avait oublié son propre ton. Le réalisateur Scott Slone montre qu’il sait manier une caméra, mais il peine à créer une atmosphère. Les transitions entre les différents types de tournage (caméra subjective, images de sécurité, prises classiques) donnent un rendu désordonné. Plutôt qu’un vrai crescendo de tension, tout s’effiloche. Même les jump scares, pourtant bien placés, finissent par se ressembler. Et quand tout repose sur ce genre de frisson instantané, le film perd toute intensité. Il faut être honnête : le found footage a été révolutionnaire… il y a vingt-cinq ans. 

 

Depuis The Blair Witch Project, Paranormal Activity ou [REC], le genre a été épuisé par des dizaines de copies sans relief. Malibu Horror Story essaie de ressusciter cette époque, mais sans rien apporter de neuf. Même ses meilleures idées — l’enquête en deux temps, les archives retrouvées, la grotte maudite — sont recyclées sans imagination. C’est d’autant plus frustrant qu’il y a de vrais moyens derrière : un tournage qui a pris plusieurs années, des acteurs expérimentés, une base mythologique forte. Tout cela pour un film qui finit par ressembler à un long épisode de YouTube paranormal. Malibu Horror Story n’est pas un désastre complet. Il y a de bonnes intentions, quelques plans efficaces, et un concept qui, sur le papier, pouvait séduire les amateurs d’horreur. 

 

Mais tout sonne faux : les personnages, la tension, les émotions. Le film manque de conviction et de sincérité, deux qualités pourtant essentielles pour réussir un found footage. C’est un film regardable, mais pas marquant. Il se laisse suivre, mais ne provoque jamais le moindre sursaut d’intérêt. À la fin, il reste surtout un goût de déjà-vu et l’impression d’avoir perdu 85 minutes à attendre qu’il se passe enfin quelque chose. Pour les fans du genre, Malibu Horror Story peut valoir un coup d’œil, ne serait-ce que par curiosité. Pour les autres, mieux vaut revoir The Descent : au moins, ceux-là savaient vraiment jouer avec la peur.

 

Note : 3.5/10. En bref, un film d’horreur qui voulait réveiller les morts, mais qui finit par endormir les vivants.

Prochainement en France en SVOD

 

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